Déplorant les nombreux émeutiers tombés sous les balles policières et la présumée fraude dont il aurait été victime, le candidat défait à l'élection présidentielle au Kenya, Raila Odinga, a exhorté ses partisans à ne pas se rendre au travail lundi.

Kenya: Odinga appelle à ses partisans à la grève

Le leader de l'opposition au Kenya, Raila Odinga, appelle ses partisans à ne pas se présenter au travail, lundi, déplorant les nombreux émeutiers tombés sous les balles des policiers.
Les policiers kényans ont ouvert le feu sur des émeutiers et usé de gaz lacrymogènes contre un convoi de l'opposition, samedi, au lendemain de l'annonce de la victoire électorale du président sortant Uhuru Kenyatta.
Les manifestations, souvent violentes, ont été déclenchées lorsque le candidat adverse, M. Odinga, a dénoncé une fraude électorale. La commission électorale kényane a affirmé que le processus électoral avait été juste et équitable, et des observateurs internationaux ont salué sa gestion du scrutin dans le pays de 45 millions d'habitants.
M. Odinga s'est adressé à une foule, dimanche, à Kibera, un bidonville de Nairobi où des partisans de l'opposition ont combattu des policiers ayant tiré des balles réelles et des gaz lacrymogènes ces derniers jours. ll a soutenu qu'il y avait un «complot pour tuer ses partisans», et a promis une annonce importante, mardi.
Les partisans de Raila Odinga s'étaient déplacés en grand nombre dans le district de Kibera, dans la capitale Nairobi, pour écouter leur champion.
Depuis le scrutin de mardi, 24 personnes seraient tombées sous les balles des policiers, selon un groupe kényan de défense des droits de la personne.
Fillette de 9 ans parmi les victimes
La police a réfuté ce bilan, disant dimanche sur Facebook que les policiers ont tué six «criminels» qui pillaient, étaient violents et attaquaient les policiers au cours des deux derniers jours.
La police a affirmé être au courant et enquêter sur la mort par balle d'une fillette de 9 ans dans un bidonville de Nairobi. M. Odinga a rendu visite dimanche à la mère de la fillette.
M. Kenyatta, dont le père avait été le premier président du pays depuis l'obtention de son indépendance, a remporté le scrutin de mardi avec 54 % des voix, contre 45 % pour M. Odinga.
Le porte-parole du président, Manoah Esipisu, a affirmé dimanche que les manifestations avaient été violentes et illégales, et que toute manifestation pacifique représente un droit garanti par la Constitution et serait protégé par la police.
Tard dimanche, des membres de deux groupes ethniques rivaux - les Luos et les Kikuyus - se sont affrontés à la machette à Mathare, un autre bidonville de Nairobi, selon des témoins. Un journaliste de l'Associated Press dans le secteur a dit avoir vu un Luo avec une blessure profonde de machette à la tête à la suite d'un affrontement avec un Kikuyu.
Bien que la majeure partie du Kenya ait été calme depuis l'élection, la possibilité d'une éclosion de violence entre des communautés est une inquiétude étant donné que plusieurs Kényans ont voté en fonction de leur appartenance culturelle. M. Kenyatta est un Kikuyu, tandis que M. Odinga est un Luo.
Plus de 1000 personnes sont mortes dans des violences alimentées par les conflits ethniques à la suite des élections en 2007 au Kenya. M. Odinga était le candidat défait, et avait été éventuellement désigné premier ministre dans un accord de partage du pouvoir visant à désamorcer les tensions.