Au moins 116 diplomates russes ont été expulsés au même moment par 23 pays. Sur la photo, l’ambassade de Russie à Varsovie, en Pologne.

Expulsion «concertée» de 116 diplomates russes

WASHINGTON — Les États-Unis ont annoncé lundi «la plus importante expulsion» d’«espions» russes de l’histoire, dans des représailles coordonnées inédites du camp occidental qui replongent le monde au temps de la Guerre froide, en réponse à l’empoisonnement d’un ex-agent russe au Royaume-Uni.

Par solidarité avec le Royaume-Uni, et à l’instar d’autres capitales occidentales, Ottawa a quant à lui annoncé lundi l’expulsion de quatre diplomates russes.

De plus, trois demandes supplémentaires de personnel diplomatique présentées par Moscou au Canada seront rejetées, a ajouté la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, dans un communiqué. La Chambre des communes avait déjà adopté une résolution attribuant à Moscou l’attentat à l’agent neurotoxique perpétré contre l’ancien espion Sergueï Skripal à Salisbury, en Angleterre

Alors qu’en tout, au moins 116 diplomates russes ont été expulsés au même moment par 23 pays, dont 16 de l’Union européenne, Moscou a immédiatement dénoncé un «geste provocateur» et promis de riposter à son tour, au risque de relancer la guerre des sanctions.

«La Russie n’a jamais eu et n’a rien à voir avec cette affaire», a réaffirmé le Kremlin.

Washington mène, et de loin, le mouvement, avec l’expulsion de 60 agents du renseignement russe (48 dans diverses missions aux États-Unis, et 12 à la mission russe auprès de l’ONU) et la fermeture du consulat de Russie à Seattle, sur la côte ouest, en raison de la proximité de la plus grosse base de sous-marins nucléaires américains. Il s’agit de la manifestation de «solidarité» américaine la plus marquée avec Londres depuis l’empoisonnement à l’agent innervant de Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia, et ce, malgré les réticences persistantes de Donald Trump à critiquer frontalement son homologue russe Vladimir Poutine.

Déplorant un «grave coup à la fois quantitatif et qualitatif» à la présence russe aux États-Unis, l’ambassadeur de Russie Anatoli Antonov a estimé sur le site d’information public Sputnik que Washington avait «réduit à néant le peu qu’il restait encore des relations russo-américaines».

«Les États-Unis sont prêts à coopérer pour bâtir une meilleure relation avec la Russie, mais cela ne peut que se produire si le gouvernement russe change d’attitude», a commenté la Maison-Blanche.

Le président du Conseil européen Donald Tusk a prévenu que «de nouvelles expulsions» n’étaient «pas exclues» après cette opération «concertée». «Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, une arme chimique a été employée en Europe», a souligné le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas.

La France, l’Allemagne et la Pologne ont demandé chacune à quatre diplomates russes de partir, suivies notamment par les pays baltes, la Hongrie ou encore l’Espagne. L’Ukraine, en guerre avec des séparatistes pro-russes depuis 2014, en a chassé 13, et plusieurs autres pays, membres de l’OTAN pour la plupart, en ont déclaré d’autres persona non grata.

L’Islande a de son côté annoncé, à l’instar de Londres, un boycottage diplomatique de la Coupe du monde de football en Russie en juin-juillet.

«Réponse extraordinaire»

Le Royaume-Uni, qui avait déjà expulsé 23 diplomates russes, a salué la «réponse extraordinaire» de ses alliés. Cela «constitue le plus grand mouvement d’expulsion d’agents russes de l’histoire», s’est réjoui le chef de la diplomatie britannique Boris Johnson, tandis que la première ministre Theresa May a estimé que la Russie était ainsi avertie qu’elle ne peut plus «bafouer le droit international».

L’empoisonnement de l’ex-agent double russe le 4 mars à Salisbury a provoqué une grave crise diplomatique entre Moscou et Londres, qui l’attribue aux autorités russes.

Le président américain s’était jusque-là montré moins catégorique. Son appel à Vladimir Poutine pour le féliciter de sa réélection, la semaine dernière, a même été critiqué aux États-Unis car Donald Trump avait évité ce sujet délicat, préférant évoquer une possible rencontre pour désamorcer des tensions sans précédent depuis la Guerre froide.

«Bien s’entendre avec la Russie [et d’autres] est une bonne chose, pas une mauvaise chose», avait dû se justifier le milliardaire républicain, dont la promesse de rapprochement avec Moscou s’est heurtée depuis son arrivée à la Maison-Blanche début 2017 à l’enquête sur des soupçons de collusion entre son équipe de campagne et le Kremlin avant son élection en 2016.

Mais les élus du Congrès des deux bords, qui réclament un durcissement de ton, semblent avoir eu raison de ses réticences. «Nous prenons ces mesures pour démontrer notre solidarité indéfectible avec le Royaume-Uni, et pour imposer à la Russie de sérieuses conséquences pour ses violations continuelles des normes internationales», a expliqué le département d’État américain.