Ils sont des centaines, depuis le début de la semaine, à célébrer sur TikTok ce qu’ils présentent comme une opération concertée pour perturber la réunion de campagne de Donald Trump à Tulsa.
Ils sont des centaines, depuis le début de la semaine, à célébrer sur TikTok ce qu’ils présentent comme une opération concertée pour perturber la réunion de campagne de Donald Trump à Tulsa.

L’armée K-pop passe à l’action contre Trump

NEW YORK — Célébrée sur les réseaux sociaux pour avoir saboté le récent rassemblement de Donald Trump, la communauté des fans de K-pop s’affirme de plus en plus comme activiste, loin de l’image lisse de cette musique coréenne populaire.

#Rallyfail (meeting raté), #crowdfail (foule absente) : ils sont des centaines, depuis le début de la semaine, à célébrer sur le réseau social TikTok ce qu’ils présentent comme une opération concertée pour perturber la réunion de campagne de Donald Trump à Tulsa (Oklahoma).

Quelques jours avant l’événement, le directeur de campagne du chef de l’État, Brad Parscale, avait annoncé que plus d’un million de personnes avaient demandé des billets, prédisant un triomphe.

Au final, les images ont montré la salle qui accueillait le président en partie vide alors que Donald Trump s’adressait à ses sympathisants, les pompiers de Tulsa estimant même que seuls 6200 spectateurs s’étaient présentés.

La communauté très active des amateurs de K-Pop, mouvement musical à la popularité mondiale, avait relayé l’appel lancé sur TikTok à réserver des places pour ce rassemblement avec la ferme intention de ne pas s’y rendre.

Aujourd’hui, elle revendique une victoire, même s’il est très difficile d’établir en quoi cette campagne a effectivement privé Donald Trump d’une salle pleine.

Quelques jours avant l’événement, le directeur de campagne de Trump, avait annoncé que plus d’un million de personnes avaient demandé des billets; au final, seuls 6200 spectateurs se sont présentés.

«J’ai réservé deux billets, mais je devais aller promener mon poisson», a posté Chris sur TikTok. «Désolé, j’étais pris. Je devais vraiment ranger mes glaçons par taille», s’est amusé Matthew Kalik. «Ca m’a pris toute la journée.»

Ni l’équipe de campagne ni Donald Trump lui-même n’ont mentionné TikTok ou la K-pop après ce rassemblement en demi-teinte, mais la jeune députée démocrate socialiste Alexandria Ocasio-­Cortez a, elle, rendu hommage au mouvement : «Vous venez de vous faire BOUGER par des ados de TikTok», a-t-elle tweeté à l’intention du président.

«Alliés de la K-pop, nous reconnaissons et apprécions votre contribution dans la lutte pour la justice», a ajouté l’élue de 30 ans, figure montante de la gauche américaine.

«Changer les choses»

Construite sur des groupes de jeunes Coréens inspirés des boy bands, créés de toutes pièces par des étiquettes, la K-pop est, a priori, un mouvement musical sans aspérité, à l’opposé de toute forme d’engagement politique.

Mais il y a longtemps déjà que la communauté des fans, au niveau de maîtrise des réseaux sociaux très élevé, se met au service de causes, principalement des œuvres de charité.

Un premier virage décisif a été opéré avec le mouvement né après la mort de George Floyd, soutenu par une bonne partie de l’armée K-pop.

Début juin, le groupe BTS, étendard du mouvement avec ses 26 millions d’abonnés sur Twitter, a tweeté son soutien aux manifestants et affiché sa solidarité avec le mouvement Black Lives Matter.

«Les fans de K-pop sont, en général, des gens ouverts, intéressés par les questions de société», explique CedarBough Saeji, spécialiste de culture asiatique et professeure à l’université d’Indiana.

«Et aux États-Unis», ajoute-t-elle, «la K-pop est très soutenue par les personnes de couleur [ainsi que] par les personnes qui s’identifient comme LGBTQ.»

