Une puissante explosion a secoué la capitale libanaise et a rasé une bonne partie du port de la ville. La tragédie a fait des dizaines de morts et des milliers de blessés.
Une puissante explosion a secoué la capitale libanaise et a rasé une bonne partie du port de la ville. La tragédie a fait des dizaines de morts et des milliers de blessés.

Explosion: des Libanais du Québec «follement» inquiets pour leurs proches

Martin Leblanc
La Presse Canadienne
Vicky Fragasso-Marquis
La Presse Canadienne
MONTRÉAL — Les Montréalais d’origine libanaise sont «follement» inquiets du sort de leurs proches qui pourraient avoir été affectés par l’impressionnante explosion qui a retenti à Beyrouth.

À LIRE: «Comme une bombe atomique»: chaos mortel à Beyrouth

À LIRE: «Tout a commencé à s’écrouler autour de nous»

«On devient immédiatement très, très fous, c’est de la folie, parce qu’on essaie de rejoindre tous les gens qu’on aime pour savoir s’ils sont blessés, vivants», a relaté Lamia Charlebois, consultante en relations publiques et fondatrice de la page Facebook Libanais de Montréal - Sirop d’arabe

Une puissante explosion a secoué la capitale libanaise et a rasé une bonne partie du port de la ville. La tragédie a fait des dizaines de morts et des milliers de blessés.

Selon Mme Charlebois, les réseaux téléphoniques sont saturés car tout le monde tente de joindre des proches au même moment.

Elle souligne que la communauté libanaise s’inquiète aussi de l’état du pays en général, qui était déjà «catastrophique», selon elle.

«Il ne manquait plus que ça», s’est-elle désolée.

Nizar Najarian, qui a vécu plusieurs années à Montréal et dont la femme et les enfants résident toujours dans la métropole, fait partie des victimes. L’homme d’affaires était récemment retourné dans son pays d’origine pour faire de la politique.

Selon l’Agence nationale d’information libanaise, Nizar Najarian, secrétaire général du parti Kataëb, se trouvait dans les bureaux du siège du parti Kataëb, à environ un kilomètre du lieu de l’explosion, lors du drame.

Le conseiller municipal d’Ensemble Montréal, Aref Salem, était un ami de la victime.

«Il était un homme extrêmement dévoué, qui croyait en certaines valeurs et qui croyait au changement. Il avait accepté un travail dans un pays insécure, loin de sa famille, parce que c’était un homme qui avait des valeurs, mais il a fini par donner sa vie pour ces valeurs», a indiqué M. Salem à La Presse Canadienne.

Ali Faour, président du Centre national libano-canadien, a lui-même contacté des proches qui habitent Beyrouth. Ils sont sains et saufs car ils habitent loin du port, mais ils disent avoir ressenti une secousse malgré tout.

«Les vitres et les meubles ont bougé même s’ils étaient à plusieurs kilomètres de l’explosion», a-t-il indiqué.

«C’est vraiment triste, ce qui s’est passé, le centre-ville de Beyrouth est presque détruit», a-t-il ajouté.

Selon M. Faour, la communauté libanaise de Montréal est solidaire et s’est unie malgré tous ses désaccords pour évaluer ce qu’elle peut faire pour aider le pays.

Ni Mme Charlebois, ni M. Faour, n’ont voulu s’avancer sur les causes de l’explosion.

«Ici, dans la diaspora, on s’en fiche presque de la cause, de qui a fait quoi. On est en inquiétude totale, maximale», a soutenu Mme Charlebois.

Enquête en cours

En entrevue avec La Presse canadienne, Lionel Haddad, microbiologiste et coordonnateur du Comité de la gestion de crise et des attaques biologiques et chimiques au Liban, a expliqué que la Croix-Rouge était en ce moment sur les lieux pour évacuer les blessés le plus tôt possible.

Une enquête est également en cours pour déterminer la cause de l’explosion, et savoir quel produit a engendré la déflagration.

«C’est peut-être un produit azoté, du nitrate d’ammonium à cause de la couleur et du périmètre que l’explosion a fait», a expliqué M. Haddad.

En ce moment, la capitale est dans le chaos car des hôpitaux ont été endommagés par l’explosion, selon lui.

