Une cinquantaine d’immeubles de Mexico se sont effondrés lors du séisme, et environ 8000 présentent des dommages, parfois extrêmement sévères.

La périlleuse recherche des souvenirs personnels après le séisme au Mexique

MEXICO - À 80 ans, Guadalupe Vazquez attend patiemment que des secouristes récupèrent dans son appartement, en partie détruit lors du séisme du 19 septembre, les photos de ses filles que l’on aperçoit depuis la rue.

Cette femme menue, ancienne alpiniste, vivait dans un immeuble habité en majorité par des personnes âgées, dans le quartier Narvarte à Mexico. Comme ses voisins, elle dépend aujourd’hui de jeunes volontaires pour tenter de récupérer quelques souvenirs avant la destruction de l’immeuble qui menace à tout moment de s’écrouler.

Sur l’unique mur encore debout de son appartement, on distingue ses photos de famille, des portraits couleur sépia.

«Lupita», comme ses amis la surnomment, a échappé miraculeusement au tremblement de terre de magnitude 7,1 qui a fait 369 morts, en majorité dans la capitale.

Quelques minutes avant la puissante secousse, elle était sortie acheter du pain avant la venue d’une amie. Lorsqu’elle a voulu revenir chez elle, elle a cru s’être trompée de rue : une partie de l'immeuble s’était effondrée.

Peu à peu, la réalité s’est imposée à elle : «J’ai compris que la seule chose qui allait me rester, ce sont mes photos, s’ils arrivent à les récupérer» raconte-t-elle.

Au pied de l’édifice, ses voisins ont installé un campement de fortune pour protéger ce qu’il reste de leurs modestes effets personnels face à de possibles pillages.

Chaque fois qu’un sauveteur revient avec un sac contenant quelques affaires arrachées aux décombres, ils applaudissent, émus ou encore se serrent dans les bras.

«Ça y est, nous avons dit adieu à notre maison», commente un des habitants après s’être introduit chez lui par la fenêtre, un casque sur la tête, harnaché depuis l’extérieur, pour tenter de sauver quelques affaires avant la démolition.

«Cinq minutes»

Devant le risque d’effondrement, les habitants ne peuvent y entrer qu’à tour de rôle et n’ont pas le droit de rester plus de cinq minutes à l’intérieur.

Durant ce laps de temps, ils tentent - avec prudence - de prendre le plus d’objets possibles ou récupérer des documents administratifs. Avant ce périple risqué, chacun reçoit la ferme instruction de ne pas faire de mouvements brusques dans la structure fragilisée.

Les habitants les plus courageux ou les plus lestes s’aventurent eux-mêmes, sans l’aide des volontaires, entre les murs aux énormes crevasses, les fenêtres brisées, qu’ils atteignent par l’extérieur, depuis la plateforme mobile d’une grue.

«C’est très impressionnant d’être là et voir toutes ces failles, et savoir que tu ne dois provoquer aucune vibration», commente José Colin, 38 ans, à sa sortie de l’immeuble.

Il a pu retourner brièvement chez lui et sauver quelques disques durs et une photographie sur laquelle il apparaît avec sa fiancée. Tous deux ont eu de la chance : ils se trouvaient au travail lorsque le séisme a frappé la mégapole.

Il a pu également aller brièvement chez sa voisine, une femme du troisième d’âge. Certains rapportent de cette ultime visite des objets religieux.

«J’ai attrapé ce tout ce que je pouvais (...) mais je n’ai pas pu entrer dans la chambre de ma grand-mère» commente Oscar Landin en redescendant de la plateforme, une statue en plâtre de l’enfant Jésus dans les bras, acquise par son aïeule 40 ans plus tôt.

Chaque habitant ou sauveteur qui s’engage sur la plateforme est accompagné d’un membre de la protection civile qui lui donne des instructions une fois à l’intérieur.

Une cinquantaine d’immeubles de la capitale se sont effondrés lors du séisme, et environ 8000 présentent des dommages, parfois extrêmement sévères.

Le gouvernement s’est engagé à démolir au plus vite les immeubles qui constituent un danger pour la sécurité publique. Parmi eux, celui dans lequel a vécu durant 50 ans «Lupita».

Au pied de l’édifice se trouvait une blanchisserie désormais détruite. Plusieurs jours durant après le tremblement de terre, un des travailleurs a continué de repasser des vêtements en pleine rue. Avant de disparaître lui aussi.