Après son message, BTS a donné un million de dollars à Black Lives Matter. En quelques heures, une association montée par des fans, One in An ARMY, a alors réuni la même somme.


« Aux États-Unis, la K-pop est très soutenue par les personnes de couleur [ainsi que] par les personnes qui s’identifient comme LGBTQ. »
CedarBough Saeji, spécialiste de culture asiatique et professeure à l’université d’Indiana.

«Les chansons de BTS ont un rôle en ce qu’elles nous aident à avoir confiance en nous, à être gentils avec les autres, à nous soutenir les uns les autres», considère Dawnica Nadora, bénévole de One in An ARMY.

La communauté K-pop a plusieurs fois pris l’initiative en ligne ces dernières semaines, notamment pour contrer une tentative de conservateurs de rendre viral le mot-clé #WhiteLivesMatter (les vies des Blancs comptent).

En quelques heures, des centaines de messages reprenant ce «hashtag» ont été postés par des fans, mais avec un contenu dénonçant le racisme et promouvant la K-pop.

Ils ont ainsi noyé les messages hostiles à Black Lives Matter sous un déluge de leur propre production.

«S’ils ont le sentiment qu’ils peuvent changer les choses», estime CedarBough Saeji, le regard tourné vers la présidentielle de novembre, «ils vont se convaincre que le vote sert à quelque chose.»

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«TIKTOK GRANDMA», RECRUE DE CHOIX POUR JOE BIDEN

Un collectif de soutien au candidat démocrate à la présidentielle américaine Joe Biden a annoncé vendredi avoir fait une recrue de choix, Mary Joe Laupp, alias «TikTok Grandma», devenue récemment héroïne des réseaux sociaux.

Cette femme de 51 ans avait posté une vidéo sur TikTok le 12 juin pour appeler les utilisateurs du réseau social à réserver des billets pour la réunion de campagne de Donald Trump à Tulsa (Oklahoma) en sachant qu'ils ne s'y rendraient pas.

Elle souhaitait ainsi empêcher les sympathisants de Donald Trump d'obtenir des places pour cet événement et, en outre, laisser vide une partie de la salle.

@maryjolaupp

Did you know you can make sure there are empty seats at Trump’s rally? ##BLM.

♬ original sound - maryjolaupp

Lors de ce rassemblement, le 20 juin, seuls 6 200 spectateurs étaient présents, dans une salle qui peut accueillir plus de 19 000 personnes et les images de rangées vides ont fait le tour du monde.

Des centaines d'utilisateurs de TikTok ont alors affirmé que ce raté était le résultat du projet de «TikTok Grandma», soutenu notamment par de nombreux fans de K-pop, la musique pop sud-coréenne très populaire dans le monde.

La vidéo initiale de Mary Joe Laupp a été visionnée plus de 2,1 millions de fois et reçu plus de 700 000 mentions «J'aime».

Vendredi Caitlin Gilbert, membre fondatrice de la Biden Digital Coalition, un collectif de militants démocrates spécialistes d'Internet, a annoncé, sur son compte Twitter, que «TikTok Grandma» avait rejoint leurs rangs.

Mère de quatre enfants et six fois grand-mère, Mary Joe Laupp a expliqué au New York Times que l'un de ses premiers projets serait de créer une «hype house» politique, groupe de créateurs de contenus sur TikTok qui s'unissent sous un même nom et souvent dans un même lieu.

Résidant dans l'Iowa, cette employée du lycée de Fort Dodge avait participé à la campagne de Pete Buttigieg, candidat malheureux à la primaire démocrate pour la présidentielle.

Jusqu'ici essentiellement terrain de jeu des pré-adolescents qui postaient de courtes vidéos d'eux-mêmes en train de danser, TikTok est de plus en plus investi par des militants politiques et même des candidats.

Fin avril, l'application TikTok avait été téléchargée plus de deux milliards de fois. AFP