Des enfants reçoivent des traitements après une possible attaque chimique dans le fief rebelle et jihadiste de Khan Cheikoun, mardi, dans le nord-ouest de la Syrie.

La Russie «responsable par procuration» de l'attaque chimique en Syrie

Le ministre britannique de la Défense, Michael Fallon a affirmé dimanche que la Russie était «responsable par procuration» de la mort de chacune des 87 victimes de l'attaque chimique présumée de Khan Cheikhoun, dans le nord-ouest de la Syrie.
Dans une tribune publiée dans le Sunday Times, Michael Fallon a abordé la responsabilité de la Russie en tant que «principal soutien» du régime de Bachar Al-Assad.
«Par procuration, la Russie est responsable de chaque mort civile de la semaine dernière. Si la Russie veut être absoute de toute responsabilité pour les attaques futures, Vladimir Poutine doit faire respecter ses engagements de démanteler pour de bon l'arsenal d'armes chimiques d'Assad, et s'engager pleinement dans les efforts des Nations unies pour la paix», a écrit le ministre.
«Nous pouvons mettre un terme aux souffrances sans fin des Syriens, mais seulement si Moscou reçoit aussi le message des frappes de jeudi soir», a-t-il ajouté en référence aux 59 missiles de croisière Tomahawk tirés vers la base syrienne d'Al-Chaayrate depuis deux navires américains en Méditerranée.
Cette intervention américaine a eu lieu en réaction à une attaque chimique présumée imputée au régime syrien qui a fait 87 morts mardi dans la localité rebelle de Khan Cheikhoun, au nord-ouest de la Syrie.
«Aujourd'hui, nous appelons toutes les parties à revenir autour d'une table et à trouver un accord», a poursuivi le ministre de la Défense, en répétant que «le président Trump avait pris la bonne décision».
«Cet accord doit donner lieu à un gouvernement représentatif dans lequel Assad ne jouera aucun rôle», a-t-il appelé de ses voeux, reconnaissant que «ce n'est pas facile, mais pas impossible» non plus.
Samedi, le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, a annoncé annuler sa visite en Russie prévue lundi en raison «des développements en Syrie qui ont changé fondamentalement la situation».
«Ma priorité est maintenant de poursuivre le contact avec les États-Unis et d'autres à l'approche du sommet du G7 des 10 et 11 avril, afin d'organiser un soutien international coordonné à un cessez-le-feu sur le terrain et d'intensifier le processus politique», a-t-il indiqué dans un communiqué.
En réaction, le ministère russe des Affaires étrangères a jugé dimanche, par voie de communiqué, que l'annulation de cette visite confirmait «encore une fois nos doutes quant à la valeur ajoutée d'un dialogue avec les Britanniques, qui n'ont pas de position propre sur la plupart des grandes questions actuelles, et pas d'influence réelle sur le déroulement des événements, se tenant dans l'ombre de leurs partenaires stratégiques».
«Nous ne pensons pas avoir plus besoin du dialogue avec Londres qu'ils n'ont besoin» du dialogue avec la Russie, ajoute le communiqué.
Celui-ci estime encore que cela montre «une mauvaise compréhension ou une ignorance de ce qui se passe en Syrie et des efforts de la Russie pour résoudre la crise».
M. Johnson avait annoncé samedi qu'il annulait sa visite en Russie prévue lundi en raison «des développements en Syrie qui ont changé fondamentalement la situation».
Les États-Unis en remettent
Le secrétaire d'État américain, Rex Tillerson, s'est interrogé dimanche, deux jours avant une visite capitale à Moscou, sur les réelles intentions de la Russie en Syrie, où elle s'est montrée selon lui «incompétente» pour surveiller l'élimination de l'arsenal chimique du président syrien Bachar Al-Assad.
«Cela va faire partie des discussions que nous aurons quand je serai à Moscou cette semaine: je vais demander au ministre des Affaires étrangères [Sergueï] Lavrov et au gouvernement russe de respecter leurs engagements envers la communauté internationale, quand il ont donné leur accord pour garantir l'élimination des armes chimiques», a déclaré M. Tillerson dans une entrevue sur la chaîne ABC.
«Pourquoi la Russie n'a pas été capable de remplir cette mission, ce n'est pas clair pour moi. Je ne veux pas tirer comme conclusion qu'ils ont été complices, mais ils ont clairement été incompétents, et peut-être que les Syriens se sont joués d'eux», a-t-il ajouté.
Damas a nié avoir perpétré une attaque chimique et le président russe, Vladimir Poutine, a considéré les représailles américaines comme une «agression contre un État souverain».
«Je ne pense pas que les Russes veulent une dégradation des relations avec les États-Unis, mais il va falloir beaucoup de discussions et de dialogue pour mieux comprendre quelle relation la Russie veut avoir avec nous», a encore dit M. Tillerson.
«J'espère que nous pourrons avoir des discussions constructives avec le gouvernement russe et le ministre des Affaires étrangères Lavrov pour que la Russie soutienne un processus qui conduira à une Syrie stable», a-t-il poursuivi.
«Il fallait faire quelque chose», a dit de son côté sur NBC Nikki Haley, l'ambassadrice américaine à l'ONU, évoquant «l'arrogance» du régime syrien. «Il fallait dire à Assad: "ça suffit". Et il fallait montrer à la Russie qu'on n'allait plus la laisser couvrir ce régime».
Le conseiller à la sécurité nationale, le général H.R. McMaster, a lui aussi pointé du doigt Moscou: «On doit demander à la Russie, comment se fait-il, si vous avez des conseillers sur cette base aérienne, que vous n'ayez pas su que l'armée de l'air syrienne préparait une attaque de destruction massive avec des armes chimiques?» s'est-il interrogé sur la chaîne Fox.
«C'est une excellente occasion pour les dirigeants russes de réévaluer leurs positions. La Russie pourrait faire partie de la solution», a-t-il encore souligné. Mais «pour le moment, tout le monde voit la Russie comme une partie du problème».