À Christchurh comme dans tout le pays, un élan de solidarité a été a été observé chez les Néo-Zélandais, sous le choc à la suite du drame.

La Nouvelle-Zélande rend hommage aux 50 victimes de Christchurch

CHRISTCHURCH — Les Néo-Zélandais rendaient hommage dimanche (samedi soir, heure du Québec) aux 50 morts du massacre dans deux mosquées de Christchurch, alors que se précisait le récit d'un acte d'héroïsme et des souffrances qui ont accompagné les fusillades.

Une liste de ces victimes publiée dimanche montrait qu'elles avaient de 3 à 77 ans.

L'auteur de la tuerie est un extrémiste australien, Brenton Tarrant, qui à l'occasion de sa comparution samedi a fait avec la main le signe de reconnaissance des suprémacistes blancs devant le tribunal néo-zélandais qui l'inculpait pour meurtres.

L'ex-instructeur de fitness de 28 ans, «fasciste» autoproclamé, est globalement resté impassible lorsque son inculpation lui a été notifiée, lors d'une brève audience à laquelle seule la presse était admise pour raisons de sécurité.

Debout dans la tenue blanche des prisonniers, menotté et flanqué de deux policiers, il a cependant fait de la main droite le signe «OK» en joignant le pouce et l'index, un symbole utilisé à travers le monde par les adeptes du suprémacisme blanc.

Il restera en détention jusqu'à une prochaine audience fixée au 5 avril.

Un autre homme, arrêté vendredi, sera présenté devant la justice lundi pour des accusations «en lien» avec les attaques, même s'il n'a apparemment pas été directement impliqué dans la tuerie, selon le commissaire Mike Bush.

Coiffée d'un foulard noir, la première ministre Jacinda Ardern est allée samedi à la rencontre des rescapés et des familles.

«Monstrueux»

Cette tragédie a provoqué une onde de choc en Nouvelle-Zélande, un pays de cinq millions d'habitants dont 1 % se disent musulmans, connu pour sa douceur de vivre, sa tradition d'accueil et sa faible criminalité.

Près du tribunal, le fils de Daoud Nabi, un Afghan de 71 ans tué, demande justice : «C'est monstrueux. Cela dépasse l'imagination».

Le bilan de l'attaque est passé de 49 à 50 morts après la découverte d'un corps supplémentaire quand les cadavres ont été extraits des mosquées al-Nour et Linwood, a annoncé la police.

Coiffée d'un foulard noir, la première ministre Jacinda Ardern est allée samedi à la rencontre des rescapés et des familles dans une université où a été installé un centre d'information.

«Nous aimons toujours ce pays», a lancé de son côté Ibrahim Abdul Halim, imam de la mosquée de Linwood. Les extrémistes ne parviendront «jamais à entamer notre confiance».

Bien que nombre de commerces soient restés fermés samedi et que beaucoup d'habitants aient choisi de rester chez eux, des bouquets s'empilaient près d'un mémorial improvisé proche de la mosquée al-Nour. «Je suis désolé que vous ne soyez pas en sécurité ici. Nos coeurs sont brisés par vos pertes», pouvait-on lire sur un mot déposé près des fleurs.

Élan de solidarité

Dans tout le pays, un élan de solidarité interconfessionnelle a été observé, avec des millions de dollars de dons, des achats de nourriture halal pour les victimes. Des Néo-Zélandais se proposent même d'accompagner les musulmans qui auraient peur de sortir.

Des fidèles de l'Église anglicane de Christchurch priaient dimanche dans ce qui est surnommé leur «cathédrale en carton», bâtie après le séisme de 2011.

«Mes enfants ont peur mais il faut faire front, en tant que communauté», confie Azan Ali, 43 ans, d'origine fidjienne, qui était dans la mosquée de Linwood avec son père au moment de l'attaque.

Trente-six blessés sont toujours hospitalisés, selon la police.

Les victimes venaient des quatre coins du monde musulman, a souligné Jacinda Ardern. Quatre Égyptiens, un Saoudien, un Indonésien, quatre Jordaniens et six Pakistanais figurent parmi les victimes.

Mme Ardern a précisé que le tireur avait amassé un arsenal et obtenu en novembre 2017 un permis de port d'armes. Elle a promis des réformes : «Je peux vous garantir que nos lois sur les armes vont changer».

Des amis de Zakaria Bhuiyan montrent des photos de l'homme qui est disparu depuis la tuerie dans deux mosquées de Christchurch, espérant obtenir des nouvelles.

Manifeste

Au moins deux armes semi-automatiques, vraisemblablement des AR-15, et deux fusils ont été utilisés par le tireur. Certaines armes avaient été modifiées pour être plus efficaces.

Avant de passer à l'action, l'homme, qui se présente comme un blanc de la classe ouvrière aux bas revenus, a publié sur Twitter un «manifeste» raciste de 74 pages, intitulé «Le grand remplacement», en référence à une théorie complotiste populaire dans les milieux d'extrême droite selon laquelle les «peuples européens» seraient «remplacés» par des populations non-européennes immigrées.

