Frappé mardi par des explosions meurtrières, le Liban connaît sa pire crise économique depuis des décennies
Frappé mardi par des explosions meurtrières, le Liban connaît sa pire crise économique depuis des décennies

Le Liban, petit pays du Moyen-Orient marqué par les drames

AFP
Agence France-Presse
BEYROUTH — Le Liban, pays aux équilibres communautaires fragiles qui a traversé 15 ans de guerre civile, a souvent été pris en étau entre Israël et la Syrie et été la victime collatérale de vives tensions régionales.

Frappé mardi par des explosions meurtrières, il connaît sa pire crise économique depuis des décennies, marquée par un effondrement de sa monnaie et des licenciements massifs qui alimentent depuis plusieurs mois la grogne sociale.

Entre Israël et la Syrie

Le pays a connu 15 ans de guerre civile (1975-1990) et a été sous tutelle syrienne depuis les années 1990 jusqu’au retrait des soldats syriens en 2005. Et les institutions politiques ont été longtemps paralysées par les antagonismes entre pro et antisyriens.

En mars 1978, l’armée israélienne pénètre au Liban voisin pour mettre fin aux attaques de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qu’elle repousse jusqu’au fleuve Litani, avant de se retirer en juin.

Israël envahit une nouvelle fois le Liban en juin 1982 et établit une zone tampon pour assurer la sécurité des localités du nord d’Israël.

En 2006, une guerre oppose Israël au mouvement chiite Hezbollah, créé dans la foulée de l’invasion israélienne et financé par les Gardiens de la révolution iraniens.

Le puissant mouvement chiite a reconnu en 2013 l’engagement de ses combattants dans la guerre en Syrie au côté du régime de Bachar al-Assad, une implication qui a divisé davantage la scène politique au Liban.

Et le conflit syrien a régulièrement débordé sur le Liban. Plusieurs attentats ont ainsi frappé Beyrouth et d’autres régions du pays.

Multiconfessionnel

Le Liban, qui arbore un cèdre sur son drapeau, est un des plus petits États du Moyen-Orient avec un territoire de quelque 10 000 kilomètres carrés, bordé à l’ouest par la Méditerranée.

Considéré comme relativement libéral dans une région plutôt conservatrice, la religion y occupe une place de premier plan. Il y a 18 communautés religieuses au Liban, où l’État est régi par un système complexe de partage du pouvoir entre les différentes confessions.


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Le Liban a fait face à l'horreur mardi.

Dette colossale

Pour la première fois de son histoire, le Liban a annoncé en mars être en défaut de paiement.

Selon l’agence internationale Standard and Poor’s (S&P), il croule sous une dette de 92 milliards de dollars, soit près de 170 % de son produit intérieur brut (PIB), l’un des ratios les plus élevés au monde.

En mai, le Liban a entamé des négociations avec le Fonds monétaire international pour obtenir une aide cruciale dans le cadre d’un plan de sauvetage élaboré par le gouvernement. Mais le processus est toujours au point mort.

Le ras-le-bol a déclenché en octobre 2019 un mouvement de contestation inédit contre la classe dirigeante, quasi inchangée depuis des décennies et accusée de corruption.

Près de la moitié de la population vit dans la pauvreté et 35 % de la population active est au chômage, selon des statistiques officielles.

Poids économique des réfugiés

Avec une population de 4,5 millions d’habitants, le Liban dit accueillir 1,5 million de réfugiés syriens, dont près d’un million inscrits auprès de l’ONU.

Plus des trois quarts, des familles de réfugiés syriens vivent sous le seuil de pauvreté, selon le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR). Souvent, elles comptent sur les aides d’ONG et peinent à joindre les deux bouts.

Francophonie

Ancienne puissance mandataire (1920-1943), la France est une alliée traditionnelle du Liban, qui est membre de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Le pays abrite quelque 300 établissements scolaires francophones, mais leur survie est menacée en raison de la crise économique.

Le 19 décembre dernier, l’universitaire Hassan Diab est désigné premier ministre pour remplacer Saad Hariri, poussé à la démission fin octobre.

LE PAYS DEPUIS 2005

Le Liban, endeuillé mardi par de puissantes explosions à Beyrouth, connaît sa pire crise économique depuis des décennies, sur fond de tiraillements politiques et de grogne sociale inédite.

