Seul Amérindien détenu dans un couloir de la mort fédéral, Lezmond Mitchell doit être exécuté à 16h à la prison de Terre Haute, dans l’Indiana.
Seul Amérindien détenu dans un couloir de la mort fédéral, Lezmond Mitchell doit être exécuté à 16h à la prison de Terre Haute, dans l’Indiana.

Justice tribale ou fédérale? Les Navajos protestent contre l’exécution d’un Amérindien

Cyril Julien
Agence France-Presse
WASHINGTON — Un Navajo doit être exécuté mercredi par les autorités fédérales aux États-Unis pour un double meurtre commis il y a près de 20 ans. Une sentence appliquée au mépris de la souveraineté judiciaire de la nation amérindienne, dénonce cette communauté.

Sauf grâce de dernière minute, Lezmond Mitchell, 38 ans, sera le quatrième condamné à mourir par injection létale depuis la reprise en juillet des exécutions fédérales, interrompues en 2003.

La plupart des crimes commis aux États-Unis sont jugés par les États, certains appliquant la peine capitale, mais la justice fédérale peut se saisir des affaires les plus graves.

Un autre condamné à mort fédéral, Keith Nelson, 45 ans, doit être exécuté vendredi pour l’enlèvement, le viol et le meurtre d’une fillette de 10 ans en 1999.

Seul Amérindien détenu dans un couloir de la mort fédéral, Lezmond Mitchell doit être exécuté à 16h à la prison de Terre Haute, dans l’Indiana.

En 2001, lors d’un vol de voiture avec un complice, il avait poignardé à mort une grand-mère de 63 ans, puis tranché la gorge de sa petite-fille de 9 ans.

Il avait ensuite écrasé le crâne de la fillette à coups de pierre et enterré la tête et les mains des deux victimes.

Les faits s’étant déroulés sur le territoire navajo, dans l’Arizona, et les victimes étant membres de cette tribu, la justice fédérale aurait dû obtenir l’approbation de la Nation navajo pour demander la peine capitale, affirment les responsables communautaires qui se basent sur une loi de 1994 régissant la souveraineté judiciaire des tribus amérindiennes.

Une «faille»

Or les Navajos, qui refusent d’appliquer la peine de mort aux Amérindiens, et la famille des victimes avaient demandé que Lezmond Mitchell soit condamné à perpétuité.

Mais le gouvernement a «exploité une faille» juridique en le condamnant pour «carjacking suivi de mort». Un crime capital hors du champ de la loi, dénoncent les soutiens de M. Mitchell.

Lezmond Mitchell, 38 ans, condamné à mourir par injection létale

«Si cette exécution est menée à son terme, elle créera un précédent selon lequel, peu importe la position souveraine d’une tribu indienne, le gouvernement fédéral peut tuer des Indiens», a fustigé le responsable local Carl Roessel Slater.

Jonathan Nez, le président de la Nation navajo, la plus grande réserve amérindienne des États-Unis, a demandé au président Donald Trump de commuer la peine de Lezmond Mitchell en détention à vie «par respect pour les croyances religieuses et traditionnelles» de la tribu.

Le ministre de la Justice Bill Barr avait annoncé l’année dernière la reprise des exécutions fédérales, faisant écho à la volonté de Donald Trump.

Le milliardaire républicain, candidat à sa réélection le 3 novembre, prône une application plus large de la peine capitale, notamment pour les tueurs de policiers ou d’enfants et les trafiquants de drogue.

Le débat sensible sur la peine de mort montre un soutien érodé dans la population américaine, mais qui reste fort chez les électeurs républicains.

Trois condamnés à mort pour des meurtres d’enfants ont été exécutés en juillet.

Avant eux, seules trois personnes avaient été exécutées au niveau fédéral depuis que cette sentence a été restaurée en 1988, dont Timothy McVeigh, responsable de l’attentat d’Oklahoma City (168 morts en 1995).