Pete Stauber a reçu l'appui du président Donald Trump dans sa course pour accéder au Congrès aux élections de mi-mandat.

Le Minnesota, au coeur de la bataille électorale pour le Congrès américain

SAINT PAUL - Deux visites de Donald Trump en moins de six mois, descente de stratèges venus de Washington, les signes ne trompent pas: le Minnesota sera l’un des États les plus scrutés lors des élections parlementaires en novembre, car il pourra porter, ou freiner, la vague démocrate annoncée.

Des immenses forêts bordant la frontière canadienne jusqu’aux terres agricoles du sud en passant par des centres hospitaliers de pointe et les villes cosmopolites jumelles de Minneapolis et Saint Paul, les 5,5 millions d’habitants de cet État offrent un précipité de l’électorat américain, où les anciennes lignes partisanes ne veulent parfois plus rien dire.

L’État aux «10 000 lacs» n’a pas voté pour un président républicain depuis Richard Nixon, en 1972. Mais en 2016, c’est le choc: Donald Trump arrive sur les talons d’Hillary Clinton.

«Le 6 novembre, j’ai besoin de votre soutien pour bloquer les démocrates radicaux», a lancé début octobre le président américain devant une salle de partisans enfiévrés réunis à Rochester, au sud de Minneapolis. Il s’agira «de l’une des plus importantes élections au Congrès de notre vie».

Les républicains joueront ce jour-là leur majorité à Washington: les 435 sièges de la Chambre des représentants ainsi qu’un tiers du Sénat sont en lice.

Les démocrates ont de bonnes chances de reprendre la Chambre, avec à la clef la possibilité de bloquer le programme du président républicain.

Et leur reconquête passe par le Minnesota, où quatre élections s’annoncent extrêmement serrées: les démocrates ont espoir de prendre deux fiefs conservateurs, mais craignent en parallèle de perdre deux bastions face aux républicains.

Les deux sénatrices démocrates sortantes --Amy Klobuchar et Tina Smith-- sont données gagnantes. Mais les républicains ne s’avouent pas vaincus.

Le Minnesota «est l’un des États cruciaux pour les élections de 2018», explique Steven Schier, professeur de sciences politiques à l’université de Carleton.

«On voit les financements affluer de l’extérieur» pour soutenir les candidats, dans cet État affichant l’un des plus hauts taux de participation du pays.

Santé et économie 

Tous les grands débats tiraillant l’électorat américain y sont cristallisés.

Les tarifs douaniers imposés par Donald Trump sont salués par les mineurs dans le nord historiquement démocrate.

La guerre commerciale avec la Chine et les restrictions sur les visas de saisonniers étrangers indignent les agriculteurs dans les fiefs républicains du sud.

Et sur tous pèse la lancinante question du système de santé, qui menace de laisser des pans béants de la société sans couverture.

Élevée par une mère célibataire dans une maison mobile, la candidate démocrate Angie Craig a passé une partie de son enfance sans assurance maladie.

«C’est donc un sujet qui me touche personnellement», explique-t-elle à des électeurs réunis pour une table ronde. Elle se présente à la Chambre des représentants contre le républicain sortant Jason Lewis.

Lesbienne, mariée à sa compagne avec laquelle elle a quatre enfants, elle présente à 46 ans un profil de candidate inédit dans ce territoire mêlant banlieues aisées et vastes exploitations agricoles.

Signe des temps, avec un nombre record de femmes candidates cette année, les sondages lui donnent de bonnes chances. «Je suis très optimiste sur la volonté de changement dans le pays, et dans cette circonscription», confie-t-elle à l’AFP.

Petite-fille d’agriculteur, cette brune au ton déterminé reconnait que l’administration Trump a bien fait de renégocier «certains accords commerciaux», comme l’ALÉNA conclu avec le Canada voisin du Minnesota, et le Mexique.

Mais «en lançant une guerre commerciale avec la Chine, on a vraiment fait du mal à nos cultivateurs de soja», souligne-t-elle. Quant aux aides gouvernementales censées compenser les producteurs de maïs, elles sont insuffisantes.

Son message résonne dans la ferme de Bill Sorg, établie par sa famille en 1886 non loin des rives du Mississippi.

Le septuagénaire élève 300 vaches laitières et fait pousser du maïs, du soja et de la luzerne sur plus de 1.600 hectares.

Malgré son sourire permanent, les tensions commerciales l’inquiètent. Même s’il n’exporte pas ses récoltes, la baisse de la demande de soja américain en Chine a fait baisser ses prix.

Il votera pour Angie Craig.

«Elle comprend les difficultés du monde rural et les problèmes du système de santé», explique M. Sorg, se souvenant qu’avant la réforme de Barack Obama, sa famille payait 20.000 dollars par an pour ses cinq membres en assurance maladie.

État clé en 2020 

Au nord du Minnesota, la dynamique s’inverse.

Dans les bassins miniers, on applaudit les tirades commerciales de Donald Trump. Et Pete Stauber, le candidat républicain à la Chambre dans la 8e circonscription, historiquement démocrate, revendique son soutien.

«Le chômage est bas, l’optimisme est haut, les petites entreprises embauchent, les sociétés investissent et la confiance des consommateurs déborde», déclare à l’AFP cet ancien joueur de hockey sur glace, sport passion au Minnesota, et policier pendant 22 ans.

Les sondages le mettent à égalité avec son opposant démocrate Joe Radinovich.

Compte tenu des changements dans son électorat, le Minnesota deviendra pour la présidentielle de 2020 «l’un des États pivots clés», qui font et défont les élections aux États-Unis en basculant d’un parti à l’autre, estime M. Schier. «Il est très probable que celui qui remportera le Minnesota sera le prochain président des États-Unis».