Julian Assange a été arrêté jeudi matin et emmené de force par la police hors de l'ambassade d'Équateur où il avait trouvé refuge il y a sept ans pour échapper à un mandat d'arrêt britannique pour des accusations de viol et d'agression sexuelle en Suède qu'il a toujours niées.

Extradition possible d'Assange vers les États-Unis: le Rapporteur de l'ONU sur la torture inquiet

EVILARD — Le Rapporteur de l'ONU sur la torture a dit vendredi craindre que Julian Assange ne puisse pas bénéficier d'un «procès équitable» aux États-Unis, alors que la justice américaine demande son extradition pour «piratage informatique».

Nils Melzer, qui est également professeur de droit international, estime aussi que l'Équateur n'a pas respecté les «droits procéduraux» du fondateur de WikiLeaks lors de son expulsion jeudi de l'ambassade équatorienne à Londres.

«Nous avons de grandes inquiétudes, au sein de la communauté des défenseurs des droits humains, concernant les droits fondamentaux de M. Assange. Nous sommes très inquiets de la manière dont ils seront respectés lorsqu'il sera éventuellement extradé vers les États-Unis», a déclaré M. Melzer, dans une interview à l'AFP.

«Ma principale préoccupation est qu'il puisse être extradé vers les États-Unis, où il s'agit d'un cas très politisé, a-t-il insisté, indiquant que des normes très élevées doivent donc être demandées pour [...] qu'il puisse bénéficier d'un procès équitable.»

M. Melzer a estimé que si M. Assange était extradé aux États-Unis, il serait «exposé aux pratiques de détention en vigueur aux États-Unis», dont certaines sont «très problématiques».

«De toute évidence, il s'agit d'une affaire impliquant la sécurité nationale et les États-Unis au cours de la dernière décennie ne se sont malheureusement pas révélés être un État sûr en ce qui concerne l'interdiction de la torture dans des affaires impliquant la sécurité nationale», a souligné l'expert suisse.

Règles pas respectées

Julian Assange a été arrêté jeudi matin et emmené de force par la police hors de l'ambassade d'Équateur où il avait trouvé refuge il y a sept ans pour échapper à un mandat d'arrêt britannique pour des accusations de viol et d'agression sexuelle en Suède qu'il a toujours niées.

Il a été présenté dans l'après-midi même au tribunal londonien de Westminster. Un juge l'y a reconnu coupable de soustraction à la justice, un délit passable d'un an de prison. Sa peine sera prononcée à une date qui n'a pas été communiquée.

Outre le mandat d'arrêt britannique, Assange fait face à une demande d'extradition américaine pour «piratage informatique». L'Australien a refusé jeudi cette extradition. La demande américaine sera examinée au cours d'une audience le 2 mai.

Pour M. Melzer, le retrait de la nationalité équatorienne d'Assange, son expulsion de l'ambassade et son arrestation par la police britannique ont «montré que les règles de droit ne sont pas respectées».

«Ce sont des décisions qu'un État peut théoriquement prendre. Mais dans un État de droit, ce genre de mesures doit être pris dans le cadre d'une procédure susceptible de recours et d'appels et nous pouvons clairement constater que plusieurs raccourcis ont déjà été pris», a fait valoir le Rapporteur.

«Cela ne me donne donc pas confiance quant au fait que ses droits seront respectés au cours de la procédure judiciaire à venir», a-t-il averti.

Les Rapporteurs spéciaux de l'ONU sont mandatés par le Conseil des droits de l'Homme des Nations unies, mais ils ne parlent pas au nom de l'ONU même s'ils reçoivent une aide logistique des Nations unies.

La Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Michelle Bachelet, n'a pas condamné la détention de l'Australien, mais sa porte-parole, Ravina Shamdasani, a indiqué aux journalistes que Mme Bachelet s'attend à ce que «toutes les autorités compétentes veillent à ce que le droit de M. Assange à un procès équitable soit respecté».