«Je pense que nous, les Européens, avons notre destin dans nos propres mains. Je vais continuer de m'engager pour que les 27 États membres travaillent ensemble vers l'avenir [...] face aux défis du XXIe siècle», a indiqué la chancelière allemande Angela Merkel.

Européens et Kerry répliquent à Trump

Les dirigeants européens et l'administration américaine sortante ont fermement répliqué à Donald Trump qui table sur une poursuite de la fragmentation de l'Union européenne après le Brexit.
À cinq jours de sa prise de fonctions vendredi, le président désigné des États-Unis a multiplié les déclarations corrosives, en particulier sur l'Europe et l'OTAN, qualifiée d'«obsolète», dans un entretien dimanche avec les quotidiens britannique Times et allemand Bild.
Le milliardaire républicain, qui a estimé que le Royaume-Uni avait eu «bien raison» de quitter une Union européenne selon lui dominée par l'Allemagne, a prédit que le Brexit serait un «succès» et que d'autres pays quitteraient l'UE.
Il a aussi jugé que la chancelière allemande Angela Merkel avait commis «une erreur catastrophique» en ouvrant son pays aux migrants en 2015 et a établi un lien entre cette politique controversée et l'attentat du 19 décembre à Berlin.
«Je pense que nous, les Européens, avons notre destin dans nos propres mains. Je vais continuer de m'engager pour que les 27 États membres travaillent ensemble vers l'avenir [...] face aux défis du XXIe siècle», a rétorqué Mme Merkel au cours d'une conférence de presse à Berlin.
La chancelière, qui n'a pas souhaité répondre dans le détail, a également réitéré sa position sur le lien transatlantique.
Le président François Hollande a quant à lui martelé que l'UE n'avait «pas besoin de conseils extérieurs pour lui dire ce qu'elle a à faire».
«Propos déplacés»
Le secrétaire d'État américain sortant, John Kerry, a pour sa part dénoncé les «propos déplacés» du président désigné sur l'Union européenne et la «courageuse» chancelière allemande Angela Merkel, dans un entretien avec CNN International à Londres.
«Je pense que l'Union européenne va rester unie, je suis à 100 % convaincue de cela», a, de Bruxelles, réagi Federica Mogherini, chef de la diplomatie de l'UE.
Elle s'exprimait à l'issue d'une réunion des ministres européens des Affaires étrangères largement accaparée par les propos de M. Trump, entre appels au front uni de l'UE et volonté de dédramatiser.

