«Aux élections européennes, nous allons sortir en tête», a assuré Mme Le Pen à ses soutiens, tablant sur les divisions de la droite classique pour siphonner son électorat.

Le Front national cherche un nouveau nom pour un nouveau souffle

KINTZHEIM - «Ce nom est connoté» : Encore groggy de son cuisant échec à la présidentielle Française de 2017, Marine Le Pen, leader du parti d’extrême droite Front national, espère trouver un nouveau souffle en rebaptisant son parti.

Dans la salle de bal de l’hôtel des Cigognes de Kintzheim, village typique d’Alsace, la présidente du FN achève sa tournée nationale «En avant pour un nouveau Front».

Après avoir égrainé les thèmes habituels, de l’immigration à l’Europe «totalitaire», elle en vient au sujet du moment: «Je sais que beaucoup sont attachés au nom Front national...», qui est un des plus anciens sur la scène politique française.

«Mais ce nom aux allures un peu guerrier - un Front - est connoté, marqué», assène-t-elle en déjeunant, avec 400 sympathisants, d’un coq au vin accompagné de spätzle, pâtes typiques de la région.

«Le nom Front national, c’est aussi une difficulté pour les alliances... Sans changement de nom, il n’y aura pas d’alliance et, sous la Ve République, cela veut dire que nous ne pourrons jamais conquérir le pouvoir».

Lors de son prochain congrès, les 10 et 11 mars, la présidente proposera un nouveau nom  - il n’est pas encore connu -, parachevant ainsi sept ans d’efforts visant à «dédiaboliser» le Front et le laver de cette image sulfureuse que les déclarations provocatrices de son ancien leader, Jean-Marie Le Pen, avaient pu lui conférer.

Après un débat télévisé totalement raté avant le second tour de la présidentielle de 2017, et sa défaite, 32 points derrière Emmanuel Macron, Marine Le Pen a remporté huit sièges sur un total de 577 aux législatives qui ont suivi. Un bon score pour le parti, mais nettement en deçà de ses attentes.

Du sang neuf

«C’est une grosse note de déception», concède Christophe Hingray au sujet du score à la présidentielle. «C’était pas mal jusqu’au débat et puis elle a un peu merdé», lâche le fossoyeur quinquagénaire au cou tatoué d’un coeur.

Pour lui cependant, le problème n’est pas dans le nom du parti, mais dans ses responsables: «Le boulet c’est l’équipe dirigeante», estime-t-il, réclamant «du sang neuf».

Du sang neuf? La nièce de Marine Le Pen, Marion Maréchal Le Pen, pourrait bien en être. L’ancienne étoile montante du FN, aujourd’hui âgée de 28 ans, officiellement retirée de la vie politique, a effectué un retour remarqué sur la scène publique, cette semaine, lors d’un rassemblement conservateur à Washington.

«Marion, elle est trop bien», s’enthousiasme Irène Buschauer, une veuve de 71 ans. «Elle est vivante et elle a réponse à tout».

Sa tante a elle-même récemment concédé que Marion Maréchal Le Pen «a sûrement beaucoup plus de choses que moi, d’abord la jeunesse que je n’ai presque plus».

«Si les sondages et surtout les adhérents (...) considèrent que, à un moment donné, quelqu’un d’autre que moi est mieux placé pour rassembler et faire gagner nos idées, ça ne me pose aucun problème», avait même ajouté Marine Le Pen, évoquant la présidentielle de 2022.

Mais pour l’instant, la tante semble avoir le parti bien en main et sera réélue à sa tête, pour un troisième mandat consécutif lors du prochain congrès.

«C’est elle (Marine) qui nous a amené là où on est. Marion n’a pas la même carrure», juge Hombeline du Parc, une élue locale du FN.

Le parti entend présenter un front uni au prochain congrès, coupant définitivement les liens avec le patriarche et fondateur, Jean-Marie Le Pen, 89 ans, qui sera officiellement exclu de son poste honorifique de président d’honneur.

L’objectif est de mettre le FN en ordre de bataille pour les élections européennes de 2019 puis les municipales un an plus tard.

«Aux élections européennes, nous allons sortir en tête», a assuré Mme Le Pen à ses soutiens, tablant sur les divisions de la droite classique pour siphonner son électorat.

«Les électeurs de droite en France sont attachés à une vision monarchique de la présidence», répond le politologue Jean-Yves Camus, qui estime que Mme Le Pen ne présente pas les caractéristiques nécessaires pour coller à cette attente.