Des manifestants à Chicago le 13 juin dernier
Des manifestants à Chicago le 13 juin dernier

L’Afrique demande une enquête de l’ONU sur le «racisme systémique» aux États-Unis

GENÈVE — Des États africains font campagne pour que le Conseil des droits de l’homme des Nations unies lance une enquête sur le «racisme systémique» et la violence policière aux États-Unis et d’autres pays, selon un projet de résolution consulté mardi par l’AFP.

Le texte circule parmi les diplomates pour consultations avant un débat urgent sur le sujet au Conseil des droits de l’homme, basé à Genève, mercredi.

Le débat a été engagé dans le contexte des manifestations monstres qui secouent les États-Unis depuis la mort, le 25 mai à Minneapolis, de George Floyd, un quadragénaire noir asphyxié par un policier blanc.

Dans le projet de résolution, le groupe de pays africains condamne fermement «les pratiques raciales discriminatoires et violentes des forces de l’ordre contre les Africains et les personnes d’origine africaine et le racisme endémique structurel du système pénal, aux États-Unis et dans d’autres parties du monde».

Ils demandent l’établissement d’une commission d’enquête internationale indépendante, une structure de haut niveau généralement réservée aux grandes crises comme le conflit syrien. Son but serait «de traduire en justice les auteurs» de violences.


« Le racisme systémique et les violences policières aux États-Unis ont atteint leur point de non-retour. »
John Fisher, de Human Rights Watch

Les enquêteurs devraient aussi examiner «les réponses des gouvernements au niveau fédéral, au niveau des États et au niveau local aux manifestations pacifiques, y compris l’usage présumé d’une force excessive contre les manifestants, les passants et les journalistes».

Ses conclusions devraient être rendues d’ici un an.

«Ridicule»

«C'est une idée ridicule», a réagi auprès de l'AFP un haut responsable du département d'Etat américain.

Il a souligné que les quatre policiers impliqués dans la mort de George Floyd avaient tous été inculpés pour «meurtre» ou complicité, et que l'État du Minnesota autorisait la retransmission télévisée des procès.

«On ne peut pas avoir plus de transparence», a-t-il plaidé, assurant que Washington attendait de voir les procédures prévues avant de décider d'une éventuelle coopération avec une telle commission.

«Aux États-Unis, nous n'avons pas peur de reconnaître quand il se passe de mauvaises choses. Nous n'avons pas peur de reconnaître qu'il existe de la discrimination raciale», a-t-il insisté.

«Ce que nous disons, c'est que nous ne voulons pas de deux poids, deux mesures», a poursuivi ce responsable, se disant «un peu déçu» par le rôle joué selon lui par l'Afrique du Sud pour promouvoir cette initiative.

Un autre diplomate américain avait déjà déploré le projet africain.

«Ce sont les pays qui dissimulent la vérité, qui réduisent leurs critiques au silence par des moyens violents, qui n'ont aucune obligation démocratique, et refusent même de reconnaître les libertés fondamentales, qui devraient être dénoncés», a-t-il indiqué à l'AFP.

Le projet de résolution doit être adopté au moins 24 heures avant un vote par les 47 membres du conseil qui doit intervenir après un débat convoqué en urgence à partir de 10h mercredi.

Le frère de George Floyd devrait s’adresser par lien vidéo à cette instance dont les États-Unis se sont retirés il y a deux ans.

Pour John Fisher, de Human Rights Watch, «le racisme systémique et les violences policières aux États-Unis ont atteint leur point de non-retour».

«Quand les processus nationaux échouent systématiquement, les processus internationaux sont nécessaires», selon lui.

Ce débat a été demandé la semaine dernière par l’ambassadeur du Burkina Faso aux Nations unies au nom de 54 pays d’Afrique et accepté lundi à l’occasion de la reprise de la 43e session du conseil qui avait été interrompue en mars en raison de la pandémie de nouveau coronavirus.