Pour faire face à la surpopulation carcérale, le ministre de la Justice, Alexandre de Moraes (au centre), a rappelé mardi que le gouvernement fédéral avait transféré des fonds publics aux États pour créer 20 000 places supplémentaires pour «séparer les leaders, plus dangereux, des détenus moins dangereux».

La chasse aux fugitifs continue au Brésil

Les autorités brésiliennes recherchaient mardi des dizaines de détenus échappés de deux prisons de Manaus, au nord du pays, au lendemain de la mutinerie qui a fait 56 morts, un massacre d'une extrême violence qui aurait été motivé par une vengeance entre gangs rivaux.
Selon les dernières informations des services de sécurité de l'État d'Amazonie, 54 des 184 détenus qui se sont enfuis ont d'ores et déjà été repris.
Un important dispositif de recherches a été mis en place pour retrouver les 130 fugitifs encore en cavale, avec le blocage des principales voies d'accès aux prisons.
«Nous avons déjà capturé 54 fugitifs et des policiers en repos ont été rappelés. Nous obtenons de nouvelles informations à chaque instant. Nous espérons tous les récupérer d'ici la fin de la semaine pour que tout revienne à la normale», a indiqué mardi après-midi José Fontes, secrétaire de l'État d'Amazonie à la Sécurité publique, lors d'une conférence de presse.
Une mobilisation dont l'efficacité a été mise en doute par une photo publiée sur Facebook par un internaute se présentant comme l'un de ces fugitifs, avec plus de 14 000 «j'aime», sans que son identité n'ait été confirmée officiellement.
«J'arrive, attention les célibataires», a-t-il écrit sous l'une des photos.
Les échos du massacre se sont propagés comme une traînée de poudre dans d'autres établissements pénitentiaires de la région, avec des débuts de mutineries, depuis contrôlés, dans deux d'entre eux.
Par ailleurs, quatre détenus sont morts dans l'Unité pénitentiaire de Puraquequara, autre prison amazonienne, mais les services de sécurité ont expliqué à l'AFP qu'il s'agissait d'un incident «isolé» dû à une bagarre entre détenus.
Angoisse des familles
Le massacre de Manaus est le plus sanglant en 25 ans dans une prison brésilienne, depuis celui de Carandiru, où l'intervention de la police avait fait 111 morts en 1992.
Le bilan extrêmement lourd est assorti de scènes de carnage insoutenables : plusieurs détenus ont été décapités et des piles de corps sans tête ont été trouvées sur place.
L'état des corps complique l'identification des victimes, une épreuve pour les familles. Des dizaines de personnes sont massées depuis lundi devant l'institut médico-légal (IML) dans l'attente d'informations.
«Je veux juste des nouvelles de mon fils, mort ou vif. À la prison, ils ne donnent aucune information. Je ne sais pas où il est, s'il s'est enfui... Tout le monde est dans l'angoisse», déplore Ana Regina, mère d'un détenu, qui s'est confiée à l'AFP devant le grillage de l'IML.
«Ça prend vraiment trop de temps, on sent la puanteur de loin. Mon fils et d'autres jeunes ont été découpés en morceaux, décapités. Je veux juste pouvoir l'identifier au plus vite pour commencer les démarches», réclame Raimundo Castro Leal, père d'un détenu décapité.
Les autorités assurent néanmoins que cette attente devrait prendre fin dans les plus brefs délais. «Tout est sous contrôle, nous allons certainement commencer à rendre les corps dès aujourd'hui», a assuré M. Fontes.
Surpopulation
Le ministère de la Justice a informé mardi que les responsables du massacre étaient en cours d'identification et devraient être transférés dans des prisons fédérales à la sécurité renforcée.
Quelque 130 détenus ont déjà été déplacés dans une prison publique rouverte pour l'occasion, a précisé le gouvernement de l'État d'Amazonie.
D'après les premiers éléments de l'enquête, la tuerie est considérée comme une «vengeance» du groupe local Familia do Norte (FDN), contre le Premier commando de la capitale (PCC), fondé à São Paulo.
Selon la police brésilienne, le FDN a commencé à se structurer en 2007, en réponse aux velléités d'expansion du PCC pour occuper le terrain dans cette région stratégique, à la frontière de la Colombie, du Pérou et de la Bolivie, pour contrôler la route de la cocaïne.
Sur fond de guerre des gangs, ce massacre prend aussi racine dans un autre problème fondamental du Brésil : la surpopulation carcérale, avec un taux d'occupation de 167 % à l'échelle nationale.
Pour faire face à ce problème, le ministre de la Justice, Alexandre de Moraes, a rappelé mardi que le gouvernement fédéral avait transféré des fonds publics aux États pour créer 20 000 places supplémentaires pour «séparer les leaders, plus dangereux, des détenus moins dangereux».