Ilham Tohti enseignant à ses étudiants à Pékin, en 2010.

Le prix Sakharov à l’intellectuel ouïghour Ilham Tohti emprisonné en Chine

STRASBOURG — Le Parlement européen a décerné jeudi son prix Sakharov des droits de l’Homme à l’intellectuel ouïghour Ilham Tohti, condamné à la prison à vie en Chine pour «séparatisme», et a réclamé sa libération immédiate, au risque d’exaspérer Pékin.

Un an après avoir choisi, au grand dam de Moscou, le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, alors détenu en Russie, le Parlement européen a distingué une autre personnalité emprisonnée, en Chine cette fois.

Ancien professeur d’économie à Pékin, Ilham Tohti avait été condamné en 2014 à la prison à vie pour «séparatisme», lors d’un procès qui avait suscité l’indignation de gouvernements étrangers et d’organisations de défense des droits humains.

«Le Parlement européen lui exprime tout son soutien pour son travail et demande à ce qu’il soit immédiatement libéré par les autorité chinoises», a déclaré dans l’hémicycle strasbourgeois le président du Parlement européen David Sassoli.

Cet universitaire et défenseur des droits de la minorité ouïghoure «s’est beaucoup engagé pour améliorer la compréhension entre les Ouïghours et les Hans en Chine», a souligné M. Sassoli.

«Bien qu’il soit une voix modérée et de réconciliation, il a été condamné à la prison à vie à la suite d’un procès-spectacle», a dénoncé le président du Parlement, appelant au «respect des droits des minorités en Chine», selon un communiqué diffusé par le Parlement.

La candidature d’Ilham Tohti, présentée par le groupe Renew Europe, a été préférée à celle de jeunes filles kényanes qui ont créé une application pour combattre l’excision et de trois personnalités brésiliennes engagées pour la défense des minorités et de l’environnement, dont le chef indien Raoni, médiatique défenseur des peuples indigènes.

Isolement

«Nous ne pouvons même pas être certains qu’Ilham Tohti recevra la nouvelle» de l’attribution du prix, a déploré l’eurodéputé britannique Phil Bennion.

«Il a été placé à l’isolement depuis son incarcération en 2014 et depuis deux ans, les autorités chinoises lui refusent le droit de recevoir des visites, même sa famille ne l’a pas vu depuis 2017», a poursuivi M. Bennion, estimant que cette récompense «reflétait le courage de M. Tohti mais aussi le traitement effroyable réservé aux Ouïghours internés dans les “camps de rééducation”».

Ilham Tohti appartient à l’ethnie ouïghoure, majoritairement musulmane et qui constitue la principale population du Xinjiang, une vaste région du nord-ouest de la Chine soumise à un contrôle policier draconien.

Selon des organisations de défense des droits humains, plus d’un million de musulmans sont ou ont été détenus dans des camps de rééducation politique au Xinjiang.

Au milieu des années 2000, Ilham Tohti avait créé un site Internet qui publiait des articles en chinois et en ouïghour sur des questions de société sensibles.

Ses prises de position sur le bilinguisme et la politique économique au Xinjiang et ses critiques de dirigeants politiques ou des difficultés des Ouïghours pour trouver du travail lui avaient valu une étroite surveillance policière.

Début octobre, la Chine avait fermement dénoncé sa nomination pour le prix Sakharov.