Le manque de public s’explique par la couverture des médias tentant de décourager les gens à venir «à cause de la COVID-19 et des manifestants», a martelé le directeur de campagne de Trump, Brad Parscale.
Le manque de public s’explique par la couverture des médias tentant de décourager les gens à venir «à cause de la COVID-19 et des manifestants», a martelé le directeur de campagne de Trump, Brad Parscale.

Le rassemblement de Donald Trump victime d’une campagne sur TikTok?

Frankie Taggart
Agence France-Presse
Elodie Cuzin
Agence France-Presse
WASHINGTON — Après avoir assuré la semaine dernière que «près d’un million» de personnes avaient réclamé des billets pour ce rendez-vous à Tulsa, Donald Trump a vu son rassemblement plombé par les images de rangées de sièges vides. Certains ont avancé que des adolescents avaient pu en partie provoquer le manque d’affluence, car ils proclamaient sur le réseau social TikTok avoir commandé de nombreux billets d’entrée avec la ferme intention de ne pas y aller.  

Une théorie qu’a vivement rejetée le directeur de la campagne de Donald Trump dimanche, en soulignant que ses équipes vérifiaient toujours les numéros de téléphone et que les entrées étaient attribuées de toute façon par ordre d’arrivée.  

Le manque de public s’explique par la couverture des médias tentant de décourager les gens à venir «à cause de la COVID-19 et des manifestants», a martelé le directeur de campagne de Donald Trump, Brad Parscale dans un communiqué furieux, dans lequel il se demandait s’il valait bien la peine d’accréditer les journalistes pour couvrir ces évènements.  

Si Donald Trump, 74 ans, a démontré une nouvelle fois son énergie pendant son rassemblement à Tulsa, arpentant la scène pendant près de deux heures, même les médias prisés des conservateurs soulignaient dimanche ce raté.

Le milliardaire républicain est «furieux», rapportaient la chaîne NBC et le New York Times en citant des sources anonymes.  

Le président, qui aime parler des foules qui viennent le voir, avait expliqué que si la salle omnisports, pouvant accueillir quelque 20 000 personnes, ne suffisait pas, un centre de conférence voisin pourrait recevoir environ 40 000 personnes.  

Mais faute de monde, il a annulé à la dernière minute samedi soir une allocution prévue pour les spectateurs qui n’auraient pas pu entrer. Et les pompiers de Tulsa n’ont dénombré que 6200 spectateurs pendant son discours, d’après des médias américains.  

Les pompiers de Tulsa n’ont dénombré que 6200 spectateurs pendant son discours, d’après des médias américains.  

«Il y avait plusieurs facteurs en jeu, comme les inquiétudes sur les manifestants qui devaient venir», a justifié dimanche une haute conseillère de son équipe de campagne, Mercedes Schlapp.

«Il y avait des manifestants qui ont bloqué» l’entrée des participants, a-t-elle aussi affirmé sur Fox News, ajoutant que des familles n’avaient peut-être pas osé venir avec leurs «enfants à cause des inquiétudes liées aux manifestants».  

Les journalistes sur place n’ont pas rapporté de blocages majeurs aux entrées. Un imposant dispositif policier et militaire avait été déployé dans le périmètre.  

Premier grand rassemblement organisé dans une salle fermée pendant la pandémie de COVID-19, qui a fait près de 120 000 morts aux États-Unis, le rassemblement de Donald Trump avait été fortement critiqué, des experts craignant qu’il puisse aggraver la contagion au moment même où l’Oklahoma connaît une forte poussée du nombre de cas détectés.   

«Pas de comparaison»

Dès son discours d’investiture, en janvier 2017, Donald Trump avait montré sa tendance à parler en termes passionnés de la taille de ses foules.  

Lui et son équipe se moquent depuis des semaines de la campagne en sourdine de son rival démocrate Joe Biden, qui est resté enfermé chez lui pendant des semaines à cause du confinement et respecte strictement les consignes sanitaires dans les discours et tables rondes qu’il organise depuis le déconfinement.  

Un imposant dispositif policier et militaire avait été déployé dans le périmètre pour prévenir une masse annoncée de manifestants.

L’ancien vice-président de Barack Obama n’a pas organisé de rassemblement depuis début mars, lorsque la pandémie est venue mettre un brusque coup d’arrêt à la campagne électorale américaine.  

Cela ne l’a pas empêché de prendre le large dans les sondages ces dernières semaines devant Donald Trump.  

«J’aimerais bien voir un rassemblement de Biden. Chiche, parce qu’il n’y a pas de comparaison», a lancé Mercedes Schlapp, en précisant que celui de Donald Trump avait été suivi par 5,3 millions de personnes en ligne.  

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LA VULNÉRABILITÉ DE TRUMP A ÉTÉ EXPOSÉE LORS DE SON PREMIER RASSEMBLEMENT ÉLECTORAL

Le retour du président Donald Trump sur le parcours de campagne devait démontrer sa force et son enthousiasme à l'approche des derniers mois avant l'élection qui décidera s'il restera ou non à la Maison-Blanche.

