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Un paquet d’Ibiza ou de Marine vaut moins d’1 $ US alors que les cigarettes officielles ou légales, de fabrication locale, comme Belmont ou Lucky Strike, coûtent entre 1,7 et 2 $ US.
Un paquet d’Ibiza ou de Marine vaut moins d’1 $ US alors que les cigarettes officielles ou légales, de fabrication locale, comme Belmont ou Lucky Strike, coûtent entre 1,7 et 2 $ US.

La contrebande de cigarettes s’impose dans un Venezuela au bord de la faillite

Javier Tovar
Agence France-Presse
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«Pas cher ! Ibiza ! Pas cher !», crie un jeune vendeur de cigarettes de contrebande dans le quartier pauvre de Catia à Caracas, capitale d’un Venezuela étouffé par les sanctions économiques et en proie à une hyperinflation qui favorise tous les trafics.

La contrebande s’est généralisée avec la crise économique et à côté des cigarettes on trouve de tout : des vêtements aux portefeuilles, des sacs de contrefaçon aux chaussures, en passant même par des lunettes ou des appareils dentaires.

Un paquet d’Ibiza ou de Marine vaut moins d’1 $ US alors que les cigarettes officielles ou légales, de fabrication locale, comme Belmont ou Lucky Strike, coûtent entre 1,7 et 2 $ US.

«J’achète [des cigarettes de contrebande] parce que c’est moins cher», reconnaît Ester Ortiz, 64 ans. «J’ai arrêté d’acheter les autres marques parce qu’avec le prix, j’avais peur que la dépendance me prive d’argent pour acheter de la farine», dit-il.

Avec la récession, le salaire minimum ne dépasse pas 1 $ US mensuel, alors en payer 2 pour des cigarettes...

Dans la capitale, la vente de cigarette de contrebande est tout sauf clandestine. Elle se fait au vu et au su des policiers. Ces derniers se montrent soit débonnaires, soit encaissent des petits pots-de-vin des vendeurs de rue pour fermer les yeux dans un pays où la pauvreté est générale et où chacun se débrouille comme il peut.

Sur un boulevard, un jeune homme empile ses paquets pour former une sorte de tour pour concurrencer celle de son voisin. On vend aussi des cigarettes à l’unité. Dans les quartiers populaires, les paquets «légaux» ont disparu, alors que dans les quartiers huppés ils cohabitent avec la contrebande.

«Quand vous avez une population sans le sou, la contrebande devient malheureusement la seule manière pour les gens de pouvoir acheter quelque chose», analyse Felipe Capozzolo, président de Consecomercio, une association de commerçants, qui assure que ces derniers sont les principales victimes de la concurrence des produits de contrebande ou contrefaits.

130 millions $ US

Mais si la contrebande est une échappatoire pour les plus démunis, elle touche durement l’État et, concernant les cigarettes, l’industrie du tabac qui voit s’échapper des millions de dollars en fumée.

«Nous [les compagnies de tabac] sommes les principaux contributeurs au Trésor national en termes d’impôts», assure à l’AFP Miguel Benzo, un dirigeant du cigarettier vénézuélien Bigott, propriété de British American Tobacco (BAT).

«73 % du prix d’un paquet va à l’État», explique-t-il. «Sur 20 cigarettes d’un paquet, 15 partent en impôts et taxes. Les cinq autres doivent aussi couvrir nos coûts et bénéfices».

La consommation de cigarettes de contrebande a augmenté de 300 % depuis 2019 et représente désormais 30 % du marché local, selon une étude financée par Bigott. Dans certaines régions frontalières, près de la Colombie par exemple, la cigarette de contrebande a pris près de 80% du marché.

Cela représente un manque à gagner de centaines de millions de dollars pour Bigott et l’État vénézuélien.

Les cigarettes arrivent de Colombie par voie terrestre ou des Antilles néerlandaises toutes proches par des «Go-fast» maritimes. Il en arrive même à travers les ports grâce à des envois clandestins.

Pour dissuader les consommateurs de cigarettes de contrebande, M. Benzo assure qu’il a vu des images d’entrepôts clandestins infestés de rats ou de cigarettes plongées dans des réservoirs insalubres. Mais, les fumeurs ne voient que le prix.

Bigott a lancé des cigarettes moins chères pour concurrencer la contrebande, mais a finalement dû fermer une usine à Caracas, licenciant 130 personnes. Ses achats de tabac local ont été divisés par trois, passant de 6000 à 2000 tonnes par an.

Bigott espère qu’une commission entre acteurs privés et l’État débouchera sur des solutions. Le gouvernement n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP.