Donald Trump

Isolationnisme et désengagement international américain

ANALYSE / Dans son discours inaugural, Donald Trump expliqua clairement sa perception des relations des États-Unis avec le monde. « Nous avons enrichi d’autres pays alors que la richesse, la force et la compétence de notre pays se dissipent à l’horizon. » Par cette affirmation, il démontre une sorte de paranoïa sous-jacente à sa vision globale. Non seulement il fait fi des grandes réalisations économiques des États-Unis au cours des 70 dernières années, mais il démontre ainsi « une capacité effrayante à tordre la réalité au service d’une vision du monde ignorante et pernicieuse ».

Néanmoins, contrairement à la perception de beaucoup d’observateurs, Trump ne dirige pas un navire sans gouvernail. Ses politiques et sa vision du monde sont peut-être rétrogrades, mais elles sont cohérentes. Celles-ci doivent être placées dans un contexte d’autodétermination. C’est cette conviction qui explique la redéfinition qu’il entend donner à la politique étrangère américaine.

Sa vision du monde trouve ses fondements dans la première articulation majeure de la politique étrangère américaine, soit la doctrine de Monroe de 1823 qui étendait la volonté d’indépendance des États-Unis à l’égard des puissances européennes à toutes les Amériques. En établissant le principe de l’autodétermination et de la préservation de soi, Monroe fournissait à Trump le rationnel pour réaffirmer ses principes à l’échelle mondiale.

L’isolationnisme de Trump en politique étrangère se marie aussi à la vieille tradition isolationniste républicaine d’avant la Deuxième Guerre mondiale. Cet isolationnisme tente de canaliser la volonté populaire sous prétexte que les Américains sont plus capables de s’entendre en se concentrant sur eux-mêmes qu’à essayer de conclure des accords avec leurs partenaires et leurs alliés. Sous-jacente à cette vision optimiste de l’isolationnisme se trouve un appel populiste évoquant l’individualisme américain et un désir d’unilatéralisme brutal.

Dans cette perspective isolationniste, les États-Unis devraient rejeter les accords de sécurité collective comme l’OTAN, limiter leur participation à des organisations comme l’ONU, rejeter tout compromis inhérent à des accords sur le contrôle nucléaire iranien ou le PTP, dénoncer toute intervention militaire au nom du « mondialisme » et restreindre l’immigration, y compris celle touchant les réfugiés humanitaires ou politiques.

Plus encore dans l’affirmation du trumpisme comme vision mondiale, où le président américain expose son concept de « l’Amérique d’abord », ce qui est frappant, c’est sa manière de faire. Personne dans l’histoire américaine n’a jamais parlé au reste du monde ainsi. Il brise même les normes de civilité américaine adoptant un ton nationaliste belliqueux et menaçant de chaos ceux qui ne pensent pas comme lui.

Par son ton abrasif et ses comportements intempestifs erratiques, Trump a recours à un rejet renversant d’une diplomatie sage. Habituellement, les véritables progrès en politique étrangère sont réalisés par une persistance tranquille, évitant de recourir à des menaces bruyantes. Mais ce n’est pas le genre de diplomatie que Trump désire mener.

Plus encore, il affaiblit le leadership américain dans le monde en tenant des propos incendiaires aux États-Unis. En s’attaquant aux tribunaux, aux médias ou aux agences de renseignements, il discrédite à l’extérieur les valeurs démocratiques américaines. Plus encore, en tenant des discours à saveur raciste et en polarisant la politique intérieure, il mine le modèle américain alors même que partout dans le monde, les défenseurs de la démocratie et des droits de l’Homme comptent sur le soutien américain.

Ce désengagement international est sans pareil dans l’histoire américaine. Les effets tangibles consistent dans une tentative de transformer le rôle de l’Amérique dans le monde et de remodeler le système international lui-même. Pourtant, les défis transnationaux sont plus complexes que jamais. Le monde a besoin des États-Unis pour lutter contre le terrorisme, protéger l’environnement, endiguer les pandémies, contrer les cyberattaques et contrôler la prolifération nucléaire.

Toutefois, il se montre incapable d’être à la hauteur de la tâche qu’il a accepté d’assumer. Par exemple, il ne peut comprendre comment l’aide étrangère s’inscrit dans l’intérêt national américain. Aussi, ne montrant aucune compassion, il menace de couper cette aide à tout pays, y compris ceux souffrant de catastrophes humanitaires, si ces derniers n’adhèrent pas à ses politiques.

Alors que les démocraties sont assaillies de toutes parts dans le monde, Trump se montre incapable de défendre les valeurs démocratiques et de promouvoir les droits humains. Pire encore, il ne cesse de faire l’éloge des hommes forts et des dictateurs. Encouragés par le président américain, les dirigeants autoritaires, qu’ils soient en Europe, en Asie ou en Amérique latine, répriment brutalement les oppositions et transforment leur pays en un État hobbesien.

Au lieu de fournir un leadership prudent, Trump utilise l’arène mondiale comme une scène pour vociférer des insultes aux autres leaders mondiaux. Sous sa gouvernance, même ses alliés traditionnels cessent d’être perçus comme des partenaires pour devenir des adversaires.

Ce que Trump ne semble pas réaliser, c’est comment son isolationnisme et son désengagement international sont à courte vue. Cela pouvait peut-être se justifier au 19e siècle, alors que les États-Unis étaient une puissance de second ordre. Mais c’est complètement inapproprié au 21e siècle, alors que les États-Unis sont devenus la seule superpuissance. Ce dont les États-Unis et le reste du monde ont besoin, ce n’est pas un désengagement, mais un engagement responsable.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.