Le manifeste détaille deux années de radicalisation et de préparatifs. L'auteur affirme que les facteurs déterminants dans sa radicalisation ont été la défaite à la présidentielle française de 2017 de la dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen et la mort de la petite Ebba Åkerlund à 11 ans dans l'attaque au camion-bélier de 2017 à Stockholm.

Il dit avoir choisi pour cible la Nouvelle-Zélande pour montrer «qu'aucun endroit au monde n'est épargné, les envahisseurs sont partout sur nos terres, aucune place même la plus reculée n'est sûre». Il y rend aussi hommage au président américain Donald Trump.

Brenton Tarrant a diffusé en direct sur les réseaux sociaux les images du carnage, où on le voit passer de victime en victime, tirant sur les blessés à bout portant alors qu'ils tentent de fuir.

Le commissaire Mike Bush a salué «la grande bravoure» des policiers et citoyens ordinaires «qui se sont mis en danger» pour arrêter le tireur, appréhendé 36 minutes après les premiers appels à la police.

Deux autres suspects, un homme et une femme, arrêtés avec des armes à feu dans leur voiture au moment des attaques, avaient été placés en garde à vue, mais la police a annoncé qu'ils n'étaient pas directement impliqués dans le carnage. La femme a été relâchée mais l'homme reste en état d'arrestation pour détention d'armes à feu, a précisé M. Bush.

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Âgé de 48 ans, Abdul Aziz est salué comme un héros pour avoir empêché le tireur de tuer encore plus gens à la mosquée Linwood, de Christchurch.

UN HOMME S'EST LEVÉ CONTRE LE TUEUR ET A SAUVÉ PLUSIEURS VIES

CHRISTCHURCH — Quand le tireur s'est avancé vers la mosquée, tuant ceux qui se trouvaient sur son chemin, Abdul Aziz ne s'est pas caché. Il a ramassé la première chose qu'il a pu trouver, un terminal de paiement électronique, avant de courir à l'extérieur en s'écriant : «par ici».

Âgé de 48 ans, M. Aziz est salué comme un héros pour avoir empêché le tireur de tuer encore plus gens à la mosquée Linwood, de Christchurch. Les deux hommes ont joué au chat et à la souris avant que l'assassin prenne la fuite en auto.

M. Aziz, dont les quatre fils étaient demeurés à l'intérieur de la mosquée pendant cette redoutable poursuite, a humblement déclaré qu'il n'a fait ce que tout le monde aurait fait dans de pareilles circonstances.

Le tueur a assassiné 50 personnes au cours de l'attaque la plus meurtrière de l'histoire contemporaine de la Nouvelle-Zélande.

Selon Latef Alabi, l'imam par intérim de la mosquée de Linwood, le bilan aurait été beaucoup plus élevé si ce n'était de la bravoure de Abdul Aziz.

L'imam a raconté avoir entendu une voix à l'extérieur de la mosquée. Il a interrompu sa prière avant de jeter un oeil à la fenêtre. Il a alors aperçu un homme en tenue militaire noire armé d'un fusil. Il a supposé qu'il s'agissait d'un policier. Mais après avoir vu deux corps par terre et entendu le tireur crier des obscénités, il a dû se rendre à l'évidence : il s'agissait d'un tueur.

Un coup de feu a retenti de nouveau, un corps est tombé.

«Et puis, ce frère est venu. Il l'a poursuivi et l'a même maîtrisé. C'est ainsi que nous avons été sauvés, a témoigné M. Alabi en parlant d'Abdul Aziz. Si le tueur avait réussi à entrer dans la mosquée, nous serions tous morts.»

M. Aziz a raconté qu'il ne voulait que distraire l'attaquant. Celui-ci est retourné à son véhicule pour prendre une autre arme; le héros lui a lancé le terminal.

Pendant que ses deux plus jeunes fils le priaient de revenir dans la mosquée, M. Aziz cherchait à éviter les balles du tireur en se faufilant entre les voitures stationnées dans une allée.

M. Aziz a pu récupérer une arme abandonnée par le tueur et l'a lancée dans le pare-brise de la voiture. «C'est pour ça qu'il a eu peur.»

L'homme de l'heure est originaire de Kaboul, en Afghanistan. Il a vécu plus de 25 ans en Australie avant de s'installer en Nouvelle-Zélande, il y a quelques années.

«Je suis allé dans beaucoup de pays et celui-ci est l'un des plus beaux», a-t-il déclaré. Et, pensa-t-il, le plus pacifique aussi.

Aziz a déclaré qu'il n'a pas ressenti de la peur face au tireur : c'était comme s'il était sur le pilote automatique. Allah a dû décider que l'heure de la mort n'avait pas sonné pour lui, a-t-il ajouté. Nick Perry, The Associated Press