Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, François Fillon et Benoît Hamon

France: le club des cinq candidats

En France, l'humeur électorale semble particulièrement volatile. Même qu'à la veille du premier tour de l'élection présidentielle, les résultats s'annoncent totalement imprévisibles.
Quatre candidats possèdent des chances raisonnables de faire partie des deux finalistes qui s'affronteront au second tour, le 7 mai. Les enjeux apparaissent énormes.
Selon un sondage Ispos-Sofra, près de 60 % des Français entretiennent de sérieux doutes sur le fonctionnement de la démocratie dans leur pays. Et l'attentat survenu jeudi, sur les Champs-Élysées à Paris, ne fait qu'ajouter à l'incertitude.
Depuis des mois, les candidats remettent beaucoup de choses en question. Y compris l'adhésion de la France à l'Union européenne. Mais qui sont-ils? Que proposent-ils? Qui sont leurs électeurs?
À 24 heures de l'ouverture des bureaux de vote, Le Soleil propose un bref survol de la campagne des cinq principaux candidats. Des chiffres, des infos et des anecdotes pour mieux comprendre un club sélect qui veut faire mentir l'ancien premier ministre Georges Clémenceau, lorsqu'il déclarait: «La vie m'a appris qu'il y a deux choses dont on peut très bien se passer: la présidence de la République et la prostate.»
Emmanuel Macron, le jeune premier
Emmanuel Macron, 39 ans, candidat du mouvement En Marche!
Surnoms: Le petit marquis poudré, M. Couac 40 (clin d'oeil à l'indice boursier CAC 40), Tullius Detritus (c. f. Astérix), Big Chouchou et Emmanuel Hollande (pour le rapprocher du président Hollande).
Portrait de campagne: Emmanuel Macron, c'est le gentil garçon que tous les bons parents rêvent d'avoir comme gendre. En France, on le compare à Justin Trudeau, ce qui passe pour un compliment. D'emblée, Monsieur s'impose comme un expert du grand écart politique. Son mouvement En Marche! ne se réclame ni de la gauche, ni de la droite. Plutôt du «progrès». Et le candidat se présente comme un politicien neuf, même s'il était ministre de l'Économie jusqu'à l'an dernier. Il est vrai que depuis qu'il occupe la première position dans les sondages, M. Macron subit les tirs croisés de ses adversaires, tel un canard peint en jaune fluo, le jour de l'ouverture de la chasse. Le Front national le présente comme le «Big Chouchou» des médias et des élites. De plus, il a failli trébucher lorsqu'il a qualifié la colonisation française de «crime contre l'humanité». Reste que le favori a la couenne dure. La preuve, il survit au soutien de nombreux politiciens de carrière, incluant l'appui quasi officiel du président Hollande. Pour n'importe qui d'autre, cela équivaudrait au baiser de la mort.
Son programme en quatre points: Baisse des impôts des entreprises. Construction de 80 000 logements pour les jeunes. Abolition de 120 000 postes de fonctionnaires. Embauche de 10 000 policiers et gendarmes.
Qui vote Macron? Le pro-européen Macron séduit plus de 40 % des électeurs socialistes qui ont élu François Hollande, en 2012.
La citation: «Je suis maoïste, car pour Mao, un bon programme c'est ce qui marche.» (2 mars)
Marine Le Pen, l'incendiaire
Marine Le Pen, 48 ans, candidate du Front national (FN)
Surnoms: Jean Marine (référence à son père, Jean-Marie), Madame Frexit, la Dame aux caméras, le Déménageur.
Portrait de campagne: Depuis des années, Marine Le Pen veut briser l'image d'extrémisme qui colle au Front national. Elle joue à fond la carte de la respectabilité. Trop? Au début, sa campagne se contentait de surfer sur la vague de mécontentement. Mais dès qu'elle a glissé dans les sondages, Madame a durci le ton. Elle est revenue au fonds de commerce du FN, qui fait rimer les mots «immigration» et «terrorisme». Elle a même suggéré que sous sa gouverne, les attentats de Nice et de Paris n'auraient pas eu lieu. Pas sûr que cela suffira à faire oublier les soupçons de financement illégal qui pèsent sur elle. Mais ça ne fait rien. Elle a rangé ses discours rassurants pour s'adresser à la France «oubliée». Récemment, la candidate a promis, sur le ton euphorique de celle qui aperçoit la Terre promise, après avoir vidé le bol de ti-punch: «L'Union européenne va mourir»!
Son programme en quatre points: Organisation d'un référendum sur l'appartenance à l'Union européenne. Sortie de la zone monétaire euro. Moratoire sur l'immigration. Retour de la retraite à 60 ans.
Qui vote Le Pen? Le Front national est solidement implanté chez les ouvriers (39 %) et les agriculteurs. Mais il peine à séduire les plus de 65 ans (12 %), qui constituent le tiers de l'électorat.
La citation: «La peur va changer de camp, le respect va revenir, la tranquillité va revenir.» (17 avril)
François Fillon, le survivant
François Fillon, 63 ans, candidat des républicains
Surnoms: Courage Fillon (jeu de mots avec l'expression «Courage, filons!»), Mister Nobody, le Planqué, François Fictif, Droopy (le chien endormi dans les dessins animés de Bugs Bunny).
