Une équipe d’astronautes autrichiens prépare un camp dans les étendues désertiques du Dhofar, à Oman. Une mission pour simuler la vie sur Mars avant un futur voyage sur la planète rouge.

Le désert d’Oman, porte d’entrée pour Mars

DHOFAR, Oman - En combinaisons intégrales sous un soleil de plomb, une équipe d’astronautes autrichiens prépare un camp dans les étendues désertiques du Dhofar, à Oman. Une mission pour simuler la vie sur Mars avant un futur voyage sur la planète rouge.

«Nous voulons simuler Mars sur Terre et nous avions besoin d’un endroit qui ressemble le plus possible à cette planète. Nous l’avons trouvé ici», raconte à l’AFP Alexander Soucek, principal «directeur de vol» de cette mission baptisée AMADEE-18.

Autour de lui, des plateaux rocheux et des lits de rivières sablonneux s’étendent à perte de vue : le Dhofar, vaste désert du sud-ouest du sultanat d’Oman, paraît hors du monde terrestre.

Pour arriver à ce qui deviendra Mars sur Terre le temps d’une expérience, les membres de l’Austrian Space Forum —un groupe de volontaires— ont dû rouler durant des heures dans des véhicules tout-terrain depuis Marmul, petit aérodrome utilisé par des employés du secteur pétrolier.

Ils sont accompagnés par leurs homologues omanais vêtus de robes traditionnelles blanches et de turbans colorés.

«Ici, les humains venus de la Terre atterriront après six mois de voyage dans l’espace... simulé, bien sûr», explique avec enthousiasme M. Soucek à l’arrivée sur le site choisi pour établir la simulation de vie martienne.

Les autorités d’Oman ont donné leur feu vert à cette expérience scientifique inédite et un accord officiel a été signé lundi avec l’équipe autrichienne.

«Quand nous volerons un jour vers Mars, nous aurons besoin d’autant de réponses possibles aux questions qui se posent pour être vraiment bien préparés», ajoute M. Soucek.

«Avant-goût du futur»

La simulation débutera en février 2018 et durera quatre semaines.

Elle permettra aux chercheurs d’expérimenter la culture hydroponique —sans terre naturelle— de légumes dans des serres gonflables, ainsi qu’un engin autonome propulsé par le vent pour cartographier les terrains.

«Il y a très peu de groupes sur cette planète qui testent ces procédures et réalisent ces simulations de haute précision et nous sommes l’un d’eux», s’enorgueillit M. Soucek.

Son équipe espère que la simulation de février aidera à déterminer les outils et les procédures à maîtriser pour une future première mission habitée sur Mars.

Le commandant de l’équipe, Gernot Groemer, prédit qu’une telle mission pourrait être menée dans les dizaines d’années à venir par un collectif comprenant les États-Unis, la Russie, l’Europe et peut-être même la Chine.

«Ce que nous allons voir ici dans une centaine de jours, c’est un avant-goût du futur», dit-il en montrant un campement en forme de U.

Ici, une quinzaine de personnes seront aussi mises à l’isolement pour tester, entre autres, comment fatigue mentale ou dépression pourraient affecter les astronautes. Pour résoudre d’éventuels problèmes, ces testeurs isolés ne pourront communiquer qu’à distance avec la «Terre».... en Autriche.

«Utile pour la Terre»

Le coût total du projet est estimé à un demi-million d’euros, financé principalement par des contributions privées de sociétés partenaires.

Des détracteurs voient dans ce genre de missions une perte d’argent, alors que les pays d’Europe ont adopté des mesures d’austérité budgétaires tout comme les États du Golfe, affectés par la chute des recettes pétrolières.

Mais l’Austrian Space Forum affirme que l’argent ne sera pas «jeté dans l’espace», vu que les résultats des recherches seront utiles non seulement à la vie sur une planète lointaine, mais aussi sur Terre.

«La plupart des gens utilisent chaque jour des technologies spatiales sans même le savoir», soutient M. Groemer, énumérant l’imagerie satellitaire, l’injection de carburant pour les voitures et les logiciels de dépistage du cancer du sein.

Pour la Société d’astronomie omanaise, qui a invité le centre autrichien, la mission est perçue comme une source d’inspiration pour les jeunes du sultanat.

Une série de conférences aura lieu à la Grande Mosquée du Sultan Qabous à Mascate à destination en particulier des étudiants.

Selon le chef adjoint du comité directeur d’AMADEE-18 et vice-président du Conseil d’État d’Oman, Al-Khattab Ghalib al-Hinai, une équipe de lycéens omanais participera même à des expériences géophysiques pour tenter de trouver de l’eau dans le désert.

«L’idée est stimuler l’imagination des jeunes d’Oman (...) et j’espère que cette mission de découverte les aidera à rechercher l’inconnu», souligne M. Hinai, lui-même géologue.

«J’espère voir émerger une génération d’astrophysiciens à Oman. J’espère voir des géologues et des astronautes dans le futur».