Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, était à La Haye, jeudi, pour souligner la fin des activités du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie, plus grand tribunal international instauré depuis celui de Nuremberg à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le tribunal pour l’ex-Yougoslavie clôt ses portes

LA HAYE - De nombreux hommages ont été rendus au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), qui a fermé ses portes jeudi après 24 ans de travail sans précédent pour juger les responsables des pires atrocités commises en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Le tribunal a jugé 161 personnes, entendu les récits de plus de 4650 témoins, et ses juges ont siégé plus de 10 800 jours et lu près de 2,8 millions de pages de comptes-rendus.

«Au-delà de ces chiffres, le tribunal a donné une voix aux victimes», a déclaré le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, durant la cérémonie de clôture dans l’imposant Hall des Chevaliers au centre de La Haye.

«Après le TPIY, la justice n’est plus une question de si. C’est une question de quand et comment», a souligné John Hocking, dernier greffier du tribunal.

«Le TPIY a posé un jalon : plaçons désormais la barre plus haut», a-t-il ajouté, en mentionnant l’existence d’autres souffrances, comme les atrocités commises contre les Rohingyas en Birmanie.

Un tribunal pour l’Histoire

Établi par une résolution de l’ONU en 1993 au plus fort des combats inter-ethniques, le TPIY était la première cour pénale internationale mise en place pour juger de crimes de guerre depuis le tribunal de Nuremberg instauré au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Il a minutieusement rassemblé les preuves pour juger l’ancien président serbe Slobodan Milosevic, décédé en 2006 dans sa cellule à La Haye avant son jugement.

La cour a permis d’écrire l’histoire du conflit en établissant ce qui s’était passé sur le terrain durant l’agonie de la Yougoslavie, en plein déchirement après la chute du communisme.

Radovan Karadzic, Ratko Mladic (surnommé le «Boucher des Balkans») ou encore Zdravko Tolimir : ces hommes qui ont répandu la terreur lors des conflits des Balkans de 1991 à 1995 ont été jugés et condamnés à de lourdes peines, notamment pour le génocide de Srebrenica en 1995.

Au total, 90 personnes ont été condamnées, dont certaines à la prison à vie, pour avoir élaboré des stratégies cruelles et inhumaines pour morceler le pays le long de fractures ethniques.

Dix-neuf ont été acquittées et 13 ont vu leur affaire renvoyée devant des juridictions nationales, tandis que 37 sont soit décédées, soit ont vu leurs affaires retirées. Enfin, deux autres vont être rejugées par le Mécanisme pour les Tribunaux pénaux internationaux, qui succède au TPIY.

Mais le TPIY ferme ses portes sur une note négative : lors de son dernier jugement le 29 novembre, le criminel de guerre croate de Bosnie Slobodan Praljak, âgé de 72 ans, s’est suicidé en avalant du cyanure devant les juges stupéfaits.

Ils venaient de confirmer sa condamnation à 20 ans de prison pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis contre des musulmans bosniaques pendant la guerre en Bosnie (1992-1995).