Les autorités américaines ont décrété l'accélération de l'acheminement des ressources vers Porto Rico, touchée violemment par le passage de l'ouragan Maria la semaine dernière.

L'aide s'accélère vers Porto Rico

Donald Trump et le gouvernement américain accélèrent l'acheminement de l'aide vers Porto Rico, île des Caraïbes ravagée par le passage de l'ouragan Maria, pour faire taire les critiques qui leur reprochent de négliger ce territoire américain déjà en faillite.
Le président américain a annoncé jeudi une levée temporaire de restrictions qui permettra d'accélérer l'acheminement de l'aide vers l'île, où les dévastations causées par Maria ont été comparées à celles de Katrina à La Nouvelle-Orléans.
Ces restrictions dataient d'une loi appelée «Jones Act», instaurée en 1920, qui requérait que les marchandises transportées entre ports américains le soient sur des navires américains, exploités par un opérateur américain.
Leur levée pour l'île et ses 3,4 millions d'habitants «entrera en vigueur immédiatement», a assuré à l'AFP Sarah Huckabee Sanders, porte-parole de l'exécutif américain. Le département de la Sécurité intérieure a cependant précisé que la décision n'aura effet que pour dix jours.
«C'est un acte de justice», a réagi la mairesse de la capitale, San Juan, Carmen Yulin Cruz sur CNN après l'annonce de Donald Trump, assurant que cette loi bientôt centenaire renchérissait tous les biens arrivant par la mer de 30 à 33 %.
«Il est temps que les produits de première nécessité arrivent entre les mains des gens», a-t-elle plaidé, regrettant par ailleurs que quelque 3000 conteneurs d'aide soient bloqués dans le port de sa ville en raison de désaccords avec l'administration sur leur distribution.
Le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, a également indiqué jeudi que le ministère venait d'envoyer «deux cargaisons géantes d'argent liquide» à Porto Rico au cours des deux derniers jours afin d'aider à «faire tourner l'économie [locale]».
Critiqué pour la lenteur de l'aide apportée par son administration au territoire américain des Caraïbes, Donald Trump avait annoncé mardi qu'il se rendrait sur l'île le 3 octobre.
Le ministère de la Défense a assuré pour sa part jeudi dans un communiqué qu'il «poursuivait les opérations de secours en cours et se préparait à déployer rapidement une capacité de réponse supplémentaire», indiquant que la priorité était l'acheminement d'essence et de produits de première nécessité.
Quatre jours trop tard
«Le réseau électrique de Porto Rico est complètement détruit. Un grand nombre de génératrices sont maintenant sur l'île. Eau et nourriture sur place», a pour sa part tweeté jeudi matin le président républicain.
Mais le général à la retraite Russel Honore, responsable des opérations militaires lors du passage en 2005 de l'ouragan Katrina sur la région de La Nouvelle-Orléans, en Louisiane, a estimé que l'administration avait réagi trop tard.
«C'est assez compliqué de se rendre là-bas, cela prend du temps pour le transport», a-t-il concédé jeudi sur la radio NPR, avant d'ajouter : «Nous avons commencé a réagir environ quatre jours trop tard.»
«Porto Rico est une mission plus grande et difficile que Katrina», a-t-il souligné, faisant le parallèle avec l'ouragan qui avait fait au moins 1800 morts.
Donald Trump est notamment accusé de considérer les habitants de Porto Rico comme des citoyens de seconde zone, alors qu'ils ont la nationalité américaine, bien qu'ils n'aient pas le droit de vote. Selon ses détracteurs, l'aide fédérale avait été plus rapide pour le Texas et la Floride, touchés respectivement par les ouragans Harvey et Irma, fin août et début septembre.
Une semaine après le passage de Maria, l'aide arrive lentement sur l'île qui croule sous une dette abyssale et qui manque d'eau potable, d'électricité ou de carburant. Les opérations de déblaiement sont également lentes à se mettre en place.
De longues files se forment chaque jour devant les supermarchés où l'eau, le carburant et la glace sont rationnés, et le moral des habitants sur place est au plus bas. Certains spécialistes craignent qu'une spirale négative se mette en place.
«Avec toutes les rumeurs autour du réseau électrique qui pourrait être hors fonction pendant des mois, la partie de la population qui a les moyens de partir [les actifs, la classe moyenne, etc.] pourrait bien décider de quitter l'île. Mais il est vital que ces personnes restent pour ramener l'île à la normale», a ainsi expliqué à l'AFP Chuck Watson, fondateur de l'entreprise de conseil Enki Holdings, spécialisée dans les catastrophes naturelles.