Un migrant pakistanais attend au bord de la mer à Mytilène, en Grèce, à la veille de la visite de François 1er à Lesbos, samedi

Le pape à Lesbos: «peut-être qu'il fera ouvrir les frontières?»

«Peut-être qu'il peut faire ouvrir les frontières?» Nedal, Syrien de 35 ans, connaît le pape par la télévision. Mais il veut croire que François réalisera un miracle lors de sa visite à Lesbos, samedi.
Le pape va passer quelques heures sur cette île grecque, principale porte d'entrée en Europe depuis 2015 de plus d'un million de personnes fuyant guerres et pauvreté.
Une visite, a-t-il dit, pour «exprimer proximité et solidarité» aux réfugiés et aux citoyens de Lesbos. Le souverain pontife sera accompagné de hauts dignitaires orthodoxes, religion ultra-majoritaire en Grèce, dont Bartholomée, le patriarche de Constantinople.
Vendredi, hormis les dizaines de journalistes étrangers arpentant l'île, tout semblait inchangé à Lesbos, à part la peinture fraîche sur les murs du camp de Moria où sont enfermés quelque 3000 personnes arrivées après le 20 mars, date fatidique d'entrée en vigueur de l'accord entre l'Union européenne (UE) et la Turquie qui prévoit le renvoi de plusieurs d'entre eux.
«On a fait seulement un peu de nettoyage pour rendre la ville présentable, ils veulent que tout soit très simple, c'est une visite humanitaire», souligne Marios Andreotis, porte-parole et conseiller du maire de Mytilène, Spyros Gallinos.
Ce dernier s'est félicité dans un communiqué de cette «visite hautement symbolique», «historique», des leaders de la chrétienté.
À quelques kilomètres de Mytilène, ils sont 200, principalement des familles syriennes attendant une relocalisation dans l'UE, à vivre dans un hôtel loué en novembre par l'ONG catholique Caritas.
Maritina Koraki, coordinatrice de Caritas à Lesbos, confirme que les pensionnaires de l'hôtel «sont très excités, veulent toucher le pape et lui parler, et espèrent qu'après sa visite, les choses iront mieux».
Un peu à part, le président de la conférence épiscopale de Grèce, Fragkiskos Papamanolis, discute avec le nonce apostolique en Grèce, Edward Adams. Lui aussi espère que les réfugiés «comprendront l'intérêt et l'amour» que leur porte le pape, et «seront contents».
Une grande star... avec plus de pouvoir
Giorgos Patalakas, un quinquagénaire qui tient une friterie devant le camp, juge «importante» la venue du pape qui doit rencontrer des réfugiés à Moria. Le pape, c'est «comme une grande star de football, mais avec plus de pouvoir et de popularité», selon lui.
Panos, qui travaille un peu plus haut dans un garage donnant sur le camp, n'est pour sa part pas rassuré. Pour lui, cette visite est à la fois «bien et mal» : il craint que les bagarres qu'il entend tous les jours dans le camp «ne dégénèrent en présence» du souverain pontife.
Quant à Farydoon, un Afghan de 23 ans, il est désespéré. Il évoque plusieurs tentatives de suicide parmi ses compagnons d'infortune. «Peut-être que le pape comprendra au moins ce qui nous arrive», avance-t-il.