Mettant de côté leurs divergences sur les questions climatiques, Donald Trump et Emmanuel Macron ont affiché une entente parfaite en conférence de presse, jeudi.

L'affaire russe suit Trump à Paris

À plusieurs milliers de kilomètres de Washington, Donald Trump a vigoureusement défendu jeudi son «merveilleux» fils Donald Jr. et minimisé son rôle dans l'affaire de collusion présumée avec la Russie, lors d'une conférence de presse à Paris où il effectue une visite de deux jours.
M. Trump a été accueilli avec tous les honneurs à Paris, où il était invité pour commémorer le centenaire de l'entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale. Mais il a vite été rattrapé par l'affaire qui empoisonne sa présidence.
Questionné par une journaliste américaine, le président américain a répondu sur un ton inhabituellement posé et détendu. «En ce qui concerne mon fils, c'est un jeune homme merveilleux. Il a eu une rencontre avec une avocate russe. Pas une avocate du gouvernement, mais une avocate russe», a-t-il déclaré.
«D'un point de vue pratique, je pense que la plupart des gens auraient accepté cette rencontre», a-t-il poursuivi, ajoutant : «C'était une courte rencontre».
L'atmosphère à Washington est fébrile depuis les révélations sur une rencontre, l'an dernier, entre le fils aîné de Donald Trump et une avocate qu'il pensait être une émissaire du gouvernement russe, capable de lui fournir des informations sur Hillary Clinton. Ce qui s'assimilerait à une tentative de coordination avec la Russie, même si l'avocate n'avait apparemment pas les informations attendues et dit qu'elle n'a rien à voir avec le Kremlin.
Il s'agit du dernier rebondissement dans l'affaire de collusion présumée entre l'entourage de M. Trump et la Russie pendant la campagne électorale américaine.
Entente presque parfaite
Au-delà, M. Trump et son homologue français, Emmanuel Macron, qui se sont longuement entretenus à l'Élysée, ont affiché lors de leur conférence de presse une entente presque parfaite. Ils ont exprimé leur détermination à travailler ensemble sur tous les sujets, et mis en sourdine leur principal désaccord sur le climat.
Les deux dirigeants ont multiplié les amabilités, M. Trump affirmant les «liens indestructibles» avec la France, M. Macron évoquant la détermination des deux pays à travailler ensemble et qualifiant son homologue d'«ami».
Ils ont abordé le thème jugé prioritaire, la lutte contre le terrorisme. «Nos vues sont parfaitement alignées pour éradiquer les terroristes», a déclaré le président français.
«La France a une excellente capacité en matière de contre-terrorisme», s'est réjoui M. Trump.
Concernant l'Irak et la Syrie, où la France est le deuxième contributeur de la coalition antidjihadiste menée par les États-Unis, M. Macron a dit que les deux pays souhaitaient, au-delà de la lutte contre les groupes terroristes, travailler à une solution politique. Il a évoqué le lancement d'un nouveau groupe de contact sur la Syrie, comprenant les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU et des pays régionaux, sans plus de précision.
M. Trump a lui salué le cessez-le-feu récemment conclu dans le sud de la Syrie, et dit qu'il prouvait l'utilité du dialogue avec la Russie.
Calmer le jeu
À propos du sujet crucial du climat, qui oppose Washington au reste du monde, les deux dirigeants ont nettement joué l'apaisement, tout en restant très flous sur les possibilités de résoudre le différend.
«Je respecte la décision du président Trump. Il va ainsi mener la réflexion et le travail qui conviennent et qui correspondent à ses engagements de campagne», a déclaré M. Macron, ajoutant qu'il restait attaché à l'accord de Paris.
Quelque chose pourrait se passer concernant cet accord, a répondu le président Trump, six semaines après avoir annoncé que les États-Unis comptaient sortir du traité signé en 2015. «Nous verrons ce qu'il se passera», a-t-il ajouté, très sibyllin. «Nous en parlerons au cours de la période à venir.»