Rappel des principales dates depuis 2005 :

Assassinat de Rafic Hariri

Le 14 février 2005, l’ancien premier ministre Rafic Hariri, passé dans l’opposition, est tué dans un attentat à Beyrouth, qui fait au total 22 morts et plus de 220 blessés. Un kamikaze a fait sauter une camionnette piégée au passage de son convoi blindé.

L’opposition fait assumer aux «pouvoirs libanais et syrien la responsabilité» de l’attentat et appelle au retrait des troupes syriennes.

Le 26 avril, les derniers soldats syriens quittent le Liban après 29 ans de présence, sous la pression de la colère populaire, de l’opposition et de la communauté internationale. Les effectifs syriens avaient culminé à 40 000 hommes.

Un Tribunal spécial pour le Liban (TSL), chargé d’enquêter sur l’assassinat de Hariri et celui d’autres personnalités opposées à Damas, est créé.

Soutenu par l’ONU et basé au Pays-Bas, il doit rendre vendredi son verdict dans le procès de quatre hommes, tous membres présumés du mouvement chiite Hezbollah, accusés d’avoir participé à l’assassinat.

Le Hezbollah, qui a rejeté toute responsabilité, a refusé de livrer les suspects malgré plusieurs mandats d’arrêt émis par le TSL.

Conflit Israël-Hezbollah

Le 12 juillet 2006, débute un conflit entre forces israéliennes et Hezbollah, après la capture de deux soldats israéliens. La guerre fait en 34 jours près de 1400 morts, dont 1200 côté libanais, en majorité des civils.

Le Hezbollah au gouvernement

En mai 2008, des heurts opposent le Hezbollah et ses alliés aux sympathisants du gouvernement issu de la majorité antisyrienne : près de 100 morts en une semaine.

En juillet, le pays se dote d’un gouvernement d’union, où le Hezbollah et ses alliés ont un droit de veto.

En juin 2009, le camp antisyrien remporte les législatives et Saad Hariri, fils de Rafic, est nommé premier ministre. Il ne réussira à former son gouvernement qu’en novembre, après des mois d’impasse avec le Hezbollah.

En janvier 2011, la coalition s’effondre. En juin, un nouveau gouvernement, dominé par le Hezbollah et ses alliés, est formé.

Dans l’engrenage du conflit syrien

Fin avril 2013, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah reconnaît l’engagement de ses troupes aux côtés de Damas. Le mouvement, qui reçoit de l’aide militaire et financière de l’Iran, a envoyé des milliers de combattants pour venir en aide au régime de Bachar al-Assad.

Plusieurs attentats sanglants ont frappé des bastions du Hezbollah au Liban.

Le Hezbollah renforcé

Fin octobre 2016, l’ex-général Michel Aoun devient président, grâce à l’appui notamment du Hezbollah. Saad Hariri redevient premier ministre.

En mai 2018, les législatives sont dominées par le Hezbollah et ses alliés. Le Courant du Futur, parti de Saad Hariri, perd un tiers de ses sièges.

M. Hariri est chargé de former un nouveau gouvernement.

Les tractations traînent en longueur, Saad Hariri faisant assumer au Hezbollah la responsabilité du retard dans la formation du gouvernement, finalement annoncé fin janvier 2019.

Soulèvement inédit

Fin septembre, des centaines de manifestants dénoncent à Beyrouth la situation économique, sur fond de craintes concernant la stabilité de la livre libanaise.

Le 17 octobre, la colère populaire explose après l’annonce d’une nouvelle taxe sur les appels via la messagerie WhatsApp. La rapide annulation de la mesure n’empêche pas la révolte de gagner le pays.

La mobilisation va culminer avec des centaines de milliers de manifestants certains jours réclamant le renouvellement de toute la classe dirigeante, quasi inchangée depuis des décennies et accusée de corruption.

Débâcle économique

Le 19 décembre, l’universitaire Hassan Diab est désigné premier ministre pour remplacer Saad Hariri, poussé à la démission fin octobre.

Le 21 janvier 2020, le Liban se dote d’un gouvernement, formé par le Hezbollah et ses alliés, majoritaires au Parlement.

Fin avril, le pays en défaut de paiement adopte un plan de relance et promet des réformes, mais les négociations, initiées avec le Fonds monétaire international pour obtenir une aide cruciale pour la population et rétablir la confiance des créanciers, sont au point mort.

AFP