Un plan de déconfinement en trois phases doit s’étendre sur plusieurs semaines en Géorgie.
Un plan de déconfinement en trois phases doit s’étendre sur plusieurs semaines en Géorgie.

La Géorgie fait le pari risqué d’une réouverture

Michael Mathes
Agence France-Presse
ATLANTA — L’État américain de Géorgie a fait vendredi le pari risqué de rouvrir une partie des commerces malgré l’épidémie de coronavirus, sous l’impulsion de son gouverneur républicain qui s’est pourtant attiré les foudres de Donald Trump.

Brian Kemp, un fervent partisan du président américain, a décidé de rouvrir certains commerces comme les salles de sports, les salles de quilles, les ateliers de tatouage, les salons de coiffure et de soins esthétiques ou de manucure.

Ils doivent respecter des «règles de base» comme la distanciation sociale et la limitation du nombre de clients, ainsi que des mesures de sécurité pour les salariés.

Les cinémas et les restaurants ouvriront partiellement lundi, dans le cadre d’un plan en trois phases qui doit s’étendre sur plusieurs semaines.

Les bars et les boîtes de nuit resteront fermés et l’ordre de confinement sera levé le 30 avril à minuit, a précisé jeudi le gouverneur sur Twitter.

«Nous sommes contents, ça devait arriver», se réjouit Clint, propriétaire d’un bar-restaurant dans le centre-ville déserté en ces temps de confinement.

«À un moment, il faut laisser les gens être contaminés pour développer des anticorps», estime le gérant de cet établissement qui a survécu en servant des cocktails à emporter.

«Ce n’est pas pour l’appât du gain, c’est pour les gens qui ont mis toutes leurs économies dans leur entreprise», explique-t-il à l’AFP, tout en refusant d’être identifié pour éviter les «représailles».

Brian Kremp s’est dit jeudi «confiant que les chefs d’entreprise qui décident de rouvrir adhéreront aux “règles de base” qui donnent la priorité à la santé et au bien-être des employés et des clients».

Il a également annoncé une augmentation du nombre de tests disponibles et de sites pour les prélèvements dans cet État du sud-est du pays.

«Il faut attendre»

Mais avec plus de 21 500 cas positifs au coronavirus et plus de 870 décès dus à la COVID-19, d’autres fustigent une décision trop hâtive et dangereuse.

«On n’a pas l’intention de rouvrir lundi», explique à l’AFP Randy Adler, 58 ans, propriétaire du restaurant Bab’s Midtown. «C’est une décision irresponsable qui est juste basée sur l’argent plutôt que sur la science», lance-t-il.

Pour Michael Person, un agent immobilier de 61 ans, les chefs d’entreprises «doivent prendre une décision en toute conscience».

«Et un grand nombre d’entre eux le font, en décidant de ne pas ouvrir tout de suite», dit-il, estimant lui aussi qu’«il faut attendre encore un peu».

Le parlementaire républicain Doug Collins reproche surtout à Brian Kemp d’oublier la réalité du terrain. «Chez moi, au nord d’Atlanta, les hôpitaux observent une augmentation rapide du nombre de cas positifs», a-t-il expliqué sur Fox News.

Même Donald Trump, ardent partisan d’une réouverture au plus vite de l’économie, a dit être en «désaccord profond» avec le gouverneur, estimant que les commerces concernés ne faisaient pas partie de la première phase du plan préparé par la Maison-Blanche pour relancer l’activité de la première puissance mondiale. «C’est trop tôt», a-t-il expliqué mercredi, tout en disant laisser M. Kemp libre de sa décision.

Donald Trump affirme vouloir briser la spirale de la crise et du chômage qui frappe plus de 26 millions d’Américains. Et à travers le pays, les partisans du déconfinement demandent la fin des restrictions qui ont mis en sommeil le pays.

Selon la Maison-Blanche, 16 États américains ont déjà dévoilé des plans de relance de leur économie et plusieurs d’entre eux ont précédé la Géorgie.

Le Texas et le Vermont ont autorisé une reprise partielle des activités, et la Caroline du Sud et la Floride ont rouvert une partie du littoral au public.