Kim Jong-nam, à gauche, le demi-frère en exil du dictateur nord-coréen Kim Jong-un, se serait rendu en Malaisie pour rencontrer un agent de la CIA juste avant d’être assassiné en 2017.

Le demi-frère de Kim espion pour la CIA?

WASHINGTON — Kim Jong-nam, le demi-frère de Kim Jong-un qui a été assassiné en 2017 en Malaisie, était un «informateur» de la CIA, selon une nouvelle biographie du dirigeant nord-coréen publiée mardi.

Héritier déchu du pouvoir, Kim Jong-nam a rencontré ses «officiers traitants» de l’agence de renseignement américaine en Asie du sud-est peu avant d’être empoisonné en 2017, raconte la journaliste Anna Fifield dans son livre, The Great Successor.

Il est mort en février 2017 après qu’on lui eut projeté au visage du VX, un agent neurotoxique hautement mortel, alors qu’il se trouvait à l’aéroport international de Kuala Lumpur, où il attendait un avion pour Macao. Juste avant sa mort, des images de «vidéosurveillance le montrent dans l’ascenseur d’un hôtel avec un homme de type asiatique» qui serait «un agent américain de la CIA», selon la journaliste, spécialiste de la Corée du Nord pour le Washington Post.

Kim Jong-un, qui a accédé au pouvoir en 2011, «aurait considéré que le fait de parler à des Américains était un acte de trahison», écrit Anna Fifield.

Le Wall Street Journal, citant «une personne informée du sujet», a également affirmé mardi que Kim Jong-nam avait rencontré plusieurs fois des agents de la CIA.

Le quotidien précise toutefois que les détails de ces rencontres ne sont pas complètement clairs. Le Nord-Coréen s’était rendu en Malaisie pour rencontrer son contact à la CIA, mais cela pourrait ne pas avoir été l’unique but de ce voyage.

«Le sac à dos que portait Kim Jong Nam contenait 120 000 dollars en liquide», affirme de son côté Anna Fifield, suggérant que ce soit un paiement pour ses informations ou de l’argent pour ses activités de joueur.

Selon la journaliste, il gérait des sites Internet de jeu et «vivait au milieu des parieurs, des gangsters et des espions», tout en conservant certains liens avec le pouvoir nord-coréen.

«Très bonnes relations»

Mais «plusieurs anciens responsables américains» ont dit au WSJ que Kim Jong-nam «n’aurait pas été capable de donner des détails sur le fonctionnement interne du pays» en raison de ses années d’exil.

Donald Trump a pour sa part affirmé qu’il n’aurait pas laissé la CIA entrer en contact avec Kim Jong-nam. Le président américain a assuré mardi entretenir de «très bonnes relations» avec Kim Jong-un, avec lequel il négocie un accord de dénucléarisation. «Je lui dirais que cela n’arriverait pas sous mon patronage, c’est sûr, je ne laisserais pas faire ça», a-t-il ajouté.

Deux jeunes femmes, une Vietnamienne et une Indonésienne, avaient été arrêtées et inculpées après l’assassinat de Kim Jong-nam. Mais elles n’ont cessé d’affirmer avoir été recrutées pour participer à ce qu’elles croyaient être une farce du style «caméra cachée» et qu’elles avaient été flouées, entraînées dans un complot fomenté par des agents nord-coréens.

Le parquet malaisien a finalement abandonné les accusations de meurtre à leur encontre et les deux femmes ont été libérées.

De son côté, la Corée du Sud a imputé cet assassinat au Nord, ce que Pyongyang a démenti.

Surnommé le «petit général», Kim Jong-nam avait été un temps pressenti pour succéder à son père Kim Jong-il à la tête du pays reclus. Mais il était tombé en disgrâce après avoir été arrêté en 2001 à l’aéroport de Tokyo muni d’un faux passeport dominicain avec deux femmes et un enfant. Il aurait alors déclaré aux autorités qu’il voulait visiter le parc d’attractions Disneyland de la capitale japonaise.

C’est son demi-frère, Kim Jong-un, qui a hérité du pouvoir à la mort de leur père en décembre 2011.

Il avait ensuite essentiellement vécu avec sa famille à Macao, à Singapour ou en Chine, et avait multiplié les critiques contre le régime de Pyongyang.

Avant même cette succession, il avait affirmé que le pouvoir ne l’intéressait pas et s’était dit en octobre 2010, dans un entretien en coréen à la chaîne japonaise Asahi TV, «opposé à la transmission héréditaire à une troisième génération de la famille».