Des participantes à une manifestation contre la politique «anti-femmes» de Donald Trump, le 13 octobre dernier, à Chicago. Le 6 novembre, les Américains renouvelleront les 435 sièges de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat.

L’Amérique vit son «année de la femme»

WASHINGTON — Mobilisées pour ou contre Donald Trump, portées par le mouvement #moiaussi ou divisées par le douloureux processus de confirmation à la Cour suprême du juge Kavanaugh, les électrices joueront un rôle crucial lors des scrutins parlementaires du 6 novembre aux États-Unis, où se présente un nombre record de candidates.

«Il y a encore trois ans, je n’étais qu’électrice, maintenant je suis une électrice qui organise aussi des appels pour inciter à voter et qui fait du porte-à-porte. Tout ça, je ne le faisais pas avant Trump», confie à l’AFP Barbra Bearden, 37 ans.

Consultante dans le développement international à Washington, cette votante démocrate s’est portée volontaire pour organiser chez elle un centre d’appels pour encourager les femmes à travers le pays à voter.

L’initiative, «Call your sister», a été lancée par les organisatrices de la marche des femmes, qui avait rassemblé plus d’un million de personnes aux États-Unis après l’investiture de Donald Trump en janvier 2017.

Première occasion de voter depuis l’arrivée du milliardaire à la Maison-Blanche, ces prochaines élections sont «vraiment cruciales», souligne Barbra Bearden.

Le 6 novembre, les Américains renouvelleront les 435 sièges de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat.

C’est tout l’équilibre du pouvoir qui est en jeu, les démocrates espérant reprendre la majorité au Congrès pour contrer les politiques du président républicain.

Cette reconquête ne se fera pas sans les femmes.

«Les électrices ont plus tendance à fluctuer entre les deux partis», explique Steven Schier, professeur de sciences politiques à l’université de Carleton. Les stratèges démocrates et républicains font donc tout pour les convaincre.

Record de candidates

Scientifiques, anciennes combattantes, avocates, chefs d’entreprises, mères de famille : les électrices n’ont jamais eu à choisir parmi autant de candidates. Un nombre record de femmes — 198 démocrates et 59 républicaines — se présentent au Congrès, où elles n’occupent encore que 20 % des sièges.

Parmi elles, les minorités sont mieux représentées. Et plusieurs figures charismatiques ont déjà explosé sur la scène nationale, comme la socialiste hispanique Alexandria Ocasio-Cortez à New York.

Pour l’instant, le grand enthousiasme de l’électorat féminin profite surtout aux démocrates dans les intentions de vote.

Cible convoitée

Alisha Johnson et Nicole Archambeau ne se connaissent pas, mais toutes deux vivent dans une circonscription où leur voix pourrait être déterminante : un bastion républicain au sud de Saint Paul, dans le Minnesota, où une candidate démocrate arrive au coude-à-coude avec le républicain sortant.

Participant chacune à la grande parade annuelle des écoles de leurs enfants, dans la banlieue résidentielle de Mendota Heights, elles appartiennent à un groupe d’électeurs ultra-convoités, car parmi les plus susceptibles de basculer d’un parti à l’autre : les «mères des banlieues» («Suburban moms»).

Un terme employé pour désigner des femmes surtout blanches, diplômées, de la classe moyenne qui pourraient être écœurées par les politiques et le style de Donald Trump... au point de se détourner des républicains.

Ce n’est pas le cas d’Alisha Johnson, responsable d’une agence bancaire âgée de 52 ans. Républicaine, elle votera pour son parti le 6 novembre.

Donald Trump «avait promis du changement et je constate un impact positif dans ce pays sur l’économie, l’éducation, l’éducation financière, alors bien que je ne sois pas toujours contente des choses qu’il dit, je suis satisfaite du résultat», explique cette grande femme au sourire engageant.

Enseignante, mère de quatre enfants, Nicole Archambeau, 48 ans, votera elle démocrate. «Ce n’est pas seulement que je ne partage pas les opinions politiques de Donald Trump, mais plutôt quelque chose d’éthique», explique cette brune entourée d’un groupe jovial d’amis. «Je ne pense vraiment pas qu’il donne un bon exemple».

«Une immense énergie»

Les démocrates comptaient sur plus de sept points d’avance le 11 octobre pour le Congrès, selon le site RealClear Politics. La grande colère provoquée par la confirmation du juge Kavanaugh après le témoignage poignant de l’une de ses accusatrices, Christine Blasey Ford, pourrait creuser la différence.

Mais les républicaines favorables à la nomination d’autres juges conservateurs à la Cour — qui peuvent avoir un vote décisif sur des sujets comme l’avortement et sont confirmés par le Sénat — pourraient aussi se sentir plus motivées à aller voter.

Siégeant à la commission chargée de la fameuse audition de Blasey Ford, la sénatrice démocrate Mazie Hirono, 70 ans, ne veut pas croire à cette dernière possibilité.

«Mon espoir c’est que les femmes restent mobilisées, transforment leur colère et se concentrent sur les prochaines élections», explique à l’AFP la première femme à représenter Hawaï au Sénat.

«Il y a une immense énergie, un immense enthousiasme», renchérit une autre pionnière au Sénat, pour le Michigan, la démocrate Debbie Stabenow, 68 ans. «Les femmes en ont assez des discours qui divisent.»