La tension restait palpable dans les rues du Royaume-Uni où l'état d'alerte a été renforcé au niveau «critique», le degré le plus élevé, signifiant un risque d'attentat terroriste imminent.

Le père et deux frères du kamikaze arrêtés

Le père et le frère du kamikaze arrêtés en Libye, sept personnes dont un autre frère en garde à vue en Grande-Bretagne : l'enquête sur l'attentat de Manchester s'est accélérée mercredi et des détails émergeaient sur l'engin utilisé par le tueur.
La tension restait palpable dans les rues du Royaume-Uni où l'état d'alerte a été renforcé au niveau «critique», le degré le plus élevé, signifiant un risque d'attentat terroriste imminent. Un millier de soldats ont été déployés sur des lieux sensibles dans les grandes agglomérations pour soulager les forces de police.
«Compte tenu de la menace», la première ministre Theresa May a décidé d'écourter son déplacement au G7 de Taormina, en Italie, d'où elle rentrera dès vendredi soir au lieu de samedi.
Tout porte à croire que le suspect, Salman Abedi, n'aurait pas agi seul, puisque des membres de sa famille ont été arrêtés. Les autorités disent enquêter sur un réseau.
Après l'interpellation d'Hachem, frère de Salman Abedi, au domicile familial à Tripoli, son père «Ramadan Abedi vient d'être arrêté lui aussi», a annoncé un porte-parole d'une unité des services de sécurité libyens.
Le frère, qui a revendiqué son appartenance au groupe État islamique (EI), «était au courant du projet d'attentat» perpétré lundi à Manchester, où Salman Abedi, un Britannique d'origine libyenne de 22 ans, s'est fait exploser à la sortie d'un concert, tuant 22 personnes, dont plusieurs enfants, et faisant 64 blessés.
Des images de la police britannique reproduites par le New York Times montrent un détonateur que le kamikaze aurait tenu dans sa main gauche, des morceaux de métal et des vis jonchant le sol, ainsi que des fragments d'un sac à dos bleu déchiqueté.
Ces éléments, analysés par des artificiers interrogés par le quotidien, permettent de déduire que la bombe était «puissante, dotée d'une charge ultrarapide, mais aussi que les morceaux de métal ont été disposés avec soin et méthodiquement» pour faire le maximum de dégâts.
Arrêté mardi, Hachem Abedi «a indiqué qu'il appartenait à l'EI avec son frère Salman Abedi [...] et a reconnu qu'il était présent en Grande-Bretagne au cours de la période de préparation de l'attentat», a affirmé la Force de dissuasion, qui fait office en Libye de police loyale au gouvernement d'union nationale (GNA).
Des vidéos de surveillance montrent une personne vêtue de noir portant un sac à dos. Les autorités croient qu'il s'agirait du kamikaze responsable de l'attentat de lundi soir.
«Clairement» un réseau
L'attentat commis à l'issue d'un concert de la chanteuse pop américaine Ariana Grande a été revendiqué mardi par l'EI, qui a menacé de perpétrer d'autres attaques. Les attentats se sont multipliés ces derniers mois en Europe au moment où le groupe État islamique subit de lourdes pertes militaires en Irak et en Syrie.
Hachem Abedi, né en 1997, «était surveillé depuis un mois et demi» et «les équipes d'enquêteurs ont fourni des renseignements selon lesquels il préparait un acte terroriste dans la capitale Tripoli», a ajouté la Force de dissuasion.
Un proche de la famille habitant à Manchester a déclaré à l'AFP, sous le couvert de l'anonymat, que son frère Salman Abedi s'était rendu en Libye peu avant l'attentat et avait regagné la Grande-Bretagne quatre jours avant.
Dans son parcours, le kamikaze est «sans doute» passé par la Syrie, a avancé le ministre français de l'Intérieur, Gérard Collomb.
Le chef de la police de la ville, Ian Hopkins, a dit que l'enquête portait «clairement» sur un réseau autour du kamikaze, né à Manchester de parents libyens ayant fui le régime de Mouammar Kadhafi. La fuite d'éléments de l'enquête dans des médias américains a provoqué la colère des autorités britanniques, qui craignent qu'elles n'affaiblissent l'enquête.
Mercredi soir, une nouvelle arrestation a eu lieu dans la ville de Nuneaton, au centre de l'Angleterre. Sept suspects ont été appréhendés jusqu'à maintenant au Royaume-Uni, dont un autre frère du présumé terroriste épinglé mardi.
Auparavant, une femme avait été arrêtée dans un quartier nord de Manchester. Cinq personnes avaient été arrêtées plus tôt dont quatre dans le sud de Manchester. Parmi elles, un homme de 23 ans et un certain «Adel», d'origine libyenne et âgé de 44 ans.
Devant la mosquée de Didsbury, fréquentée par le kamikaze, un responsable, Fawzi Haffar, a affirmé que «cet acte lâche» n'avait «pas sa place dans (sa) religion». Il a appelé «quiconque ayant des informations à contacter sans délai la police».
Le bilan s'alourdit
Le bilan de l'attentat pourrait s'aggraver : une vingtaine des 64 blessés hospitalisés - dont douze ont moins de 16 ans - restaient en soins intensifs mercredi soir.
Nick Lewis, le père d'une collégienne grièvement blessée, a décrit les près de dix heures de chirurgie pendant lesquelles sa fille Freya «a été recousue, percée, ressoudée et réassemblée sous des pansements. La pente va être longue à remonter, mais on s'y met», a-t-il dit.
Les morts ont été identifiés et leurs proches prévenus, a déclaré la police, précisant qu'un policier se trouvait parmi eux. Dans cette liste figure Saffie Rose Roussos, huit ans, la plus jeune victime connue.
Une minute de silence sera observée dans tout le Royaume-Uni jeudi, jour où la campagne pour les élections législatives du 8 juin va reprendre.
La relève de la garde devant le palais de Buckingham, grande attraction pour les touristes, a été annulée, tout comme le défilé pour le titre du club de football de Chelsea prévu dimanche près de leur stade londonien.
Ariana Grande, qui devait se produire jeudi et vendredi soir à Londres, a interrompu sa tournée jusqu'en début juin.
À Stockholm, une minute de silence puis une autre d'applaudissements ont été observées avant le coup d'envoi de la finale de l'Europa League, remportée par Manchester United contre l'Ajax Amsterdam (2-0).
«Si on pouvait échanger, évidemment, la vie des victimes contre cette coupe, on le ferait immédiatement», a déclaré l'entraîneur du club de Manchester, Jose Mourinho, après le match.