Son rassemblement en Oklahoma a plutôt démontré ses vulnérabilités croissantes et confirmé son message fractionnel qui va à l'encontre des valeurs de larges groupes d'électeurs - les indépendants, les femmes des banlieues et les gens de couleur - qui pourraient jouer un rôle clé dans le choix entre M. Trump et son rival démocrate Joe Biden.

La foule beaucoup moins importante qu'annoncée au rassemblement a particulièrement frustré Donald Trump.

«Il ne lui reste plus qu'une stratégie et c'est d'exacerber les tensions et la colère, de diviser la société et voir si son leadership tribal peut l'emporter», a dit l'ancien conseiller de Donald Trump et aujourd'hui détracteur, Anthony Scaramucci, sur les ondes du réseau CNN.

Le président n'a fait aucune référence à l'unité nationale lors d'un discours de plus d'une heure 40 minutes pendant son rassemblement, alors que la nation est aux prises avec une recrudescence de cas de nouveau coronavirus, le plus haut taux de chômage depuis la Grande Dépression et une vague de troubles civils.


« Il ne lui reste plus qu'une stratégie et c'est d'exacerber les tensions et la colère, de diviser la société et voir si son leadership tribal peut l'emporter. »
Anthony Scaramucci, ancien conseiller de Trump

Donald Trump n'a pas non plus mentionné George Floyd, l'homme afro-américain qui est décédé aux mains d'un policier blanc de Minneapolis le mois dernier et dont la mort a provoqué la révolte à travers les États-Unis contre la brutalité policière. Il a plutôt jeté de l'huile sur le feu en matière de guerre culturelle, se portant à la défense de la présence de statues confédérées tout en faisant des références racistes sur le coronavirus, qui provient de Chine, en le surnommant le «kung flu». Il a aussi affirmé que la représentante démocrate Ilhan Omar, qui est arrivée aux États-Unis en tant que réfugiée quand elle était enfant, «voudrait refaire le gouvernement de notre pays à l'image de son pays d'origine, la Somalie».

En 2016, Donald Trump a remporté l'élection avec un message semblable, visant les conservateurs et la classe ouvrière masculine blanche. Mais à moins de quatre mois avant le vote par anticipation dans certains États, des signes indiquent que des électeurs indépendants et éduqués - particulièrement les femmes des banlieues - n'ont plus sa faveur. Les stratèges républicains croient de plus en plus que seulement une revitalisation majeure de l'économie pourrait permettre à Donald Trump d'être réélu.

«La situation est vraiment terrible, a dit le candidat républicain Rick Tyler, un détracteur fréquent de Donald Trump. Il n'y a rien pour construire quoi que ce soit. La seule chose qu'il puisse dire, c'est que Biden est pire.»

Mais un jour après le rassemblement de Donald Trump à Tulsa, le message du président était déjà aux oubliettes, pendant que ses conseillers cherchaient des explications au sujet de la petite foule qui a enragé le président.

Ils souhaitaient un coup d'éclat pour lancer la campagne à Tulsa. Ce fut finalement un pétard mouillé.

L'équipe de Donald Trump avait passé des jours à proclamer qu'ils avaient reçu plus d'un million de demandes de billets. Ils avaient aussi ignoré les recommandations sanitaires de l'unité spéciale de la Maison-Blanche sur la pandémie et les dirigeants de l'Oklahoma, souhaitant plutôt présenter un événement qui ferait oublier les manifestations pour les droits civils et le coronavirus lui-même.

Ce premier rassemblement en 110 jours devait servir de démonstration de la force politique et revigorer Donald Trump, tout en lançant des attaques contre Joe Biden et offrir un symbole de la réouverture des États-Unis.

Les autorités municipales ont plutôt fait état d'une foule de moins de 6200 personnes dans l'aréna d'une capacité assise de 19 000 personnes. De plus, au moins six membres du personnel de soutien de l'établissement ont subi des contrôles positifs à la COVID-19. La plupart des personnes qui ont assisté à l'événement, incluant Donald Trump, n'ont pas porté de masque, malgré les recommandations des experts de son administration.

Après l'événement, le président s'est plaint de la petite foule. Il a dit qu'on lui avait permis de s'attendre à une imposante foule, selon deux officiels de la Maison-Blanche et de la campagne qui ont parlé sous le couvert de l'anonymat puisqu'ils n'étaient pas autorités à dévoiler publiquement la nature de conversations privées.

Il n'y a pas eu de signe de remaniement rapide du personnel de campagne, mais des personnes proches de Donald Trump ont admis ne pas comprendre comment le directeur de campagne, Brad Parscale, aurait pu se confondre de telle manière, selon les officiels.

L'équipe de Donald Trump a eu de la difficulté à expliquer publiquement la taille de la foule. On ne sait pas encore où aura lieu le prochain rassemblement.