Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo
Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo

Iran : Pompeo espère que Biden fera « bon usage » de sa « pression maximale »

Francesco Fontemaggi
Agence France-Presse
ABOU DHABI — Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a profité de sa tournée au Moyen-Orient, probablement la dernière, pour marteler sa politique de « pression maximale » face à l’Iran, qu’il promet de durcir jusqu’au bout, dans l’espoir que le futur président Joe Biden en fera « bon usage ».

« Cette administration est là jusqu’au 20 janvier » et « elle continuera à mettre en œuvre ses politiques jusqu’à la fin », a assuré un haut responsable du département d’État à Abou Dhabi.

« J’espère que ce rapport de forces favorable que l’administration tente tellement d’obtenir », le prochain gouvernement américain « en fera bon usage pour pousser les Iraniens à se comporter comme un pays normal », a-t-il insisté, sous couvert de l’anonymat, semblant reconnaître en creux que le pouvoir passerait bien au démocrate.

Bien entendu, de Joe Biden, il n’en a publiquement pas été question lors de ce voyage en Israël, aux Émirats arabes unis et au Qatar, qui doit se conclure dimanche par une escale en Arabie saoudite à la rencontre du prince héritier Mohammed ben Salmane.

D’autant qu’avant de partir, Mike Pompeo avait évoqué, contre toute évidence, l’hypothèse d’une « seconde administration Trump », le président républicain sortant refusant toujours d’admettre sa défaite.

Mais dans les faits, la diplomatie trumpiste semble avant tout avoir voulu enfoncer le clou, notamment dans sa stratégie concernant l’Iran, en vue de l’alternance à Washington.

Dans tous ses entretiens, Mike Pompeo a insisté sur la nécessité de combattre « l’influence néfaste de l’Iran ». À Jérusalem, il a publié un communiqué pour affirmer que « la campagne de pression maximale contre le régime iranien continue d’être extraordinairement efficace ».

« Nouvelles sanctions » 

« Dans les prochaines semaines et mois, nous allons imposer de nouvelles sanctions à l’Iran », a-t-il prévenu, mettant par la même occasion en garde ceux qui seraient tentés de revenir en arrière.

Donald Trump a rétabli puis durci depuis 2018 les sanctions anti-iraniennes après avoir retiré Washington, au grand dam de ses alliés européens, de l’accord international signé trois ans plus tôt avec Téhéran pour l’empêcher de se doter de l’arme nucléaire, le jugeant insuffisant.

Son secrétaire d’État avait alors énoncé douze conditions pour conclure un « meilleur accord », mais l’Iran ne s’est plié à aucune d’entre elles, et a commencé à se désengager de ses restrictions atomiques.

Malgré cet échec, l’administration Trump clame que la « pression maximale » est un « énorme succès ». Elle a « privé le régime de milliards de dollars de revenus qu’il aurait redistribués à ses milices régionales », a plaidé dimanche le haut responsable à Abou Dhabi.

Avant la présidentielle du 3 novembre, Joe Biden s’était lui dit prêt à réintégrer l’accord sur le nucléaire iranien, à condition que Téhéran revienne « à un respect rigoureux de ses engagements ».

Depuis, Téhéran a multiplié les appels du pied, promettant justement de revenir « automatiquement » dans les clous de l’accord si le futur président lève les sanctions.

Rumeurs d’actions spectaculaires

Les détracteurs du gouvernement républicain l’accusent de vouloir rendre l’escalade avec l’Iran irréversible afin que le démocrate soit empêché de renouer le dialogue.

Au-delà des sanctions, les spéculations vont en effet bon train dans la région sur des actions plus spectaculaires que l’administration Trump pourrait entreprendre dans ses dernières semaines.

Le haut responsable qui accompagne Mike Pompeo n’a pas souhaité confirmer ni infirmer la possibilité d’inscrire les rebelles Houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, sur la liste noire des « organisations terroristes »

Une telle mesure risque, selon des ONG mais aussi des élus démocrates américains, de paralyser l’acheminement de l’aide dans un pays déjà en proie à la pire crise humanitaire au monde selon l’ONU.

« Nous aimerions que les Houthis négocient de bonne foi avec les Saoudiens et avec le représentant de l’ONU », a-t-il seulement dit, laissant entendre qu’un tel geste pourrait permettre d’éviter la mise à l’index.

La crainte n’est pas non plus dissipée face à l’hypothèse, non confirmée, de possibles frappes américaines contre des sites nucléaires iraniens.

« Toutes les options sont sur la table », a, là aussi, assuré le haut responsable, comme l’avait dit Mike Pompeo dans un entretien au Jerusalem Post deux jours plus tôt.