Le premier ministre français Édouard Philippe a promis une baisse plus rapide des impôts lors d’un discours prononcé à l’occasion de la «restitution» du «grand débat national» lancé par le président Emmanuel Macron dans l’espoir de dénouer la pire crise depuis son accession au pouvoir en 2017, celle des «gilets jaunes».

Le premier ministre français veut répondre à l’«exaspération fiscale»

PARIS — Le premier ministre français Édouard Philippe a promis lundi d’accélérer la baisse des impôts face à «l’immense exaspération fiscale» qui est ressortie du «grand débat national», un exercice inédit de près de trois mois voulu par Emmanuel Macron pour tenter d’apaiser la colère des «gilets jaunes».

À quelques jours des premières annonces du président Macron, attendues mi-avril, il s’agit de répondre à «un immense besoin de justice et d’équité» des Français, a estimé le chef du gouvernement lors d’un discours à l’occasion de la «restitution» du «grand débat national».

Ces discussions tous azimuts lors de 10 000 réunions à travers la France ont permis de noircir 16 000 cahiers de doléances et remonter près de deux millions de propositions.

«La première exigence, c’est en fait une immense exaspération fiscale», a reconnu le premier ministre. Face à «une sorte de tolérance fiscale zéro [...] nous devons baisser et baisser plus vite les impôts», a ajouté le chef du gouvernement.

Saluant «un débat démocratique», «loin des violences» qui ont souvent émaillé les manifestations hebdomadaires des «gilets jaunes», M. Philippe a promis des décisions fortes. «Nous sommes parvenus à une situation où hésiter serait pire qu’une erreur, ce serait une faute. Le besoin de changement est si radical que tout conservatisme, toute frilosité seraient à mes yeux impardonnables», a-t-il déclaré devant 500 personnes réunies pour ce compte-rendu.

Le discours a surtout agacé à gauche, où l’on accuse le premier ministre d’avoir livré une analyse orientée et de préparer en réalité une accélération, plutôt qu’une correction, des réformes menées depuis le début du quinquennat.

«Les Français n’ont pas une “tolérance fiscale zéro” : ils ont une “tolérance privilèges zéro”!» a notamment critiqué le député du parti de gauche radicale La France insoumise Éric Coquerel.

«Eau tiède»

Format inédit, ce grand débat avait été lancé par M. Macron dans l’espoir de dénouer la pire crise depuis son accession au pouvoir en 2017, celle des «gilets jaunes», ces Français qui protestent depuis près de cinq mois contre la politique fiscale et sociale du président.

La mobilisation s’est largement essoufflée. Ils n’étaient plus qu’environ 22 000 samedi dernier, selon des chiffres du ministère de l’Intérieur contestés par les «gilets jaunes», à manifester à travers la France, contre 282 000 le 17 novembre, leur premier samedi d’action.

Mais le mouvement perdure malgré tout, nombre de «gilets» jugeant que ce vaste débat n’est qu’un tour de passe-passe destiné à les étouffer, d’autant plus qu’Emmanuel Macron avait limité les thèmes à l’écologie, les impôts, les services publics et la démocratie. Cependant, d’autres ont spontanément émergé dans la consultation : la santé, mais aussi les retraites ou encore la dépendance. D’autres sujets, comme l’immigration, sont eux restés en retrait.

Selon les documents de synthèse consultés par l’AFP, la baisse des impôts revient sans surprise comme l’une des principales suggestions. Le souhait d’une plus grande justice fiscale se traduit par des soutiens notables au rétablissement de l’impôt sur la fortune (ISF), qui taxait les plus riches et dont la transformation en impôts sur la seule fortune immobilière est vivement critiquée par les «gilets jaunes».

Mardi et mercredi, deux débats sans vote seront organisés au Parlement en présence d’Édouard Philippe, puis ce sera au tour du chef de l’État d’annoncer de premières mesures à la mi-avril. Selon son entourage, il pourrait égrener des décisions jusqu’à l’été, enjambant les élections européennes du 26 mai.

Emmanuel Macron s’est engagé à répondre sans «reniement» ni «entêtement» aux souhaits des Français, un «en même temps» qui maintient le flou.

Il devra affronter le scepticisme de l’opinion : selon un sondage Elabe publié jeudi dernier, 68 % des Français estiment que les points de vue exprimés ne seront pas pris en compte, et 79 % pensent que le grand débat ne résoudra pas la crise politique actuelle.

«Si c’était de l’eau tiède, ce serait un échec», a commenté François Bayrou, patron du parti centriste MoDem et allié de la majorité, tout en disant avoir «la certitude» que ce n’est pas le but du chef de l’État.