Le ministère de l'Intérieur a recensé 46 600 manifestants en France dont 5800 à Paris (contre 41 000 et 5000 respectivement samedi dernier), des chiffres contestés par les «gilets jaunes».

France: les «gilets jaunes» toujours mobilisés pour la 15e fois

PARIS — Sur les pelouses du château de Chambord ou les Champs-Élysées à Paris, les «gilets jaunes» ont à nouveau manifesté samedi en France, pour la quinzième fois, mobilisant davantage que la semaine précédente.

Le ministère de l'Intérieur a recensé 46 600 manifestants en France dont 5800 à Paris (contre 41 000 et 5000 respectivement samedi dernier), des chiffres contestés par les «gilets jaunes».

Cette fronde populaire contre la politique d'Emmanuel Macron avait amorcé une lente décrue depuis un mois.

«À tous ceux qui pensent que la mobilisation s'essouffle je dis "regardez, ouvrez les yeux", a dit à l'AFP Céline, une Toulousaine de 46 ans. C'est une immense colère et il n'y a pas de retour en arrière possible.»

«Non, le mouvement ne s'essouffle pas, et je pense que ça peut durer», assurait Jérémy Desbois, ouvrier de 22 ans, dans le cortège parisien.

Les «gilets» étaient 282 000 à manifester le 17 novembre quand ils ont lancé leur mouvement.

La plupart des manifestations se sont déroulées samedi dans le calme mais quelques heurts ont éclaté dans certaines villes lors de la dispersion des cortèges, comme chaque week-end quasiment. À Toulouse (sud-ouest), les forces de l'ordre ont été la cible de «cocktails molotov», selon la préfecture.

En fin de journée, des sources policières et les préfectures ont fait état d'interpellations dans de nombreuses villes, dont 28 à Paris.

«La violence, toujours. Les exactions commises en marge des rassemblements de Clermont-Ferrand, Rouen, Montpellier... sont intolérables», a dénoncé sur Twitter le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.

Il a salué de nouveau «l'action» des forces de l'ordre «intervenues avec sang-froid et détermination alors même qu'elles étaient violemment prises à partie».

Depuis plusieurs semaines, les manifestants dénoncent de leur côté les violences policières. Près de 2000 manifestants ont été blessés et les blessés les plus graves mettent en cause des armes controversées utilisées pour le maintien de l'ordre, comme le lanceur de balles de défense ou les grenades de désencerclement.

En plus de trois mois de mouvement, les autorités ont concédé des mesures pour le pouvoir d'achat se chiffrant à plus de dix milliards d'euros, puis ont lancé un «grand débat national» : à travers la France, il est destiné à permettre aux mécontents d'évoquer les raisons de leur colère. Mais il reste à définir comment ces doléances seront prises en compte.

«Il y a peut-être moins de monde dans la rue mais les gens continueront à sortir si rien n'évolue à la fin du grand débat», a averti Lucia Ferrera, une «gilet jaune» infirmière de 33 ans.

Baraques à frites au château

Pour relancer leur mouvement, les «gilets» s'essaient à de nouvelles formes de protestation : un millier d'entre eux ont pique-niqué dans une ambiance festive et sous un soleil printanier sur la pelouse du château de Chambord (centre), haut lieu touristique.

Des heurts sporadiques ont éclaté à Paris, Rennes (nord-ouest), Lyon (centre-est) et à Clermont-Ferrand (centre) où environ 2500 manifestants ont défilé dans une ville barricadée par crainte des violences.

Les vidéos des récents heurts et des pillages ont fait le tour du monde, écornant l'image de la France, première destination touristique de la planète.

Les accusations d'antisémitisme, notamment après des insultes proférées contre l'intellectuel Alain Finkielkraut lors d'une manifestation de «gilets jaunes», ont également terni le mouvement.

Mais, dans les cortèges, certains participants tenaient à arborer des slogans démentant toute haine antijuive. «Ni raciste, ni antisémites, ni homophobes, anticapitalistes», pouvait-on lire sur un carton épinglé dans le dos de deux manifestants retraités à Marseille (sud-est).

***

Dans un discours de près d'une heure devant 500 personnes dont des étudiants de filières agricoles, le président Emmanuel Macron a promis «de ne rien lâcher», défendant «la force du modèle français» et plaidant pour une Politique agricole commune «réinventée».

MACRON PROMET DE «NE RIEN LÂCHER»

PARIS — Emmanuel Macron s'est employé samedi à rassurer des agriculteurs toujours inquiets sur leur avenir en se présentant comme «un patriote» défenseur du modèle agricole français dans la future Politique agricole commune (PAC), un message accueilli plutôt favorablement dans les allées du salon de l'Agriculture.

Dans un discours de près d'une heure devant 500 personnes dont des étudiants de filières agricoles, le président de la République a promis «de ne rien lâcher», défendant «la force du modèle français» et plaidant pour une PAC «réinventée», seule capable de garantir aux consommateurs européens «une alimentation accessible et de qualité».

«L'Europe agricole aujourd'hui est menacée de l'extérieur», face aux grandes puissances comme la Russie, la Chine ou les États-Unis, mais aussi «de l'intérieur», a-t-il estimé, revendiquant une «souveraineté alimentaire, environnementale et industrielle» du continent européen.

«On va attendre les actes, mais il semble avoir compris la problématique agricole», a réagi Samuel Vandaele, du syndicat des Jeunes Agriculteurs.

Pas du tout du même avis, Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement national, a dénoncé, dans un communiqué, «un discours mensonger» du président qui «s'est bien gardé d'expliquer que son grand projet de "PAC ambitieuse" est en totale opposition avec la réforme actuelle portée par Berlin et Bruxelles».

Présent à Paris, le commissaire européen à l'Agriculture, l'irlandais Phil Hogan, a affirmé à l'AFP «partager beaucoup» de la vision d'Emmanuel Macron, «en particulier sur la viabilité des agriculteurs, la transition écologique et la modernisation» de la PAC.

«Une part significative de la PAC» devra «être consacrée à l'environnement», a encore estimé M. Macron, alors que les négociations sur la future PAC commencent à peine et que le scrutin des européennes se rapproche (du 23 au 26 mai).

Emmanuel Macron, applaudi à son arrivée dans les pavillons du salon par une délégation de militants de La République en Marche, a ensuite entamé sa déambulation, premier véritable bain de foule du président de la République depuis le début du mouvement des «gilets jaunes».

Goûtant l'exercice, il a largement débordé du programme prévu pour défendre les actions déjà lancées par le gouvernement, comme la loi alimentation censée équilibrer les marges entre agriculteurs, industriels et distributeurs.

«Gilets jaunes» quasi absents

La crainte de voir des «gilets jaunes» perturber la visite du président ne s'est pas matérialisée : Eric Drouet, une des figures du mouvement, a échoué dans sa tentative d'«approcher» le président et est reparti rejoindre l'acte 15 des gilets dans le centre de Paris.

Le chef de l'État s'est toutefois fait interpeller en début d'après-midi par un homme brandissant un gilet, a constaté l'AFP. «Je suis un gilet jaune tranquille, je ne suis pas méchant. Sortez un peu de votre bulle, monsieur Macron», lui a lancé le militant.

Un peu plus tôt, un autre «gilet jaune» de 32 ans, prénommé Jonathan, a été éloigné promptement du périmètre présidentiel après avoir brandi un gilet jaune avec l'inscription «oui au RIC», le référendum d'initiative citoyenne.

Le salon, qui dure neuf jours, attend entre 650 000 et 700 000 visiteurs.