Trump: président improbable, visage d'un populisme triomphant

Depuis son élection, c'est presque exclusivement sur Twitter, où le suivent 20 millions d'abonnés, que s'exprime Donald Trump.
Donald J. Trump pénètre le 9 novembre au petit matin dans une salle surchauffée d'un hôtel Hilton de New York. Il est entouré de son clan familial, omniprésent. Son plus jeune fils, Barron, 10 ans, raide et encravaté, se tient à son côté, un peu en retrait.
À l'Amérique et au monde ébahi, il adresse quelques paroles apaisantes, car il est depuis ce jour-là le visage triomphant d'un populisme qui progresse et dérange.
Après une nuit électorale à suspense, Donald Trump, 70 ans, vient d'écrire l'une des pages les plus incroyables de l'histoire de son pays. L'accession à la Maison-Blanche d'un homme sans la moindre expérience politique, dont les saillies xénophobes et sexistes font scandale et qui, pourtant, a suscité l'enthousiasme d'une partie de l'Amérique.
«D'une certaine manière, lui et moi sommes des sortes de contraires», a noté le président sortant Barack Obama. Difficile en effet d'imaginer plus différents que ces deux hommes. Le premier président noir de l'histoire, élégance naturelle et brio intellectuel; le milliardaire à l'étrange chevelure blonde et à la corpulence généreuse, adepte des formules brutales et des paroles simples.
Donald Trump est d'abord un homme d'affaires qui a bâti son succès dans l'immobilier de luxe et les clubs de golf. Puis qui a fait de son nom son principal actif, la marque Trump, qu'il vend à travers le monde et qui orne des bâtiments ou des établissements qui ne lui appartiennent pas forcément.
Il est aussi une célébrité, un «people» qui, dans sa ville de New York, côtoie les cercles mondains. Ex-propriétaire des concours Miss Univers, il doit surtout sa notoriété à un jeu de téléréalité, qu'il produit et a présenté, The Apprentice, dans lequel le candidat gagnant se voit proposer un emploi dans la Trump Organization. Il est très riche, mais le nombre de ses milliards est sujet à caution : 3,7 selon le magazine Forbes.
Instinct politique 
En politique, Trump est excessif, un impulsif qui ne cherche pas à dissimuler un ego surdimensionné. Mais il est avant tout un instinctif qui le premier a réussi à capter la colère et les frustrations d'une partie de l'Amérique, celle de la classe ouvrière blanche qui se sent socialement déclassée, victime de la mondialisation et du libre-échange.
Donald Trump a peu en commun avec ceux qu'il veut représenter et défendre contre une élite, un establishment qu'il voue aux gémonies. Il vit à Manhattan, au sommet de sa Trump Tower, dans un triplex aux dorures outrancières. Il voyage en avion privé et a pu se permettre de dilapider 50 millions de dollars de sa fortune personnelle pour sa campagne.
«Je vis dans un appartement comme personne n'en a jamais vu, et pourtant je représente les travailleurs du monde», a-t-il dit en recevant le titre d'homme de l'année du magazine Time.
Pour Trump, les emplois doivent revenir aux États-Unis. Depuis son élection et avant même de prendre ses fonctions, il met les entreprises sous pression en distribuant bons et mauvais points. Avec quelques résultats. Plusieurs groupes automobiles ont annoncé des investissements ou leur volonté de rapatrier des usines du Mexique.
«J'ai dit que j'allais être le plus grand créateur d'emplois que Dieu ait jamais créé. Je le pense vraiment», assène le milliardaire lors d'une conférence de presse.
Homme des Russes 
Hors des normes politiques, Donald Trump l'est à tous niveaux. Il a mené une OPA hostile sur le parti républicain et en a pris le contrôle. Les uns après les autres, les caciques qui le traitaient de «charlatan» ou d'«imposteur» ont fait allégeance.
Ils ont dû avaler beaucoup de couleuvres pendant la campagne aux idées simples de celui qui est devenu leur champion. L'immigration est un problème? Il faut construire un mur à la frontière mexicaine et renvoyer 11 millions de clandestins. Le terrorisme est une menace? Il veut interdire l'entrée des États-Unis aux immigrants de pays à risques, après avoir parlé de refuser tous les musulmans.
Les Noirs, les hispaniques, les minorités, les étrangers installés aux États-Unis, sont inquiets.
Dans la géopolitique complexe du 21e siècle, Trump prône le rapprochement avec Vladimir Poutine, ennemi de l'Amérique pour nombre de républicains.
La réalité de ses liens avec Moscou fait l'objet de toutes les spéculations. Les services de renseignement américains sont convaincus que les Russes ont cherché à l'aider en piratant les communications du parti démocrate de son adversaire Hillary Clinton.
Contre elle, durant la campagne, il a manié l'injure et la provocation beaucoup plus que l'argumentaire politique. De «Hillary la crapule» au slogan «Enfermez-là», scandé dans ses réunions publiques, il a porté la brutalité de la confrontation politique à des niveaux jamais vus.
Depuis son élection, c'est presque exclusivement sur Twitter, où le suivent 20 millions d'abonnés, que s'exprime son tempérament sanguin. À coup de messages rageurs, il y règle ses comptes avec ceux qui osent le critiquer ou lui déplaisent.
«Il ne cherche pas à devenir plus présidentiel. Il n'est pas du genre à s'adapter au rôle, il est du genre à s'imposer à la fonction», note dans une interview à l'AFPTV Michael d'Antonio, auteur d'une biographie de Trump.
Durant la campagne, le candidat est miraculeusement sorti indemne de révélations souvent compromettantes, en particulier lorsqu'il a dû reconnaître avoir tenu sur les femmes des propos grossiers et injurieux. Lors des débats télévisés, il ne s'est pas montré à son avantage. Mais ses rassemblements de campagne étaient souvent électriques, il a su galvaniser des foules et incarner l'espoir d'une partie des Américains.
La famille avant tout 
Né à New York, éduqué dans une école militaire, il est le quatrième de cinq enfants d'un promoteur immobilier new-yorkais.
Après des études de commerce, il rejoint l'entreprise familiale. Son père l'aide à ses débuts avec «un petit prêt d'un million de dollars», selon lui. En 1971, il prend le contrôle de l'entreprise paternelle. Son père construisait des logements pour la classe moyenne, il préfère les tours de luxe, les hôtels, casinos et golfs, de Manhattan à Bombay.
Donald Trump ne serait rien sans sa famille, premier cercle dans les affaires et en politique. Seule sa femme Melania, ancien mannequin d'origine slovène, reste en retrait et se consacre à l'éducation du jeune Barron.
Ses fils adultes, Eric et Donald Jr, vont hériter de la gestion de l'empire familial. Sa fille Ivanka, 35 ans, s'installe à Washington où son mari, Jared Kushner, sera proche conseiller à Maison-Blanche.

