Un enfant et un homme se remettent des gaz lacrymogènes lancés par les policiers grecs dimanche, dans un camp de réfugiés.

La tragédie de Lesbos relance le débat sur l’accueil des migrants

MORIA — L’incendie meurtrier et les émeutes dimanche soir dans le camp grec de Moria, asphyxié par l’arrivée constante de nouveaux exilés, ont relancé la question de l’accueil des migrants en Grèce, qui veut renvoyer 10 000 d’entre eux en Turquie d’ici fin 2020.

Les autorités ont confirmé la mort d’une réfugiée dans l’incendie du camp de Moria qui, selon des migrants, serait parti d’un petit commerce ambulant. Mais selon les médias grecs, l’enfant de la victime, un nouveau-né, pourrait également avoir péri dans les flammes.

Au total, dix-sept migrants blessés — neuf hommes, six femmes et deux enfants dont un nourrisson — ont été transportés à l’hôpital de Mytilène, principale ville de Lesbos, selon le ministère de la Santé.

Depuis la multiplication des arrivées ces dernières semaines sur les îles égéennes depuis la Turquie, le camp de Moria suffoque avec près de 13 000 migrants pour une capacité de 3000.

«Une telle tragédie peut arriver à tout moment» dans ce camp qui accueille des milliers de migrants «de cultures différentes», a déploré Kostas Mountzouris, le préfet du nord de la mer Égée, dont fait partie Lesbos, sur le site Newsbomb.

«La situation est très tragique», a renchéri auprès de l’AFP Boris Cheshirkov, porte-parole du Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) en Grèce, jugeant «extrêmement urgent» d’«accélérer les transferts vers le continent».

Débat sur le droit d’asile

Le sinistre sur l’île de Lesbos, dans le plus grand camp de migrants d’Europe, a relancé le débat sur la réforme du droit d’asile voulue par le gouvernement du premier ministre grec conservateur Kyriakos Mitsotakis.

Lors d’une réunion d’urgence lundi, le conseil des ministres a apporté une première réponse en affichant sa volonté de renvoyer 10 000 migrants en Turquie d’ici fin 2020, contre un peu plus de 1800 en quatre ans et demi, sous le précédent gouvernement de gauche. De tels retours sont rendus possibles par l’accord UE-Turquie conclu en mars 2016.

Parmi les autres mesures annoncées, le conseil des ministres a prévu le renforcement des patrouilles en mer Égée, avec déjà 23 patrouilleurs supplémentaires opérationnels depuis la semaine dernière, afin de stopper les arrivées.

Réfugiés en colère

Les exilés en colère ont déclenché des émeutes dimanche soir, grimpant sur les conteneurs et les murs d’enceinte du centre d’hébergement.

La police a tiré des gaz lacrymogènes contre la foule furieuse du retard pris par les pompiers à venir éteindre l’incendie.

«Les policiers ne nous ont pas aidés, et les pompiers ont tardé» à arriver, a déclaré lundi à l’AFP Javad, originaire d’Afghanistan.

Lundi, le camp de Moria avait retrouvé un semblant de calme, mais avec un renforcement de la présence policière, selon Astrid Castelein, porte-parole du HCR à Lesbos.

«Beaucoup de policiers sont arrivés aujourd’hui, ils vérifient les papiers de chacun, ils regardent à l’intérieur des conteneurs... tout ça nous stresse encore plus», a confirmé Farid, un jeune Afghan joint par téléphone par l’AFP. «Beaucoup de réfugiés sont tristes et stressés, ils ont peur d’un nouvel accident».

Pour Qais Azizi, un Afghan de 25 ans arrivé il y a un mois, «ici nous ne sommes pas acceptés, nous sommes traités comme si nous n’étions pas des humains».

«Les conditions dans le camp sont horribles», dit aussi Khaled, arrivé de Syrie. «Si on arrive trop tard, on n’a pas à manger».

«Il faut 3 à 4 heures de queue pour avoir à manger, 1 à 2 heures pour aller prendre une douche et une heure pour aller aux toilettes», renchérit Javad, aux abords du camp.

«Système défaillant»

Selon Mina Andreeva, porte-parole de la Commission européenne, «l’augmentation du nombre d’arrivées en Grèce ces dernières semaines a mis à rude épreuve un système déjà défaillant». Le pays compte 70 000 migrants et réfugiés sur son territoire, selon le gouvernement.

En trois mois, près de 10 000 personnes sont arrivées à Lesbos, a déclaré le ministre adjoint à la protection civile Lefteris Oikonomou.

«Nous sommes dans un contexte différent de [la crise migratoire de] 2015, où les frontières étaient ouvertes. Mais depuis l’accord UE/Turquie [de mars 2016], nous vivons de loin la pire période», a-t-il dit à la presse.

D’après le HCR, du 2 au 15 septembre, 2510 réfugiés ont été transférés des îles égéennes vers le continent grec.

Mais, selon l’ONG Oxfam, il y a toujours plus de 26 000 migrants dans les cinq «hotspots» des îles grecques, prévus pour accueillir 6300 personnes.