Inquiétude après la saisie des correspondances d’une journaliste

WASHINGTON — Les organisations de défense des médias se sont inquiétées vendredi des risques pour la liberté de la presse après la saisie par la justice de correspondances d’une journaliste dans le cadre d’une enquête sur des fuites d’informations sensibles.

Le ministère de la Justice a annoncé jeudi soir l’inculpation de James Wolfe, un ex-membre de la commission du Renseignement au Sénat de 58 ans, accusé d’avoir menti aux enquêteurs sur ses contacts avec trois journalistes.

Pour l’enquête, la justice a saisi des correspondances provenant de deux comptes de messagerie électronique et du téléphone portable de la journaliste du New York Times Ali Watkins, a indiqué le quotidien.

Mme Watkins avait une relation amoureuse avec M. Wolfe depuis trois ans, ce qu’il avait nié devant les enquêteurs du FBI en 2017.

Cette affaire suscite des inquiétudes concernant les menaces sur la liberté de la presse et la protection des sources, et pose en même temps une question d’éthique sur les relations entre un journaliste et une source. Elle intervient également alors que le président américain Donald Trump a mis en garde ceux qui, au sein de son équipe, organisent des fuites vers la presse, les traitant de «traîtres».

L’Institut sur la liberté de la presse a estimé sur Twitter que la saisie de documents est «une violation des libertés du premier amendement» de la Constitution.

«La liberté de la presse est le fondement de la démocratie et nous pensons que les communications entre les journalistes et leurs sources doivent être protégées», a renchéri la porte-parole du New York Times Eileen Murphy.

La saisie «va mettre en danger la capacité des journalistes de promettre la confidentialité à leurs sources et, au bout du compte, la capacité de la presse libre de faire la lumière nécessaire sur les actions du gouvernement», a-t-elle ajouté.

La saisie des données de Mme Watkins «aura un effet dissuasif sur le travail des journalistes d’investigation», a pour sa part déploré le représentant de l’OCSE pour la liberté des médias, le Français Harlem Désir.

Selon Stephen Ward, fondateur du Centre d’éthique du journalisme au sein de l’université du Wisconsin, cette relation intime «crée un conflit d’intérêts et toutes sortes de problèmes quand elle est rendue publique», notamment sur l’intégrité des journalistes.

Sous l’administration Obama, un journaliste du New York Times avait déjà été inculpé pour son refus de révéler la source d’une information, mais les charges avaient finalement été abandonnées.