Fu Ying, porte-parole de l'Assemblée nationale populaire, a expliqué samedi que la Chine voulait se prémunir contre les ingérences extérieures.

La Chine accroît son budget militaire

Le budget militaire chinois, le deuxième de la planète, augmentera encore «d'environ 7 %» en 2017, a annoncé samedi Pékin, se disant prêt à repousser «les ingérences extérieures» à l'heure où Donald Trump promet une «montée en puissance» inédite des forces américaines.
Cette croissance, similaire à l'an dernier (+7,6 %), est l'une des plus faibles des 20 dernières années. Pékin accroît ses dépenses militaires depuis les années 1980 pour combler son retard sur les armées occidentales, l'augmentation ayant atteint presque 18 % à la fin des années 2000.
La hausse de l'an passé avait porté le budget militaire officiel à 954 milliards de yuans (185 milliards $CAN).
«Ces hausses sont motivées par la nécessité (d'avoir une armée) conforme à l'affirmation de puissance de la Chine, une superpuissance économique en plein essor, et un acteur politique et géopolitique qui voit son rôle se conforter sur la scène internationale», juge Barthélémy Courmont, de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).
Si la Chine a multiplié par 10 son budget de défense en 15 ans, il reste cependant loin derrière celui des États-Unis. L'armée américaine bénéficie de 604,5 milliards $ (808,5 milliards $CAN), d'après l'Institut international pour les études stratégiques (IISS), basé à Londres.
«Défendre notre souveraineté»
Les dépenses militaires de Pékin sont toutefois nettement plus importantes que celles de la Russie (3e budget mondial avec 56 milliards d'euros), l'Arabie saoudite (54,1), le Royaume-Uni (49,9) ou la France (44,9). Et l'armée chinoise, dont les troupes ont fondu de moitié en 30 ans, reste la première en termes d'effectifs (2 millions).
L'augmentation du budget chinois «suscite des inquiétudes quant aux intentions futures de Pékin», reconnaît M. Courmont, même si la Chine n'a selon lui «pas de visée hégémonique sur sa région».
La Chine n'a pas combattu depuis 1979 et un bref conflit contre le Vietnam. Mais ses initiatives en mer de Chine méridionale suscitent des craintes.
Dans cette vaste zone maritime, grande comme six fois la France, plusieurs pays (Chine, Malaisie, Philippines, Vietnam, Brunei) se disputent la souveraineté d'îles et récifs. Pékin en revendique la quasi-totalité.
«Nous appelons à un règlement pacifique des différends», a plaidé samedi Mme Fu Ying, porte-parole de l'Assemblée nationale populaire (ANP), en annonçant la hausse du budget des armées à la veille de l'ouverture de la session annuelle du parlement chinois. «Parallèlement, nous devons avoir la capacité de défendre notre souveraineté (...) et nous prémunir contre les ingérences extérieures», a-t-elle souligné.
Une allusion aux États-Unis, qui envoient régulièrement des navires de guerre en mer de Chine méridionale pour contrer Pékin. Le secrétaire d'État américain Rex Tillerson a agité en janvier la menace d'un blocus pour interdire à la Chine l'accès d'îles qu'elle contrôle.
Une menace?
Questionnée sur la menace militaire que pourrait représenter la Chine, Mme Fu a rejeté toute critique. «Ces dix dernières années ont eu lieu de nombreux conflits et guerres dans le monde, qui ont entraîné d'innombrables morts et blessés (...) Lesquels ont été le fait de la Chine?», s'est-elle interrogée.
Dans ce contexte, le président Trump vient de demander au Congrès des États-Unis une augmentation massive des dépenses militaires (+54 milliards $, soit près de 10 %). «Il s'agira de la plus grande montée en puissance de l'armée de l'histoire de l'Amérique», a-t-il promis.
«Si les capacités technologiques de la Chine sont encore limitées (...), la menace chinoise est réelle si elle ne rencontre aucune force d'équilibre face à elle», note Valérie Niquet, de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).
Quant aux promesses de Trump, «le Parti communiste chinois fait très bien la différence entre les actions et les beaux discours», nuance James Char, de l'Université de technologie de Nanyang, à Singapour. La Chine «ne fera aucun ajustement pour le moment, mais pourrait réévaluer son budget militaire dans l'avenir, en cas d'approbation par le Congrès américain de la proposition» de Donald Trump.