Le missile, qui s’est abîmé en mer du Japon après un vol de quelque 1000 kilomètres de distance, a atteint la plus haute altitude de tous les tirs effectués par Pyongyang à ce jour.

Le continent américain serait à la portée de la Corée du Nord

SÉOUL — La Corée du Nord a affirmé mercredi avoir réalisé son objectif, devenir un État nucléaire, après avoir testé avec succès un nouveau missile intercontinental qui met «la totalité du continent américain» à sa portée.

Après avoir assisté au lancement du missile Hwasong-15, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un a déclaré «avec fierté que désormais, nous sommes finalement parvenus à réaliser notre grande cause historique, l’achèvement d’une force nucléaire d’État», selon l’agence officielle KCNA.

Le tir a provoqué les foudres de la communauté internationale. Le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, a évoqué une avancée qui représente «une menace partout dans le monde».

Il s’agissait du premier tir de missile par la Corée du Nord depuis le 15 septembre. Il anéantit les espoirs que la trêve observée par Pyongyang ait eu pour objectif d’ouvrir la porte à une solution négociée à la crise suscitée par ses programmes nucléaire et balistique.

«Le système d’armes de type ICBM Hwasong-15 est un missile intercontinental équipé d’une ogive lourde extra-large capable de frapper la totalité du continent américain», a affirmé KCNA.

Le développement de cet armement protègera la Corée du Nord de «la politique de chantage et de menace nucléaires des impérialistes américains», a-t-elle ajouté.

Pyongyang doit encore démontrer qu’il maîtrise la technologie de rentrée des ogives dans l’atmosphère depuis l’espace. Mais les spécialistes estiment que la Corée du Nord est sur le point de développer une capacité de frappe intercontinentale opérationnelle.

Ce nouveau tir de missile par Pyongyang, après plus de deux mois sans essai, a tout d’un bras d’honneur au président républicain, de retour d’une longue tournée en Asie qui avait pour objectif, selon ses termes, d’«unir le monde contre la menace posée par le régime nord-coréen».

Le missile a été tiré mercredi matin heure nord-coréenne depuis le site de Sain-ni, près de Pyongyang, et s’est écrasé en mer au large du Japon.

Le Pentagone a précisé que le missile n’avait pas présenté de danger ni pour le territoire continental des États-Unis, ni pour d’autres territoires américains, ni pour des pays alliés.

Le ministre américain de la Défense Jim Mattis a déclaré que les militaires sud-coréens avaient tiré des missiles de précision en mer pour «s’assurer que la Corée du Nord comprend bien qu’elle peut être prise sous le feu de notre allié».

Selon lui, le missile, qui s’est abîmé en mer du Japon après un vol de quelque 1000 kilomètres de distance, a atteint la plus haute altitude de tous les tirs effectués par Pyongyang à ce jour. Il représente «une menace partout dans le monde», a déclaré Jim Mattis au côté de Donald Trump.

Le premier ministre japonais Shinzo Abe a précisé qu’au sommet de sa trajectoire le missile avait atteint une altitude de «bien plus de 4000 kilomètres».

Ce lancement est un «acte violent» qui «ne peut pas être toléré», a déclaré M. Abe à la presse. «Nous ne céderons jamais à aucun acte de provocation. Nous renforcerons notre pression» sur Pyongyang.

Peu après, M. Trump s’est entretenu du nouveau lancement nord-coréen avec le premier ministre japonais. «Les deux dirigeants ont jugé que les actes provocateurs du régime nord-coréen compromettaient sa sécurité et l’isolaient encore plus de la communauté internationale», indique le compte-rendu diffusé par la Maison-Blanche.

Le Japon, les États-Unis et la Corée du Sud ont demandé une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a déjà imposé plusieurs vagues de sanctions à la Corée du Nord en raison de ses programmes nucléaire et balistique. Cette réunion doit se tenir mercredi.

Le président américain Donald Trump a promis de «s’occuper» de la menace nord-coréenne, mardi.

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Parallèlement à la rhétorique du président Trump, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson affirme que les «options diplomatiques» pour résoudre la crise avec la Corée du Nord restent «sur la table, pour l’instant».

M. Tillerson a, par la voix de sa porte-parole, exhorté la communauté internationale à «prendre de nouvelles mesures», «y compris le droit d’interdire le trafic maritime transportant des biens vers et depuis la Corée du Nord».

Efforts diplomatiques

Les efforts diplomatiques engagés par Washington, notamment par l’intermédiaire de la Chine, pour tenter de mettre fin aux activités balistiques et nucléaires de Pyongyang semblent n’avoir aucune prise sur les décisions du leader nord-coréen Kim Jong-Un.

Le tir intervient huit jours après la décision de Washington de réinscrire la Corée du Nord sur la liste des «États soutenant le terrorisme», un geste qualifié de «grave provocation» par Pyongyang.

Le 3 septembre, la Corée du Nord a effectué son sixième essai nucléaire, le plus puissant à ce jour, qui impliquait selon Pyongyang une bombe H suffisamment petite pour être chargée sur un missile.

Le 15 septembre, moins d’une semaine après l’adoption par l’ONU d’une huitième série de sanctions, Pyongyang tirait un missile balistique au-dessus du Japon, sur une distance de 3700 kilomètres, selon Séoul.