Une journaliste brandit une affiche représentant le président de la Russie, Vladimir Poutine, la présidente du Front national français, Marine Le Pen, et le président élu américain, Donald Trump, avant une conférence de presse, à Moscou, le 23 décembre.

La montée du populisme menace la démocratie, selon Human Rights Watch

L'arrivée au pouvoir de dirigeants populistes aux États-Unis et en Europe et la montée de «l'intolérance» menacent les démocraties occidentales et les droits de l'homme, a mis en garde l'organisation américaine Human Rights Watch dans son rapport annuel publié jeudi.
Ce document s'intéresse en général davantage aux abus dans des pays moins développés, mais cette fois-ci il pointe clairement du doigt le président élu américain.
La campagne présidentielle de Donald Trump, élu le 8 novembre, est une «illustration frappante des politiques d'intolérance», a ainsi estimé l'association dans un rapport de 704 pages qui fait le bilan des droits de l'homme dans 90 pays.
La victoire de M. Trump reflète un dangereux «engouement pour les hommes forts» qui s'est exprimé aussi en Russie, en Chine, au Venezuela et aux Philippines, ces leaders étant «encouragés sur le chemin de la répression par la montée du populisme en Occident, et par la réponse inaudible des pays occidentaux».
Dans un contexte d'inégalités économiques croissantes, d'attaques terroristes régulières et d'une diversité raciale grandissante en Occident, les hommes politiques comme Donald Trump ont exploité «une source de mécontentement» qui a fait des réfugiés, des immigrés et des minorités des boucs émissaires, dont la «victime la plus fréquente» est la vérité.
M. Trump a «rompu avec les principes de base de dignité et d'égalité» dans ses attaques sans apporter de propositions «pratiques», estime HRW.
En proposant d'interdire l'entrée des musulmans sur le sol américain, il a «diabolisé les communautés musulmanes dont la coopération est cruciale pour repérer les complots de demain». Et sa menace d'expulser en masse les immigrés clandestins «renverrait ceux qui contribuent de manière fructueuse à l'économie, sans «rien faire pour ramener les emplois industriels perdus depuis longtemps».
La menace sur les démocraties vient des gens de plus en plus nombreux qui considèrent que leurs droits ne les protègent pas, mais protègent «ces "autres" gens, pas eux-mêmes, et finissent par être considérés comme "superflus"».
L'antidote
«Nous oublions à nos dépens les démagogues d'hier, les fascistes, les communistes et ceux de leur acabit, qui affirmaient défendre les intérêts de la majorité, mais ont fini par écraser l'individu», affirme HRW.
Trop peu de dirigeants occidentaux ont présenté une défense vigoureuse face aux populismes, estime HRW qui salue cependant le travail de la chancelière allemande Angela Merkel, du premier ministre canadien Justin Trudeau et du président américain sortant Barack Obama.
Beaucoup d'autres dirigeants «ont caché leur tête dans le sable» voire ont surfé sur la vague populiste, à l'instar du président français François Hollande qui s'est «inspiré du Front national pour faire de la déchéance de la nationalité un point central de sa politique anti-terroriste».
Quant à la première ministre britannique Theresa May, elle a qualifié de «militants de gauche les avocats des droits de l'homme» qui ont poursuivi l'armée accusée d'abus sur des Afghans et des Irakiens.
Human Rights Watch note que le meilleur antidote contre ce populisme ascendant est tout simplement l'activisme public: «Les populistes s'épanouissent dans un vide d'opposition. Une réaction populaire forte, en utilisant tous les moyens disponibles, est la meilleure défense».
À côté de cette intolérance croissante dans les démocraties occidentales, le rapport n'oublie pas de mentionner que c'est la Syrie qui représente «sans doute la menace la plus mortelle (pesant) sur les droits fondamentaux» en raison des attaques aveugles perpétrées contre des civils par le régime de Bachar al-Assad et son allié russe comme dans la ville d'Alep.
Pendant que les pays occidentaux se concentrent sur leur lutte contre le groupe djihadiste État islamique (EI), les forces syriennes sont responsables de la mort de «beaucoup plus» de personnes, selon HRW.
Mais même une victoire contre l'organisation EI pourrait être insignifiante, car «ces atrocités pourraient générer facilement de nouveaux mouvements extrémistes, comme des atrocités similaires ont contribué à l'émergence de l'EI, né des cendres d'Al-Qaïda en Irak».