Maintenant qu'un accord préliminaire a été conclu entre le Royaume-Uni et l'Union européenne sur les modalités du Brexit, les milieux d'affaires britanniques souhaitent que les questions économiques soient réglées le plus rapidement possible.

Le patronat britannique soulagé par l'accord Londres-Bruxelles

LONDRES - Le patronat britannique a poussé un soupir de soulagement avec l’accord de principe conclu entre Bruxelles et Londres sur les conditions du Brexit, et se tourne désormais vers des discussions commerciales qui s’annoncent difficiles.

Les milieux d’affaires pressaient les autorités de conclure vite cette première phase des négociations, afin d’entrer dans le vif du sujet du commerce et de la période de transition espérée après le Brexit prévu en mars 2019.

Pour les employeurs, il s’agit d’en finir avec une incertitude dommageable pour les affaires et qui pèse sur la croissance du pays.

«La percée de Bruxelles montre qu’il y a une volonté, une voie de passage», s’est réjoui Josh Hardie du CBI, la principale organisation patronale britannique.

La Commission européenne a jugé vendredi que des progrès suffisants avaient été accomplis dans les domaines jugés clés des modalités du divorce, dont les droits des citoyens expatriés.

D’après M. Hardie, cette avancée conquise après des mois de négociations incite à un certain optimisme pour la suite des discussions.

Signe d’une certaine détente sur les marchés, les obligations d’État britannique à 10 ans, prisées en cas d’inquiétude, ont été vendues et la livre sterling est montée dans un premier temps face à l’euro avant de reperdre du terrain toutefois. À la Bourse de Londres, les valeurs bancaires et immobilières, qui souffrent du Brexit, sont fortement montées.

Edwin Morgan, responsable au lobby patronal Institute of Directors, s’est aussi félicité auprès de l’AFP des garanties données aux citoyens de l’Union européenne (UE) travaillant au Royaume-Uni : «la première préoccupation pour les entreprises jusqu’à présent, c’était leurs salariés issus de pays européens, donc nous sommes ravis», a-t-il souligné.

Reste que «le plus dur commence», d’après la responsable de la City of London Corporation, Catherine McGuinness, qui appelle à un accord ad hoc entre Londres et Bruxelles face à la situation inédite du Brexit.

«La nouvelle relation doit être basée sur le libre-échange [...] et des mécanismes d’accès mutuel au marché», a-t-elle énuméré.

Longues négos

Officiellement, le gouvernement conservateur de Theresa May prévoit une sortie du marché unique et de l’union douanière, aussi les responsables britanniques et européens devront-ils plancher sur un accord commercial spécifique. Le négociateur en chef de l’UE sur le Brexit, Michel Barnier, a évoqué vendredi un traité modelé sur le récent accord UE-Canada.

La négociation d’un tel traité pourrait néanmoins prendre des années et les milieux d’affaires réclament, en attendant, la promesse d’une période de transition entre le Brexit et la mise en place des nouvelles conditions commerciales.

«Les entreprises ont besoin de progrès dès le début de la nouvelle année sur la relation commerciale et sur la transition qui nous permettra de continuer de répondre aux besoins de nos clients», a prévenu Stephen Jones, directeur général du lobby bancaire UK Finance.

Le puissant monde de la finance est aux premières loges et les entreprises du secteur se préparent à la sortie du marché unique — avec des déplacements d’emplois hors du Royaume-Uni — même si elles n’ont souvent pas encore concrétisé leurs projets.

Face aux difficultés à venir, l’espoir du maintien du Royaume-Uni dans le marché unique travaille non seulement les milieux patronaux, mais aussi les syndicats. La chef de la confédération syndicale TUC, Frances O’Grady, a appelé le gouvernement à «abandonner ses lignes rouges», même si les partisans convaincus du Brexit ne veulent pas en entendre parler.

La tête de Turc de ces «Brexiters», le ministre des Finances Philip Hammond, a d’ailleurs appelé à tout mettre en oeuvre «pour conclure un accord commercial qui soutiendra les emplois, l’activité économique et la prospérité du Royaume-Uni».

Mais il y a urgence et les centres d’affaires européens concurrents de Londres ne se privent pas de promouvoir leurs atouts. Mettant en avant d’importantes capacités d’accueil de bureaux, la Chambre de commerce et d’industrie de Paris Île-de-France a ainsi assuré être «pleinement mobilisée pour que la région-capitale tire profit du Brexit».