Cette photo prise le 14 mai 1941 montre des Juifs se présentant au Vélodrome d'Hiver, à Paris, lors de la «Rafle du billet». Un peu plus d'un an plus tard, les 16 et 17 juillet 1942, 13 152 juifs, dont 4115 enfants, ont été réunis au même endroit par les autorités vichystes afin d'être déportés vers les camps d'extermination.

La rafle du Vel d'Hiv, acte complice de la France

En livrant des milliers d'enfants juifs à l'occupant nazi, la France de Vichy s'est rendue complice d'un génocide le 16 juillet 1942, affirme l'historien Serge Klarsfeld dans un entretien à l'AFP, à la veille du 75e anniversaire de la rafle du Vélodrome d'Hiver (Vel d'Hiv).
Lors d'une cérémonie organisée à l'emplacement de l'ancien vélodrome, à Paris, va être inauguré dimanche un jardin-mémorial portant le nom des enfants qui ont été enfermés, déportés puis assassinés à Birkenau après avoir été arrêtés par la police française au matin du 16 juillet 1942, a expliqué Serge Klarsfeld.
Le président Emmanuel Macron et le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu vont assister à cette commémoration qui se déroulera dans le cadre de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français du maréchal Pétain et d'hommage aux Justes de France.
«Si j'avais pu, j'aurais fait un monument plus grand, avec les adresses où ils ont vécu, car ce sont des enfants de Paris, et Paris doit honorer leur mémoire, à l'emplacement même où ils ont tellement souffert», explique l'historien, 81 ans.
Serge Klarsfeld avait six ans quand son père, arrêté à Nice en 1943, a été déporté à Auschwitz. Il a voué sa vie à écrire l'histoire de la Shoah en France ainsi qu'à poursuivre en justice les criminels nazis, aux côtés de sa femme Beate.
Les 16 et 17 juillet 1942, 13 152 juifs, dont 4115 enfants, avaient été arrêtés sur ordre du gouvernement français par plusieurs milliers de policiers et gendarmes. Les familles avaient été emmenées au Vélodrome d'hiver, les couples sans enfants et les célibataires au camp de Drancy, près de Paris.
Cette rafle, la plus massive jamais organisée sur le territoire français, représente à elle seule près du tiers des 42 000 Juifs envoyés de France à Auschwitz en 1942 dans le cadre du vaste plan de déportation des juifs d'Europe défini par les Allemands à la conférence de Wannsee en janvier 1942.
L'Église, un «rempart»
Pour Serge Klarsfeld, la rafle du Vel d'Hiv est «le crime le plus retentissant depuis la Saint-Barthélemy», la nuit de massacres antiprotestants en 1572, et se compare par son ampleur aux «journées de la Commune» de Paris, l'insurrection de 1871, même si, dans ce cas, «les enfants n'étaient pas assassinés».
«Là, c'est un assassinat qui n'a pas eu lieu en France, mais le simple fait de livrer ces milliers d'enfants à l'occupant nazi, et de les livrer en les séparant ensuite de leurs parents et en les déportant isolément dans une affreuse détresse, c'est pour la France de Vichy une complicité de crime contre l'humanité et de génocide», poursuit-il.
Application de la Solution finale en France, cette rafle, qui commence en juillet à Paris et sa banlieue et se poursuit sur l'ensemble du territoire, ne se terminera qu'en novembre 1942.
Des cérémonies se tiendront d'ailleurs en même temps dans de nombreuses villes françaises qui ont été le théâtre de ces arrestations.
«Les Allemands ont demandé dans un premier temps 40 000 juifs donc on leur fournit le contingent demandé. Vichy aurait pu leur en fournir 100 000», mais en a été dissuadé par les protestations de la population et de l'Église, souligne M. Klarsfeld.
Pour l'historien, c'est une différence essentielle avec ce qui s'est passé aux Pays-Bas et en Belgique, où la population n'a pas joué ce rôle de «rempart». Sans cette mobilisation et l'action des nombreux Justes, le bilan aurait été plus lourd, fait-il valoir.
Au total, 76 000 Juifs, dont 11 000 enfants, ont été déportés de France. Quelque 2500 seulement ont survécu.
Concernant le discours historique du président Jacques Chirac, reconnaissant le 16 juillet 1995 la responsabilité de la France - à rebours de la thèse défendue par le général de Gaulle, puis François Mitterrand selon laquelle la France légitime était à Londres - l'ancien avocat relève que cette reconnaissance n'a plus jamais été remise en cause, soulignant une continuité au niveau de l'État.
«En 2012, François Hollande a renforcé encore la déclaration de Jacques Chirac, en disant, comme Emmanuel Macron va le faire : ce crime a été commis en France par la France».