Katrin Jakobsdottir, dirigeante du Mouvement Gauche-Verts

La gauche chargée de former le gouvernement en Islande

REYKJAVIK — Le président islandais a chargé jeudi la dirigeante du Mouvement Gauche-Verts, Katrin Jakobsdottir, qui jouit d’une immense popularité en Islande, de former le prochain gouvernement, un processus incertain pouvant prendre des semaines dans cette île secouée par des scandales politiques à répétition depuis presque 10 ans.

S’ils concluent leurs négociations avec succès, le Mouvement Gauche-Verts et ses alliés potentiels — l’Alliance (sociaux-démocrates), le Parti Pirate (contestataires) et le Parti du progrès (centre droit) — formeraient le deuxième gouvernement de coalition dominé par la gauche depuis la proclamation de la République en Islande, en 1944.

En octobre 2016, un mois après de précédentes législatives anticipées, Mme Jakobsdottir avait vainement tenté de monter une coalition avec les sociaux-démocrates, les Pirates, et les centristes d’Avenir radieux.

«Je tiens à dire que toutes les conversations informelles que j’ai eues me semblent plus constructives que l’année dernière», s’est-elle félicitée jeudi.

Les Islandais étaient appelés le 28 octobre à renouveler leur Parlement pour la cinquième fois depuis 2007, après un énième scandale politique ayant mis en cause le premier ministre conservateur Bjarni Benediktsson.

C’est ce dernier, figure de proue du Parti de l’indépendance (conservateur), qui a annoncé des législatives anticipées en septembre après le retrait de la formation centriste Avenir radieux de sa coalition gouvernementale, neuf mois seulement après son arrivée au pouvoir à l’issue de longues tractations.

Affaibli par les affaires — le nom de Benediktsson est notamment apparu dans le scandale des «Panama Papers» au printemps 2016 —, le premier ministre sortant était pourtant parvenu à maintenir son parti en tête des suffrages.

Le Parti de l’indépendance a obtenu 25,2 % des voix (16 sièges), contre 16,9 % pour le Mouvement Gauche-Verts (11 sièges).

Négociations longues et laborieuses

Lundi, le président Gudni Johannesson a invité pour consultations les dirigeants des huit partis ayant des députés.

En vertu du système islandais, le chef de l’État, qui a un rôle essentiellement protocolaire, charge le chef du parti arrivé en tête de former un gouvernement.

Il devait donc logiquement désigner Bjarni Benediktsson, mais les électeurs ont sanctionné les formations de droite et le premier ministre sortant semblait incapable de trouver des partenaires solides pour constituer une majorité à l’Althingi, le parlement monocaméral islandais.

C’est donc à Katrin Jakobsdottir qu’il a demandé de tenter de constituer un gouvernement.

«La possibilité de former un gouvernement n’est pas une récompense après un succès électoral», a expliqué le président à l’issue de son entretien avec Mme Jakobsdottir.

Les dirigeants des quatre partis en lice pour la formation d’un gouvernement de coalition se sont rencontrés jeudi dans le cadre de contacts informels entamés le lendemain de l’élection, dimanche. Des pourparlers plus approfondis débuteront vendredi.

M. Benediktsson avait mis plusieurs semaines à constituer son gouvernement après le scrutin d’octobre 2016 et les tractations entamées par Katrin Jakobsdottir pourraient se révéler elles aussi longues et laborieuses.

Au pouvoir de 2009 à 2013, la gauche a présidé à la rédaction d’une nouvelle Constitution, «par» et «pour» les citoyens, faisant de l’Islande un exemple de lutte contre la corruption.

Mais l’aspiration des électeurs à la prospérité économique a pris le pas sur les réformes engagées et la droite, avec le Parti du progrès et le Parti de l’indépendance, a remporté les élections de 2013.

Après une reprise spectaculaire dès 2010, l’île a affiché une croissance de 3,4 % au deuxième trimestre 2017 — en 2016, elle avait atteint 7,2 % —, et un taux de chômage résiduel de 2,2 %.