Les troupes prorégime contrôlent désormais la quasi-totalité d'Alep.

Le front s'embrase à nouveau à Alep

Les raids aériens et les violents bombardements ont semé la panique mercredi parmi les habitants de la ville syrienne d'Alep qui cherchaient éperdument un abri, les présidents russe et turc estimant que les violations d'une trêve conclue la veille devaient cesser.
L'accord de mardi sous la houlette de Moscou et d'Ankara devait permettre l'évacuation des insurgés, et à des milliers de civils affamés et désespérés de pouvoir sortir de la poignée de quartiers encore aux mains des rebelles, mais les violences ont repris de plus belle après une pause de plusieurs heures, poussant des habitants terrifiés à fuir.
«La situation est horrible», a lancé le militant Mohammad al-Khatib, contacté par l'AFP à Alep par Internet. «Les blessés et les morts sont dans les rues, personne n'ose les retirer. Le bombardement est continu. C'est indescriptible.»
«On est revenus à la case départ», a résumé le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane.
Mercredi soir, le ministre turc des Affaires étrangères a annoncé une rencontre réunissant la Turquie, la Russie et l'Iran le 27 décembre à Moscou pour discuter d'une solution politique au conflit en Syrie, lequel a fait plus de 312 000 morts depuis mars 2011.
Accusations mutuelles
L'allié russe du président Bachar al-Assad a accusé les rebelles d'avoir déclenché à nouveau les hostilités, tandis que le parrain de l'opposition, la Turquie, blâmait les troupes du régime et leurs alliés.
La vingtaine de bus qui devaient prendre en charge les évacués mercredi sont restés stationnés dans le secteur gouvernemental de Salaheddine.
Des milliers d'habitants avaient pourtant attendu en vain d'y monter dans le froid et sous la pluie. Beaucoup avaient passé la nuit sur les trottoirs, faute d'abris.
Une source proche du régime a précisé que les négociations continuaient et que, «lorsqu'un accord sera conclu, les autorités syriennes l'annonceront».
Dans un entretien téléphonique, le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue russe Vladimir Poutine ont convenu que les violations du cessez-le-feu devaient cesser, se disant prêts à reprendre «dès que possible» l'évacuation des civils et des rebelles, selon une source présidentielle turque.
De son côté, une source proche du pouvoir a accusé les rebelles d'avoir cherché à augmenter le nombre des personnes évacuées de 2000 à 10 000.
Les chefs de la diplomatie russe et américaine se sont également parlé au téléphone, Sergueï Lavrov appelant John Kerry à faire pression sur les rebelles pour les inciter à quitter la ville, selon un communiqué de la diplomatie russe.
Selon l'influent groupe rebelle Noureddine al-Zinki, l'accord prévoyait l'évacuation en premier «des blessés et des civils», suivis des insurgés avec leurs armes légères, vers les régions rebelles des provinces d'Alep ou d'Idleb.
Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a fait état d'informations selon lesquelles «au moins 82 civils» auraient été tués dans les quartiers repris par l'armée, suscitant un tollé international.
Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées mercredi soir à Paris en soutien aux victimes d'Alep. Des rassemblements du genre ont aussi eu lieu à Istanbul, en Turquie, à Rabat, au Maroc, et à Sarajevo, en Bosnie.
Boucliers humains
La Commission d'enquête sur la Syrie de l'ONU a par ailleurs indiqué mercredi que des groupes rebelles, dont le groupe Fateh al-Cham (l'ancienne branche syrienne d'Al-Qaida), empêcheraient des civils de quitter les quartiers assiégés d'Alep et s'en serviraient comme boucliers humains.
Ce groupe a annoncé mercredi que l'un de ses kamikazes avait fait exploser une voiture piégée près d'une position du régime dans le sud d'Alep.
Plus de 465 habitants, dont 62 enfants, ont péri à Alep-Est, selon l'OSDH, depuis le début le 15 novembre de l'offensive des troupes prorégime, qui contrôlent désormais la quasi-totalité de la ville. Côté gouvernemental, 142 civils ont été tués par les tirs rebelles.
Rendue possible par le soutien de la Russie, la reprise totale d'Alep permettra au régime de contrôler les cinq plus grandes villes de Syrie, avec Homs, Hama, Damas et Lattaquié.
Dion exhorte les Russes à agir
Stéphane Dion, mercredi, lors de la période des questions
Le ministre des Affaires étrangères du Canada, Stéphane Dion, a lancé mercredi un cri du coeur face à l'insupportable drame qui se joue à Alep. Le diplomate en chef a plaidé qu'il «faut agir», insistant sur la nécessité de continuer à «interpeller ceux qui peuvent faire la différence, c'est-à-dire le régime Assad et ceux qui l'appuient».
Il a assuré que c'est précisément ce qu'Ottawa fait, étant actuellement «en conversation avec ceux avec qui il faut que ça bouge», notamment avec les Russes. Car «il y a encore des vies à sauver, des enfants qui sont séparés de leurs parents» dans la ville syrienne assiégée, a insisté le ministre.  La Presse canadienne