Le pape François et la leader civile de la Birmanie, Aung San Suu Kyi, à Naypyidaw, en Birmanie, mardi

Le pape muet sur les Rohingyas

NAYPITAW, Birmanie - Le pape François a déclaré mardi que l’avenir de la Birmanie dépend du respect des droits de tous les groupes ethniques, offrant ainsi un appui indirect aux musulmans rohingyas qui sont persécutés depuis des décennies et qui font actuellement l’objet, selon l’ONU, d’une campagne «classique de nettoyage ethnique».

Le pape n’a toutefois rien dit de cette répression et il n’a pas mentionné le mot «rohingya» dans un discours prononcé en présence de la leader civile du pays, Aung San Suu Kyi, et d’autres dirigeants et diplomates.

Il a déploré que le peuple birman ait souffert «et qu’il continue à souffrir des conflits civils et des hostilités», et il a dit que tous ceux qui voient la Birmanie comme leur patrie ont droit au respect de leurs droits fondamentaux et de leur dignité.

Les musulmans rohingyas n’ont pas droit à la citoyenneté birmane et ils sont privés de services de base comme l’éducation et les soins de santé.

Le pape a salué les efforts déployés par Aung San Suu Kyi pour promouvoir la réconciliation entre les différents groupes après des décennies de dictature militaire.

Il a ensuite dit que les différences religieuses dans ce pays majoritairement bouddhiste ne doivent pas être une source de division et de méfiance.

«L’avenir de la Birmanie doit être la paix, une paix basée sur le respect de la dignité et des droits de chaque membre de la société, le respect de chaque groupe ethnique et de son identité, le respect de la primauté du droit, et le respect de la démocratie qui permet à chaque individu et à chaque groupe - sans exception - d’offrir une contribution légitime au bien commun», a dit le pontife.

La décision du pape d’éviter le mot «rohingya» et d’encourager le gouvernement de Mme Suu Kyi a déçu les militants rohingyas et les groupes de défense des droits de la personne, qui ont condamné Mme Suu Kyi pour ce qu’ils considèrent être la mollesse de sa réponse à l’opération militaire.

Les partisans de Mme Suu Kyi, dont l’Église catholique, répliquent qu’elle a fréquemment les mains liées et qu’elle a besoin de plus de temps pour mener le pays vers la réconciliation.

Un représentant de Human Rights Watch en Asie, Phil Robertson, espère maintenant que le pape mentionnera les Rohingyas lors d’une messe mercredi.

Le pape avait précédemment rencontré des leaders bouddhistes, hindous, musulmans, chrétiens et juifs, qu’il a invités à travailler ensemble pour reconstruire le pays.