Des équipes médiatiques attendent la libération de Chelsea Manning, à l'extérieur de la prison militaire de Fort Leavenworth, au Kansas, mercredi.

La taupe de WikiLeaks Chelsea Manning libérée

Chelsea Manning, entrée en prison en tant qu'homme, alors prénommée Bradley, est ressortie libre mercredi en tant que femme, sept ans après avoir révélé, via WikiLeaks, les bavures militaires américaines. La soldate entame désormais un parcours judiciaire et identitaire, tournée vers l'avenir.
L'ancienne informatrice de WikiLeaks «a été libérée du pénitencier de Fort Leavenworth», aux confins du Kansas et du Missouri, a affirmé mercredi à l'AFP une porte-parole de l'armée américaine.
Traîtresse qui a pactisé avec l'ennemi pour les uns, héroïne des libertés pour les autres, Chelsea Manning avait fait fuiter en 2010 plus de 700 000 documents confidentiels ayant trait aux guerres d'Irak et d'Afghanistan, dont plus de 250 000 câbles diplomatiques qui avaient plongé les États-Unis dans l'embarras.
Chelsea Manning a été remise en liberté le 17 mai.
La détenue transsexuelle, condamnée en cour martiale à 35 ans de réclusion pour cette gigantesque fuite de données classées «secret defense», est sortie après seulement quelques années derrières les barreaux à la faveur d'une peine commuée par l'ancien président Barack Obama (2009-2017), juste avant qu'il ne quitte la Maison-Blanche.
Mais la remise de peine n'efface pas la condamnation elle-même. Son appel en justice pourrait s'éterniser et, en attendant, l'ancienne analyste du renseignement aujourd'hui âgée de 29 ans reste légalement une soldate de l'U.S. Army.
Nouvelle vie
Elle est techniquement en congé sans solde pendant l'examen de l'appel et il reste hautement improbable que Chelsea Manning, qui a revendiqué son identité de femme au lendemain de sa condamnation, soit appelée à servir. Mais un de ses avocats assure que cette situation la maintient sous le joug de l'armée et l'expose à d'éventuelles sanctions au moindre faux pas - comme la révélation de nouveaux documents ou d'écrits qui dérangeraient le Pentagone.
Reste que la libération de celle considérée par ses soutiens comme une lanceuse d'alerte, souvent comparée à l'ex-contractuel de la NSA Edward Snowden, est vécue comme un soulagement pour ses proches, après ses deux tentatives de suicide l'an dernier.
Chelsea Manning est sortie discrètement, sans être aperçue par les photographes, du pénitencier mercredi matin.
Elle devrait désormais rejoindre une tante qui vit dans la région de Washington pour ouvrir ce nouveau chapitre en tant que femme.
«Pour la première fois, je me vois un avenir en tant que Chelsea», avait-elle écrit quelques jours avant sa libération. «J'arrive à m'imaginer survivre et vivre dans la peau de la personne que je suis.»
Signe de l'attente autour de sa libération, un groupe de musiciens a mis en ligne un album peu avant la sortie de prison, «Hugs for Chelsea», dont les recettes reviendront à Chelsea Manning.
A quoi, d'ailleurs, va ressembler cette nouvelle vie ?
Pizza et PlayStation
«Elle veut se battre pour les nombreux détenus transgenres, en particulier les femmes noires, communiquer avec les jeunes transgenres, partager les victoires de nos combats», avait confié Chase Strangio, un avocat lui-même transgenre devenu son ami intime, peu avant la libération. «Elle a hâte de manger de la pizza, de nager, de jouer à la PlayStation et de rencontrer les nombreux amis qui l'ont soutenue au fil des années, mais qui n'ont jamais été autorisés à lui rendre visite en prison.»
Chelsea Manning devrait afficher sa féminité en laissant «pousser ses cheveux», après des années derrière les barreaux de Fort Leavenworth où sa coiffure devait rester sous les cinq centimètres réglementaires, ajoutait Chase Strangio.
Elle poursuivra sans doute son traitement hormonal, entamé en prison à l'issue d'un long combat légal, pour permettre sa transition vers le sexe auquel elle s'identifie.
La libération, toutefois, est fraîchement accueillie par une partie des Américains, à commencer par le président Donald Trump, qui l'a qualifiée de «traîtresse qui n'aurait jamais dû être libérée de prison».
Outre le fait de démarrer une nouvelle vie en tant que femme, pour la première fois hors de prison, Chelsea Manning entre également dans une bataille judiciaire pour être désormais blanchie en appel. Un combat qui pourrait durer des années.
Bientôt à l'affiche d'un documentaire
(CANNES) Un documentaire est en préparation sur Chelsea Manning, la taupe de WikiLeaks qui est sortie mercredi de prison, sept ans après avoir révélé des bavures militaires américaines, a annoncé le studio Pulse qui va présenter des extraits au marché du film à Cannes.
Baptisé «XY Chelsea», le film, à la recherche d'acheteurs, a suivi pendant deux ans l'équipe d'avocats de la détenue, entrée en prison en tant qu'homme, alors prénommé Bradley.
Peu après sa sortie de prison, l'ancienne informatrice de WikiLeaks Chelsea Manning a publié une photo de ses pieds, avec le commentaire «Premiers pas de liberté».
Le film est «un voyage dans sa quête pour sa survie, sa dignité et sa transition de prisonnier à femme libre», indique le studio dans un communiqué.
Le réalisateur de documentaires Tim Travers Hawkins doit filmer la sortie de prison de la détenue transsexuelle, condamnée à l'origine en cour martiale à 35 ans de réclusion.
«L'histoire de Chelsea Manning est un des événements les plus importants de notre époque, couvrant un large spectre de thèmes, des droits des transgenres à la surveillance. C'est un film incroyablement ambitieux qui fait ouvrir les yeux», a indiqué Julia Nottingham de Pulse Films.
«XY Chelsea» est coproduit par Laura Poitras, réalisatrice de «Citizenfour» sur Edward Snowden, qui racontait le scandale provoqué par les fuites de cet ancien consultant de la NSA sur les programmes américains de surveillance. Le film avait remporté l'Oscar du meilleur film documentaire en 2015.