Par ailleurs, interrogés par un journaliste chinois sur ce qu'ils pensaient du président Xi, MM. Trump et Macron ont tressé les louanges du dirigeant et évité de mentionner la mort en détention, jeudi, du dissident Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix.
M. Macron lui a rendu hommage un peu plus tard sur Twitter.
Vendredi, Donald Trump assistera au traditionnel défilé militaire du 14 juillet sur les Champs-Élysées, auquel participeront des soldats américains.
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Les premières dames à Notre-Dame et sur la Seine
Après avoir visité la cathédrale Notre-Dame, Brigitte Macron et Melania Trump ont fait une petite croisière sur la Seine.
Melania Trump et Brigitte Macron ont visité ensemble la cathédrale Notre-Dame et fait une croisière sur la Seine, jeudi après-midi, jouant les touristes à Paris en marge du voyage du président américain, invité pour le défilé militaire du 14 juillet sur les Champs-Élysées.
La première dame américaine, 47 ans, et l'épouse du président français, 64 ans, ont découvert le parvis du monument historique situé au coeur de la capitale après la cérémonie solennelle organisée pour l'accueil du couple présidentiel américain dans la cour de l'hôtel national des Invalides.
Melania Trump, allure stricte et chic en robe et veste Dior en crêpe de soie rouge, talons assortis et cheveux relevés en chignon banane, et Brigitte Macron, en courte robe blanche zippée à l'avant et escarpins bleu drapeau, ont laissé leurs maris après avoir visité avec eux le tombeau de Napoléon 1er, à l'église Saint-Louis des Invalides.
À Notre-Dame, curieux et touristes, téléphones intelligents en mains, étaient tenus à distance par un périmètre de sécurité, sous la surveillance étroite des forces de l'ordre. La cathédrale a été fouillée et sécurisée avant leur arrivée.
Quand les deux premières dames ont franchi le porche, le grand orgue a joué l'hymne national américain. Une fois à l'intérieur, elles ont été guidées par le recteur de la cathédrale, Mgr Patrick Chauvet.
Devant la célèbre rosace nord, superbe vitrail du XIIIe siècle, Brigitte Macron a affiché une petite marque d'intimité en enlaçant délicatement la taille de Melania Trump. Puis, les deux dames ont pu admirer la statue de la Pietà avant de gagner une chapelle située derrière le choeur.
À la lumière des cierges, le recteur leur a présenté la Sainte couronne d'épines de la Passion du Christ, la relique la plus vénérée du Trésor de la cathédrale. Les deux dames se sont recueillies et ont posé tour à tour leurs mains sur le précieux reliquaire.
Au terme de la demi-heure de déambulation, Melania Trump a allumé une veilleuse, déposé un don dans la boîte à offrandes et signé le livre d'or du monument le plus visité d'Europe.
Croisière «lourde de symboles»
Brigitte Macron «tenait» à la croisière touristique prévue ensuite, selon des sources à l'Élysée. La promenade fluviale «lourde de symboles», destinée à mettre en valeur l'attractivité de Paris a permis un tête-à-tête, dans un petit cocon intime, sans presse.
À son arrivée à Paris, Melania Trump a visité l'hôpital Necker-Enfants-Malades et rencontré plusieurs petits patients. En français ou en anglais, elle leur a distillé compliments («très beau», a-t-elle lancé à une fillette à propos de son top brodé) et encouragements (good luck, stay strong).
Quand on lui a offert un exemplaire du Petit Prince de Saint-Exupéry, elle a répondu en souriant : «Je vais le garder pour pratiquer mon français». C'est l'une des cinq langues que parle la première Dame, qui est d'origine slovène.
Dans la soirée, le couple Macron a invité le couple Trump à dîner au deuxième étage de la Tour Eiffel, dans un restaurant gastronomique doté d'une vue époustouflante, à 125 mètres au-dessus du sol. «Un dîner d'amis», a précisé M. Macron.