Portrait de campagne: Il y a quelques mois, François Fillon semblait promis à la présidence. Il avait même triomphé du grand favori de la droite, Alain Juppé. Et puis? Le ciel lui est tombé sur la tête, lorsque Le Canard Enchaîné a suggéré que sa femme Pénélope avait occupé plusieurs emplois fictifs, payés avec des fonds publics. Pour le M. Propre qui répétait qu'un président doit être «irréprochable», le coup était dévastateur. Plusieurs alliés l'ont quitté. À la fin, Fillon a pourtant survécu à la tempête. Il en est ressorti métamorphosé. À défaut d'être populaire, il promet désormais d'être efficace. Comme un sirop contre la grippe au goût horrible, mais qui guérit. «Je ne vous demande pas de m'aimer, je vous demande de me soutenir,» a-t-il précisé. Conservateur du style Margaret Thacher, il se présente comme la seule option contre l'extrémisme ou le statu quo. «Si vous ne votez pas pour moi, vous aurez Marine Le Pen ou un nouveau François Hollande.»
Son programme en quatre points: Abolition de 500 000 postes de fonctionnaires. Baisse des impôts, y compris sur les grandes fortunes. Renforcement du contrôle des frontières.
Qui vote Fillon? Le candidat des républicains fait un malheur chez les 65 ans et plus, qui le soutiennent à plus de 37 %. Par contre, chez les 18-50 ans, il recueille à peine 10 % des voix.
La citation: «Je ne suis pas autiste, je vois bien les difficultés. J'entends bien les critiques. [...] Mais il y a une chose que je constate c'est qu'il n'y a pas d'alternative.» (5 mars)
Jean-Luc Mélenchon
Jean-Luc Mélenchon, 65 ans, candidat de la France insoumise
Surnoms: Mao-lenchon, Méluche, Méchant con.
Portrait de campagne: En 2012, lors de la dernière campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon était toujours en colère. Aussi chaleureux qu'une porte de prison. Cinq ans plus tard, il a corrigé le tir. Il apparaît plus relax. Il choisit un vocabulaire plus simple. Il arrive parfois à être drôle! L'ancien sénateur de 65 ans pousse l'audace jusqu'à utiliser des hologrammes, pour agrémenter ses meetings. Un vrai roi de la techno. Et ça marche. Le Mélenchon nouveau attire des foules imposantes, avec des discours enflammés, dignes d'un Bernie Sanders gavé d'amphétamines. À gauche de la gauche, il veut une autre république. Il prône la fin des traités de libre-échange et la redistribution drastique de la richesse. En Allemagne, le quotidien Süddeutsche Zeitung lui a rendu cet hommage ironique: «Il est un peu plus supportable que Le Pen, dans la mesure où il ne s'en prend pas aux immigrés.»
Son programme en quatre points: Nouvelle constitution pour remplacer la république actuelle, qualifiée de «monarchie présidentielle». Refus des traités de libre-échange. Imposition à 90 % de la part de revenu annuel excédant 400 000 euros [570 000 $ CAN]. Sortie de l'OTAN.
Qui vote Mélenchon? Jean-Luc Mélenchon réalise son meilleur score chez les électeurs de moins de 35 ans. Mais il ne dépasse pas 10 % chez les autres catégories d'âge.
La citation: «La démocratie française est malade des privilèges, de l'argent-roi et de la collusion entre politique et finance. Une caste de privilégiés, coupée des réalités de la vie du peuple, a confisqué le pouvoir.» (18 mars)
Benoît Hamon, l'infortuné
Benoît Hamon, 49 ans, candidat du Parti socialiste
Surnoms: Benoît 1er (parce que sa nomination à la tête des socialistes lui serait montée à la tête), le joyeux naufragé, le petit Ben.
Portrait de campagne: Dès le début, Benoît Hamon a voulu prendre ses distances avec l'équipe du président Hollande. «Je ne suis pas l'un d'entre eux», répétait-il. Peine perdue. Il a été entraîné au fond du gouffre par le Parti socialiste moribond. Faut-il énumérer les trahisons? Monsieur s'est fait planter assez de couteaux dans le dos pour se constituer une imposante batterie de cuisine. Et le coup le plus terrible a été asséné par Emmanuel Valls, l'ancien premier ministre, qui a rejoint Emmanuel Macron. Depuis, le candidat socialiste ressemble au pompier chargé d'éteindre un incendie avec le contenu d'un dé à coudre. Il y a un mois à peine, il vantait son virage écologiste. Mieux, il appelait toute la gauche à se rallier à ses propositions audacieuses. Aujourd'hui, il apparaît en chute libre. Sera-t-il pulvérisé à l'arrivée? Résigné, Monsieur espère ne pas descendre sous la barre des 10 %. Un score catastrophique, qui pourrait sonner le glas du Parti socialiste.
Son programme en quatre points: Établissement d'un revenu minimum garanti de 600 euros par mois [860 $ CAN]. Embauche de 40 000 enseignants. Plan de 100 milliards d'euros sur 5 ans [145 milliards $ CAN] pour la rénovation urbaine et énergétique. Taxe sur les robots, pour le reclassement des salariés.
Qui vote Hamon? La base électorale du candidat socialiste a fondu comme une boule de neige en enfer. Il ne rassemblerait plus que 15 % des électeurs socialistes de 2012.
La citation: «[Mes adversaires] ne pensent qu'au pouvoir. Je ne pense qu'à mon devoir.» (19 mars)