«On est aussi dans une pandémie, il ne faut pas oublier ça. [...] En même temps, on craint beaucoup les résultats du dépistage de la COVID dans deux ou trois semaines puisque tout le monde est en contact avec tout le monde maintenant», a-t-il rappelé.

Les réactions se multiplient

Les politiciens canadiens étaient nombreux à témoigner leur solidarité au peuple libanais dans la foulée de cet événement.

«Les Canadiens sont de tout coeur avec les Libanais aujourd’hui. On pense à tous ceux qui ont été blessés dans cette explosion tragique, ainsi qu’à ceux qui essaient de retrouver un ami ou un membre de leur famille ou encore qui ont perdu un être cher», a déclaré le premier ministre canadien Justin Trudeau.

«On est prêts à vous aider», a-t-il assuré.

«Nos pensées accompagnent les Libanais et tous nos amis de la communauté libanaise très présente au Québec», a ajouté le premier ministre du Québec, François Legault, sur les réseaux sociaux.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a également tenu à s’adresser aux Libanais.

«Les images qui nous parviennent de Beyrouth, au Liban, sont terrifiantes. Toutes mes pensées accompagnent celles et ceux qui sont touchés de près ou de loin par cette terrible explosion», a-t-elle affirmé sur les réseaux sociaux.

+

+

«JE N'AI JAMAIS VU QUELQUE CHOSE COMME ÇA!»

Philippe Tawileh, dont l’épouse a récemment accepté un travail à Montréal, était avec sa famille à regarder la télévision après le souper quand ils ont entendu une explosion et ont senti que la maison tremblait.

La famille de cinq personnes qui vit à Byblos (Jbeil), à environ 40 kilomètres au nord de Beyrouth au Liban, s’est précipitée pour regarder par la fenêtre, mais ils n’ont rien remarqué, a déclaré Philippe Tawileh dans une interview avec La Presse Canadienne mardi soir.

«Nous avons ressenti comme un tremblement de terre et nous avons entendu l’explosion. C’était très fort, gros, énorme.»

C’est à ce moment-là qu’il a ouvert le téléviseur pour regarder les informations tout en faisant défiler simultanément ses réseaux sociaux pour savoir ce qui se passait.

Le fils de 22 mois de Philippe Tawileh, Alexandre, est né à Montréal et il est citoyen canadien. Ses deux autres enfants sont Andrew, neuf ans, et Adriana, huit ans.

Son épouse, Rawane Dagher, qui est pédiatre, a récemment accepté un emploi dans un hôpital de Montréal. Ils attendent leurs documents pour immigrer, ceux-ci ont été retardés par la pandémie, a-t-il dit. Ses parents et son frère vivent au Québec.

Philippe Tawileh a déclaré que Beyrouth et ses environs étaient secoués par des explosions tous les quelques mois.

«Vous savez au Liban, normalement nous sommes habitués aux explosions. Maintenant, c’était nouveau pour les enfants d’entendre quelque chose d’aussi énorme. Donc, ils avaient peur — ils avaient très peur», a-t-il dit.

«Ils sont venus et ont demandé : “Que s’est-il passé là-bas, papa”?»

Des bruits de sirènes de police et d’ambulance ont retenti quelques minutes après l’explosion, a-t-il déclaré ajoutant que c’était poussiéreux pendant un moment, et qu’une odeur étrange persistait dans l’air.

«Ici, nous sommes à 40 kilomètres, et quand nous sortons, nous pouvons sentir une certaine odeur chimique, quelque chose d’étrange. Je ne sais pas ce que c’est.»

Rawane Dagher a déclaré qu’elle s’était précipitée à l’hôpital local quelques minutes après l’explosion.

La file d’attente devant les urgences était «choquante», a-t-elle précisé, soulignant que certains éclopés transportaient des enfants blessés.

La plupart des hôpitaux de Beyrouth étant surchargés et d’autres étaient détruits par les explosions, alors l’hôpital près de chez elle a accueilli des patients venant de la capitale, a-t-elle déclaré.

«Je n’ai jamais vu quelque chose comme ça», a-t-elle indiqué. «Même les médecins plus âgés qui ont survécu à de nombreuses guerres au Liban n’ont jamais vu une situation aussi dramatique.»

Hina Alam, La Presse canadienne