Environ 2000 personnes auraient été arrêtées à travers la France lors de la plus récente journée de protestation des gilets jaunes.

«Gilets jaunes»: Macron sous pression

PARIS — Les attractions touristiques de Paris ont rouvert leurs portes, dimanche, alors que des employés municipaux et les propriétaires de commerces ramassaient des éclats de verre et d’autres débris un jour après que des affrontements entre les policiers de l’escouade antiémeute et des manifestants arborant des gilets jaunes eurent fait 71 blessés et bien des dommages dans la capitale française.

La principale cible de la colère des protestataires, le président Emmanuel Macron, a brisé son silence samedi soir en exprimant sur Twitter sa reconnaissance envers les forces de l’ordre. M. Macron continue toutefois de faire l’objet de pressions pour proposer de nouvelles solutions afin de calmer le jeu. 

Le chef de l’État s’adressera aux Français lundi à 20h, a annoncé dimanche la présidence, sa première intervention publique depuis le 1er décembre.

Il va présenter «des mesures concrètes et immédiates», selon la ministre du Travail Muriel Pénicaud, qui a cependant écarté tout «coup de pouce» supplémentaire au salaire minimum, le SMIC, une des revendications fréquentes de gilets jaunes.

Une semaine après les images sidérantes d’émeutes en plein Paris, et en dépit des nombreuses mises en garde des autorités, les manifestants de ce mouvement populaire inédit ont encore défilé samedi dans la capitale française et plusieurs villes de province, éprouvées pour certaines par des débordements et des dégradations importantes.

Les autorités françaises ont déployé quelque 89 000 policiers, mais n’ont pas réussi à dissuader les contestataires de descendre dans les rues. Environ 130 000 gilets jaunes ont manifesté à travers le pays samedi, dénonçant le coût de la vie trop élevé, le penchant du président Macron pour l’élite et ses tentatives pour moderniser trop rapidement l’économie de la France.

Les heurts ont fait 135 blessés à travers la France, dont 71 à Paris.

Pour tenter d’éviter les scènes de guérilla urbaine du 1er décembre en plein cœur de la capitale, les forces de l’ordre ont procédé la veille à un nombre record de près de 2000 interpellations sur l’ensemble du territoire français, dont une majorité à Paris, selon le ministère de l’Intérieur.

Avocats critiques

Ce nombre était vivement critiqué dimanche par des avocats en France, qui dénoncent leur caractère parfois préventif, avant toute infraction.

«On a interpellé des gens qui voulaient simplement aller manifester. [...] Lorsqu’on interpelle des gens qui n’ont rien fait, simplement parce que l’on considère qu’ils ont des intentions dangereuses, on change de régime, on change de paradigme», a estimé sur Franceinfo Me Arié Alimi, avocat à Paris et membre de la Ligue des droits de l’homme.

Chez les forces de l’ordre, on faisait valoir que des boules de pétanque, des armes blanches ou des bâtons ont pu être saisis en amont lors de contrôles en gare, dans la rue ou aux péages des autoroutes menant à Paris.

Crédibilité ébranlée

Les manifestations de samedi ont été un coup dur pour Emmanuel Macron, qui avait fait volte-face la semaine dernière en renonçant à la hausse des taxes sur l’essence, mesure qui avait donné naissance au mouvement des gilets jaunes en novembre.

Ce revirement a ébranlé la crédibilité de M. Macron auprès des militants pour la lutte contre les changements climatiques et les investisseurs étrangers sans apaiser les gilets jaunes, qui doivent leur nom à la veste de sécurité jaune fluorescent que les automobilistes français sont tenus de conserver dans leur véhicule.

Le mouvement, fort hétéroclite, a maintenant de nouveaux objectifs, dont taxer les riches pour augmenter le salaire minimum et forcer Emmanuel Macron, un ancien banquier et économiste âgé de 40 ans, à donner sa démission.

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PARIS DEMANDE À TRUMP DE NE PAS SE MÊLER DE POLITIQUE INTÉRIEURE FRANÇAISE

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a invité dimanche le président américain Donald Trump, qui a commenté par une série de tweets critiques le mouvement des Gilets jaunes en France, à ne pas se mêler de politique intérieure française.

«Je dis à Donald Trump et le président de la République (Emmanuel Macron) lui a dit aussi : nous ne prenons pas parti dans les débats américains, laissez-nous vivre notre vie de nation», a-t-il déclaré dans l’émission Le Grand Jury AFP