Le propriétaire des Cowboys de Dallas, Jerry Jones, a appuyé ses joueurs lors de l'interprétation de l'hymne national américain avant leur match contre les Cards de l'Arizona, lundi, à Glendale.

La question de la division raciale relancée

En s'en prenant à des basketteurs et des joueurs de football noirs américains et en citant comme exemple le hockey et la NASCAR, des sports très majoritairement suivis par des Blancs, Donald Trump a relancé le sujet de la division raciale dans le sport américain.
Depuis le week-end dernier, le président américain est engagé dans un bras de fer qu'il a initié principalement avec le monde du football et qui a culminé dimanche avec une massive démonstration de défiance de la part des joueurs de NFL. Ces derniers ont posé un genou à terre pendant l'hymne national, un geste controversé interprété par Donald Trump comme un manque de respect envers l'Amérique et son drapeau, mais qu'ils ont effectué pour dénoncer les tensions raciales aux États-Unis.
«Le monde du sport est intimement lié à la question raciale aux États-Unis» , explique à l'AFP Jay Coakley, docteur en sociologie à université du Colorado à Colorado Springs et spécialiste de la sociologie du sport. «Il existe une forme de ségrégation raciale dans les sports aux États-Unis», développe-t-il.
«Nous avons créé un système sportif qui est le reflet de notre société. Aux derniers Jeux olympiques, 80 % de nos équipes engagées dans les diverses compétitions étaient soit toutes noires, soit toutes blanches. Les ligues professionnelles où les partisans sont le plus mélangés ethniquement sont le football [NFL] et le basketball [NBA]. Dans la NFL, environ 70 % des joueurs sont noirs, contre 75 % dans la NBA.»
À l'inverse, le hockey fait partie de ces sports où l'on retrouve très peu d'athlètes noirs et passionne principalement une frange blanche de la population. Seulement 3 % des téléspectateurs qui suivaient la LNH étaient Noirs en 2013, contre 92 % de Blancs, selon une étude du groupe Nielsen, spécialiste en marketing.
«Ravi de vous informer que les Penguins de Pittsburgh, champions de LNH me rejoindront à la Maison-Blanche pour une cérémonie. Superbe équipe!» a tweeté le président américain dimanche. Cette annonce tranchait singulièrement avec son message de la veille, quand le milliardaire avait expliqué que l'invitation adressée aux Warriors de Golden State, champions de la NBA en titre, était annulée.
Trump a également adressé un message de félicitations au NASCAR, la compétition automobile la plus populaire aux États-Unis. «Tellement fier du NASCAR et ses partisans. Ils ne supportent pas qu'on manque de respect à notre pays et notre drapeau et l'ont fait clairement savoir!» a-t-il écrit lundi. Les Blancs représentaient 94 % des téléspectateurs qui suivaient le NASCAR en 2013, contre 2 % de Noirs, selon Nielsen. Plusieurs drapeaux confédérés, considérés par certains comme des symboles racistes, ont été aperçus dans les tribunes pendant les courses lors des dernières années. Et les fans de NASCAR sont connus pour être plutôt conservateurs et souvent originaires du Sud.
Pas un choix anodin
Prendre en référence le hockey ou la course automobile par opposition avec le football n'est pas un choix anodin aux yeux de Jay Coakley. «Il a fait exprès, il savait que cela plairait à sa base électorale. Je ne m'attends pas à voir les joueurs de golf, de hockey ou les pilotes de NASCAR se tenir par les bras» en signe de solidarité contre les insultes de Donald Trump, comme l'ont fait les joueurs de NFL.
«Ses propos sont liés à la question raciale : il explique que les joueurs qui s'agenouillent ne sont pas de vrais Américains, mais la plupart de ceux qui le font sont Noirs», assure le sociologue.
Le président américain, pour sa part, s'est défendu de tout biais racial pendant le week-end. «Lorsque vous posez un genou à terre et ne respectez pas le drapeau ou l'hymne américain, c'est manquer de respect», avait-il écrit. «Cela n'a rien à voir avec la race ou autre chose».