À Malaga, dans la province d'Andalousie, comme ailleurs en Espagne, des manifestants en faveur de l'unité espagnole ont défilé dans les rues à la veille du controversé référendum sur l'indépendance de la Catalogne.

Jour J en Catalogne

Des milliers de Catalans devraient se masser dimanche dès l'aube devant des écoles, musées ou maisons de retraite transformés en bureaux de vote pour participer à un référendum d'autodétermination illégal que Madrid a promis d'empêcher, le plus grand défi pour le pouvoir central depuis 40 ans.
Le 6 septembre, les indépendantistes avaient convoqué le référendum malgré l'interdiction de la Cour constitutionnelle et l'absence de consensus au sein de la société catalane.
La région est divisée presque à parts égales sur l'indépendance, mais souhaite majoritairement, à plus de 70 %, un référendum légal et accordé avec l'État.
Une poussée indépendantiste prend de l'ampleur depuis plusieurs années dans cette puissante région autonome du nord-est de l'Espagne, sur fond de dialogue de sourds avec Madrid.
Depuis le 6 septembre ni les poursuites judiciaires ni les arrestations ou perquisitions n'ont dissuadé les séparatistes de cette région, où vivent 16 % des habitants du pays d'organiser le scrutin interdit.
Lors d'un entretien avec l'AFP à quelques heures du scrutin qui devrait se tenir entre 9h et 20h (3h et 14h, heure du Québec), le président séparatiste Carles Puigdemont, qui l'a convoqué, a expliqué ressentir «une grande responsabilité».
«C'est un moment grave», a-t-il dit en confirmant qu'en cas de victoire du oui il y aurait des «décisions politiques» qui pourraient déboucher sur une déclaration d'indépendance entrainant une phase de transition où il négocierait le départ de la Catalogne.
Les conséquences d'une sécession de cette région, qui compte pour 19 % du PIB du pays, au coeur de l'Europe, grande comme la Belgique, sont incalculables, comme celles du Brexit déclenché lui aussi par un référendum, en juin 2016.
Manifs contre la consultation
Elles inquiètent beaucoup d'Espagnols qui sont pour la première fois descendus dans la rue par milliers samedi en fin de journée pour protester contre le référendum à Barcelone, mais aussi à Madrid.
Ils tenaient des drapeaux espagnols, catalans, et de l'Europe et des pancartes sur lesquelles l'on pouvait lire «Catalonia is Spain» («La Catalogne c'est l'Espagne»).
Mais les opposants au référendum interdit de dimanche et ceux qui veulent y participer semblent vivre dans deux mondes parallèles.
Les séparatistes affirment avoir déclenché une «révolution des sourires», et se mobilisent jour après jour avec des slogans aimables, tels «Love democracy» («Amour pour la démocratie») où armés d'oeillets rouges.
Vendredi soir, des militants favorables au référendum ont aussi commencé à occuper des écoles ou autres établissements devant abriter des urnes, décidés à y rester, pour les «protéger» jusqu'à dimanche afin de pouvoir y exercer leur droit à «l'autodétermination».
Le gouvernement de Mariano Rajoy leur répond que ce type de consultation n'est pas prévu par la Constitution sans ne s'être jamais lancé dans un argumentaire plus politique, ce que beaucoup lui reprochent, y compris à droite.
Résistance pacifique
«Résistance pacifique», lançait vendredi soir Hector, un travailleur du BTP âgé de 43 ans qui donnait des consignes aux parents occupant une école du quartier de Gracia, l'un des plus indépendantistes de Barcelone.
«Si la police vient pour vous déloger, nous nous asseyons par terre et nous chantons.»
Alors que le gouvernement central a démantelé 1300 bureaux de vote, des militants pro-référendum occupaient certains locaux afin de s'assurer que les gens puissent voter dimanche.
Selon la préfecture, quelque 160 centres étaient occupés, mais 1300 avaient été fermés. Mais la journée risque de tourner au jeu du chat et de la souris.
Selon une source gouvernementale catalane, les indépendantistes disposent d'urnes en double. Ils ont prévu d'organiser le vote dans toutes sortes d'endroits plus ou moins accessibles : des établissements scolaires, couvents, centres de santé, maisons de retraite, musées...
La police catalane a dans tous les cas pour consigne de se rendre au plus tard à 6h du matin (minuit, heure du Québec) dans ces centres pour inviter les manifestants à en sortir s'ils les occupent et à en barrer l'accès. Les policiers ont reçu l'ordre d'agir avec une grande délicatesse, afin d'éviter des débordements.
Les autorités craignent l'arrivée de groupes d'extrême gauche ou d'extrême droite qui pourrait donner lieu à des débordements et Madrid a dépêché dans la région 10 000 policiers et gardes civils.
«Le président régional Carles Puigdemont [qui a convoqué le scrutin] est en train de provoquer une situation qui a des conséquences difficiles à prévoir», a déclaré le préfet Enric Millo.
Il y aura «une grande mobilisation», mais il ne s'agira en aucun cas d'un «référendum d'autodétermination en bonne et due forme assorti de garanties et ayant des conséquences légales», a-t-il aussi insisté.
«Nous devons terminer ce processus comme nous l'avons commencé, pacifiquement», a déclaré Carles Puigdemont à l'AFP, se voulant rassurant.