Des manifestants se sont rassemblés à la place Black Lives Matter pour protester avant le discours d’investiture du candidat républicain Donald Trump pour l’élection présidentielle américaine.
Des manifestants se sont rassemblés à la place Black Lives Matter pour protester avant le discours d’investiture du candidat républicain Donald Trump pour l’élection présidentielle américaine.

La colère antiraciste prête à déferler sur Washington

Charlotte Plantive
Agence France-Presse
Cyril Julien
Agence France-Presse
KENOSHA — Les blessures infligées à l’Afro-Américain Jacob Blake par un policier blanc ont ravivé les braises de la colère antiraciste aux États-Unis qui, après avoir nourri un mouvement de boycottage dans le monde sportif, s’apprête à gagner les rues de la capitale.

Des dizaines de milliers de personnes sont attendues vendredi à Washington pour une manifestation organisée à la date anniversaire de l’emblématique discours du leader de la lutte pour les droits civiques Martin Luther King, I have a dream.

Intitulée Enlevez votre genou de nos cous, la marche fait référence à George Floyd, un Afro-Américain asphyxié par un policier blanc le 25 mai à Minneapolis, dont la mort a déclenché un mouvement de protestation inédit depuis des décennies aux États-Unis.

Alors que la mobilisation s’essoufflait, elle a été relancée dimanche dans la ville de Kenosha, près des Grands Lacs, par l’affaire Jacob Blake. Ce père de famille de 29 ans a été touché de plusieurs balles dans le dos tirées à bout portant par un policier blanc, sous l’œil de ses trois petits garçons. Selon son avocat, il restera paralysé.

L’auteur des tirs, l’agent Rusten Sheskey, a été mis à pied, mais n’a pas été arrêté ni inculpé, ce qui a alimenté le sentiment d’injustice. Pendant trois nuits, les manifestations ont été émaillées de violences qui ont fait deux morts et un blessé grave.

Un jeune de 17 ans, Kyle Rittenhouse, qui s’était joint à des groupes d’hommes en armes affichant leur volonté de «protéger» la ville, a été arrêté et inculpé pour ces meurtres. Il est soupçonné d’avoir ouvert le feu sur des manifestants avec un fusil d’assaut.

Après ce drame, la tension est retombée jeudi à Kenosha. Le révérend Jesse Jackson, figure de la communauté noire, est venu prôner les vertus de l’action pacifique, des artistes ont transmis des messages réconciliateurs sur des fresques murales et même la police locale a loué l’attitude des manifestants.

Par rapport aux nuits précédentes, «l’atmosphère a radicalement changé», a confirmé le shérif du comté David Beth lors d’une conférence de presse. Après l’imposition du couvre-feu, «il n’y avait que quelques centaines de personnes qui ont marché pacifiquement», a-t-il ajouté.