La chancelière allemande Angela Merkel

L'Allemagne va accélérer les expulsions de migrants

L'Allemagne, qui a accueilli plus d'un million de migrants depuis 2015, va accélérer les expulsions de demandeurs d'asile déboutés à travers une batterie de mesures adoptées jeudi sur fond de controverse concernant les renvois vers l'Afghanistan.
La chancelière Angela Merkel, critiquée jusque dans son camp conservateur pour avoir ouvert son pays à plus d'un million de demandeurs d'asile en 2015 et 2016, a annoncé jeudi soir un accord avec les représentants des États régionaux sur un plan qui vise à intensifier le nombre d'expulsions et va «rapidement» devenir projet de loi.
«Ce dont nous avons débattu aujourd'hui, ce sont les conditions nécessaires pour que nous puissions continuer à être un pays qui accueille des gens qui cherchent une protection», a-t-elle indiqué lors d'une conférence de presse.
Les candidats à l'asile qui verront leur demande rejetée par la justice «devront quitter notre pays (...) Ça nous laisse surtout la possibilité d'accueillir les gens en situation d'urgence», a-t-elle encore fait valoir.
Ceux qui tentent de dissimuler leur véritable identité ou qui ont commis des délits seront ainsi plus rapidement expulsés. L'Office fédéral pour les migrations pourra également avoir accès aux téléphones portables des demandeurs d'asile dont l'identité n'est pas claire, a indiqué le président du Land de Hesse, Volker Bouffier, membre du parti conservateur CDU de Mme Merkel.
Le ministre de l'Intérieur, Thomas de Maizière, avait plaidé dans la matinée pour des «efforts communs» entre l'État fédéral et les États régionaux, ces derniers étant compétents en matière d'expulsions.
«Nous devons faire plus pour les reconduites aux frontières et les expulsions car le nombre de demandes (d'asile) rejetées augmente», avait-il insisté à la télévision, assurant que le nombre de demandeurs autorisés à rester en Allemagne augmentait aussi.
Mesures incitatives
Parmi les mesures figure la mise sur pied d'un «centre d'expulsions» permettant de coordonner l'action de l'État fédéral et des États régionaux. De nouvelles incitations financières pour encourager les migrants à rentrer dans leur pays volontairement sont également prévues.
Pressé d'agir par une opinion qui s'est beaucoup inquiétée de l'arrivée de ces réfugiés, et face à l'ancrage électoral d'un parti populiste de droite, le gouvernement veut aussi accroître la pression sur les pays qui trainent des pieds pour reprendre leurs ressortissants.
Les pays du Maghreb sont tout particulièrement visés, en particulier la Tunisie. L'auteur de l'attentat meurtrier du 19 décembre sur un marché de Noël de Berlin, le Tunisien Anis Amri, n'avait pas pu être expulsé du fait du manque de coopération des autorités tunisiennes.
Le gouvernement d'Angela Merkel est en outre confronté à une opposition grandissante des États régionaux à organiser des renvois d'Afghans en raison d'une recrudescence des combats dans leur pays.
Cinq Länder sur 16 ont décidé de suspendre les expulsions vers l'Afghanistan, selon la presse, alors que selon l'ONU 2016 a été l'année la plus meurtrière pour les Afghans depuis le début du recensement des victimes civiles en 2009.
Mais Angela Merkel a assuré que si les expulsions vers l'Afghanistan n'étaient «pas faciles», certaines régions de ce pays jouissent d'une relative sécurité autorisant les renvois.
L'Allemagne a organisé depuis décembre deux charters à destination de Kaboul, soit au total une soixantaine de personnes, aux termes d'un accord signé entre Européens et Afghans en octobre.
En 2016, 80 000 personnes ont été renvoyées d'Allemagne ou ont quitté le pays volontairement, contre 50 000 l'année précédente.
Controverse en Hongrie
Le premier ministre hongrois Viktor Orban
La Hongrie a détaillé jeudi son projet controversé de mise en détention systématique de tous les migrants entrés dans le pays, précisant que ceux-ci seraient logés dans des «conteneurs» déployés à la frontière serbe.
«La liberté de circulation de ces personnes sera supprimée, elles ne pourront séjourner que dans un endroit prévu à cet effet», a indiqué le directeur de cabinet du premier ministre Viktor Orban, Janos Lazar, confirmant une annonce du dirigeant conservateur mi-janvier.
«Cet endroit, ce sera la frontière, où des conteneurs pour 200 à 300 personnes seront mis en place. Les migrants devront attendre là une décision définitive» concernant leur demande d'asile, a précisé M. Lazar lors d'une conférence de presse à Budapest. Les conteneurs, des caissons métalliques conçus initialement pour le transport de marchandises, peuvent aussi être transformés en logements.
Selon un projet de loi en cours d'élaboration, cette mesure s'appliquera tant aux nouveaux venus qu'aux demandeurs d'asile déjà hébergés par ailleurs dans le pays, au nombre de 586 actuellement, a-t-il indiqué.
M. Orban avait annoncé le 13 janvier vouloir rétablir la mise en détention systématique des migrants, à laquelle Budapest avait renoncé en 2013 sous la pression notamment de l'Union européenne (UE), du Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) et de la Cour européenne des droits de l'Homme.
Le dirigeant souverainiste, coutumier des provocations envers ses partenaires européens, avait reconnu le mois dernier qu'une telle mesure, contraire au droit européen, irait «ouvertement contre l'UE».
M. Orban s'est érigé depuis deux ans en fer de lance européen de la lutte contre l'immigration, qu'il a comparée à un «poison».
Budapest est totalement opposé à toute relocalisation de migrants dans le cadre d'un plan européen adopté fin 2015 et resté largement lettre morte. Mercredi, la Commission européenne a évoqué la possibilité d'envisager le mois prochain des sanctions contre les pays récalcitrants.
En 2016, 29 432 migrants ont déposé une demande d'asile en Hongrie, avant dans leur très grande majorité de poursuivre leur route vers l'ouest de l'Europe. Seuls 425 ont obtenu l'asile en Hongrie.