Abattu en masse au courant des années 1960, le bouvier mongol est devenu une espèce rare et grâce aux efforts de protection, il reprend petit à petit son rôle traditionnel de gardien de troupeaux auprès des nomades.

Le bouvier mongol, un chien ressuscité du fond des âges

À première vue, le molosse à crinière n'était guère différent des bâtards qui arpentent par milliers les rues d'Oulan-Bator. L'adolescent qui l'a recueilli n'a appris que bien plus tard qu'il s'agissait du descendant d'une des plus anciennes races de chiens du monde.
Aujourd'hui, Delgeriin Tserenkhand, 34 ans, fait partie d'un mouvement de protection du bouvier de Mongolie, un animal étroitement lié aux traditions nomades arrachées de force lorsque le pays faisait partie de l'orbite soviétique.
Ce chien magnifique à poils longs, proche du rottweiler et du bouvier bernois, est devenu rare, mais il fut un temps où il régnait seul en maître sur les troupeaux mongols, lorsque chaque famille en possédait au moins un.
Les années 1960 lui furent fatales : une rumeur selon laquelle le gros chien à robe noire et feu propageait la peste lui a valu d'être abattu en masse alors même que sa place dans la spiritualité mongole disparaissait progressivement.
«Sauver les chiens ça revient à sauver la culture mongole», affirme Delgeriin, qui possède un élevage niché au milieu des steppes non loin de la capitale.
Là, ses sept chiens courent en liberté autour de lui, répondant à ses ordres et tournant la tête à chaque geste de sa main.
Fortement protecteur
«Les bouviers sont des chiens très particuliers», observe-t-il. «Ils sont à l'aise avec les gens et les troupeaux, mais ont un instinct fortement protecteur à l'approche des prédateurs. Sans eux, les nomades sont diminués».
Le bouvier, que les Mongols appellent «bankhar» (les voisins bouriates en Russie l'appellent «hotocho»), avait des pouvoirs magiques à en croire la culture traditionnelle : en cas de sécheresse, les nomades recouvraient leur chien d'un drap en laine dans l'espoir de faire pleuvoir.
En cas de douleurs, on mettait ses poils à tremper dans de l'huile qu'il suffisait d'appliquer sur les articulations.
Le bouvier partage «la même âme» que les humains, assure Delgeriin. Un statut qui lui vaut d'être enterré en haut des collines après son trépas, afin d'être plus près des dieux.
Hommage mérité pour un canidé qui serait l'un des ancêtres de nombreuses races de chiens. Des chercheurs de l'Université Cornell aux États-Unis ont établi que le premier chien domestiqué vivait en Asie centrale il y a quelque 15 000 ans.
Comme le bouvier mongol dispose de l'un des patrimoines génétiques les plus diversifiés du monde, cette recherche laisse à penser qu'il est peut-être un très proche cousin du premier chien domestique.
Sens de l'orientation
Aujourd'hui, grâce aux efforts de protection, le bouvier retrouve petit à petit son rôle traditionnel de gardien de troupeaux auprès des nomades, qui représentent encore près du tiers de la population du pays avec quelque 900 000 habitants.
Lorsqu'une famille nomade installe sa yourte et son troupeau dans un nouvel endroit, le bouvier marque son territoire afin de signaler sa présence aux prédateurs potentiels.
«Le bouvier court vite, il est plus lourd que le loup de Mongolie et plutôt violent lorsqu'il se retrouve face à un autre chien ou à un léopard des neiges», observe Bruce Elfstrom, fondateur du Mongolian Bankhar Dog Project, une association américano-mongole qui agit pour la réintroduction du quadrupède auprès des nomades.
Les résultats ne se font pas attendre. «Un éleveur avait perdu 80 chèvres et moutons pendant un an avant de se décider à acheter un bouvier. L'année suivante, il n'en avait perdu que 40», raconte M. Elfstrom.
Son sens de l'orientation phénoménal est un atout précieux pour aider les nomades à trouver les meilleurs pâturages.
Pour illustrer l'intelligence du bouvier mongol, Delgeriin aime raconter l'histoire de cet ami venu à Oulan-Bator avec son chien pour un accouplement. Arrivé dans la capitale, l'animal s'est enfui... avant de réapparaître un mois plus tard dans son campement d'origine, à plus de 1000 km de là.
L'éleveur, qui a aussi ouvert un chenil en ville, prévoit d'agrandir son ranch afin de servir la clientèle nomade. S'il vend chaque chiot 1700 euros (2485 $) aux acheteurs étrangers, les nomades, eux, ont droit à une réduction.