Le pape François est arrivé à Santiago lundi soir, et entamera officiellement mardi sa première visite officielle au Chili, un séjour qui pourrait s’avérer houleux pour le leader de l’Église catholique.

Le pape attendu de pied ferme au Chili

SANTIAGO — Le pape François est arrivé au Chili, lundi soir, pour une visite qui s’annonce difficile alors que les Chiliens sont de plus en plus sceptiques face à l’Église catholique.

Le souverain pontife visite pour la première fois un pays dont 60 % de la population se dit catholique, mais où les scandales sexuels, la laïcisation et des leaders religieux déconnectés du monde ont coûté à l’Église son influence et son autorité morale de jadis.

Après avoir atterri à Santiago, lundi soir, le pape a été accueilli par la présidente Michelle Bachelet. Un orchestre jouait pendant que les deux chefs d’État déambulaient sur le tapis rouge.

Le pape tentera de renverser la vapeur pendant sa visite de trois jours, qui commencera officiellement mardi avec une série d’événements protocolaires. Il se rendra ensuite au Pérou pour trois jours.

Plusieurs Chiliens ne digèrent pas la nomination d’un proche du père Fernando Karadima, qui a été condamné par le Vatican en 2011 pour avoir agressé des dizaines d’enfants pendant des décennies.

Le père Juan Barros a toujours dit qu’il n’était pas au courant des crimes du père Karadima lorsqu’il était son protégé, ce que les Chiliens ont bien du mal à croire.

«Il n’est pas seulement temps pour le pape de demander pardon pour les agressions, mais il doit aussi passer à l’action», a déclaré Juan Carlos Cruz, une victime du père Karadima.

Le pape rencontrera au Chili des migrants, des membres de la communauté autochtone Mapuche, et des victimes de la dictature militaire de 1973-1990. On ne sait pas encore s’il s’entretiendra avec des victimes d’agressions sexuelles.

Église minée par les scandales sexuels

L’Église chilienne était très respectée sous la dictature militaire du général Augusto Pinochet, dont elle a dénoncé les violations des droits de la personne, mais sa dégringolade s’est amorcée en 2010, quand les victimes d’un prêtre charismatique et proche du pouvoir ont commencé à dénoncer les agressions dont elles avaient été victimes.

Les dirigeants de l’Église locale avaient fermé les yeux pendant des années sur les agissements du père Fernando Karadima, mais ils ont dû réagir quand les autorités ont commencé à s’intéresser à lui. Le Vatican a condamné le père Karadima à une vie de «pénitence et de prière» en 2011, mais de nombreux Chiliens n’ont pas encore pardonné à l’Église son aveuglement volontaire pendant toutes ces années.

«L’affaire Karadima a causé une blessure profonde, a dit l’ambassadeur du Chili auprès du Vatican, Mariano Fernandez Amunategui. Plusieurs affirment maintenant que l’Église chilienne traverse «une crise», ce qui témoigne de la déchéance spectaculaire d’une institution auparavant si puissante qu’elle avait pu empêcher l’adoption de lois légalisant le divorce et l’avortement.

L’Associated Press écrivait la semaine dernière que le Vatican était si préoccupé par l’affaire Karadima qu’il avait l’intention de demander à monseigneur Barros et à deux autres évêques formés par le père Karadima de prendre une année sabbatique. Ce plan aurait toutefois été abandonné et le pape a procédé à la nomination de monseigneur Barros.

Plusieurs catholiques du diocèse d’Osorno se sont rendus manifester à Santiago au cours des derniers jours.

Vandalisme

De plus, des vandales ont attaqué des églises de Santiago avec des bombes incendiaires, et ils ont prévenu que le pape subirait le même sort. C’est la première fois qu’un déplacement du pape à l’étranger donne lieu à une telle opposition et à autant de violence. Rien de tel n’a été vu depuis que le pape Benoît XVI a visité le Royaume-Uni en 2010.

Le mécontentement des Chiliens influence même leur perception du pape. Un sondage réalisé récemment indiquait que les Chiliens ont une plus faible estime du pape que les habitants de 18 autres pays d’Amérique centrale et du Sud. Même parmi les catholiques, seulement 42 % des personnes interrogées approuvent le pape, comparativement à une moyenne régionale de 68 %.