La «première famille» Trump, un clan très soudé

De gauche à droite, la femme de Donald Trump, Melania, sa fille Ivanka et ses deux fils Eric et Donald
La famille d'abord : plus que ses prédécesseurs, Donald Trump s'appuie sur sa famille, qui forme autour de lui un clan très soudé. Indissociables en affaires, unis face aux médias souvent hostiles, Donald, sa femme et ses enfants ont fait preuve d'une solidarité exemplaire pendant une campagne électorale aux nombreux rebondissements. Bienvenue chez les Trump.
IVANKA
Dans la famille Trump, demandez la fille : Ivanka et son mari Jared pourraient devenir le couple le plus influent de Washington, où ils vont emménager avec leurs trois jeunes enfants.
Née du premier mariage de Donald Trump, Ivanka, 35 ans, est sa fille préférée, souvent qualifiée de «véritable première dame».
Si aucun rôle ne lui a été attribué officiellement, elle pourrait incarner le pouvoir au féminin de la nouvelle administration, où les femmes sont réduites à la portion congrue.
D'une présentation impeccable, cette ex-mannequin devenue femme d'affaires a le don de son père pour l'autopromotion : vice-présidente de la Trump Organization, elle a aussi créé une marque de vêtements à son nom et s'est fait sur les réseaux sociaux le héraut des femmes qui travaillent. Pendant la campagne, elle a soufflé à son père des mesures peu républicaines : un congé maternité rémunéré et des mesures pour faciliter la garde d'enfants.
Ivanka, dont même les démocrates vantent les qualités, a aussi d'autres intérêts, comme le climat : elle a arrangé début décembre une rencontre avec l'ancien vice-président Al Gore.
Les commentateurs s'attendent à ce qu'elle joue un rôle influent, même si elle va d'abord devoir démissionner de ses fonctions à la Trump Organization et dans sa société, et s'occuper de sa famille à Washington.
JARED
Son ascension a été fulgurante : longtemps resté dans l'ombre, Jared Kushner, 36 ans, riche promoteur immobilier qu'Ivanka a épousé en 2009 et pour lequel elle s'est convertie au judaïsme, serait désormais l'homme le plus écouté par Donald Trump.
Après des débuts discrets dans la campagne présidentielle, ce télégénique garçon, issu d'une famille rescapée de l'Holocauste proche des démocrates, est progressivement monté en grade et devenu l'un des stratèges de son beau-père.
Avant la campagne, il se consacrait à l'immobilier et à son journal, The New York Observer, racheté en 2006. Il va tout quitter pour être un haut conseiller à la Maison-Blanche.
DONALD Jr. et ERIC
Moins raffinés que leur soeur, les frères d'Ivanka - Donald Jr., 39 ans, et Eric, 33 ans - vont rester à New York et prendre les rênes de la Trump Organization, dont ils étaient déjà vice-présidents.
Les deux frères - cheveux pareillement brossés en arrière, qui se surnommeraient eux-mêmes «les brutes» - sont plus connus pour leurs gaffes que pour leur sens des affaires. Leur goût pour la chasse a suscité des controverses, comme des photos de 2012 les montrant au Zimbabwe devant des dépouilles de léopard et d'éléphant, deux espèces protégées.
Difficile d'imaginer que leur père ne leur parle plus boutique une fois à la Maison-Blanche, comme il l'a pourtant promis. Don et Eric le secondent depuis des années et passent beaucoup de temps avec lui, accompagnés de leurs épouses respectives Vanessa et Lara, notamment dans la résidence familiale de Mar-a-Lago en Floride.
MELANIA
Difficile de devenir Première dame après Michelle Obama, très populaire.
Melania, 46 ans, ex-mannequin d'origine slovène, est la troisième femme de Donald Trump : elle l'épouse en 2005, après Ivana, d'origine tchèque, et l'actrice Marla Maples.
Naturalisée américaine après son mariage, parlant avec un fort accent, elle est la première femme née à l'étranger à devenir Première dame depuis 1825.
Ses interventions publiques sont limitées, et pas toujours réussies.
À la convention républicaine de juillet, elle avait été critiquée pour avoir plagié dans son premier discours plusieurs passages d'une ancienne allocution de Michelle Obama.
En août, des photos d'elle nue sortaient dans la presse, apparemment prises aux États-Unis en 1995 alors qu'elle a toujours affirmé être arrivée en 1996, suscitant des questions sur son statut légal d'alors.
Mais elle a toujours défendu son mari, de 24 ans son aîné, à des moments-clé comme lors du tollé suscité en octobre par la vidéo où Trump se vantait en termes vulgaires de pouvoir avoir les femmes qu'il voulait.
Première dame, elle a indiqué vouloir être «très traditionnelle - comme Betty Ford ou Jackie Kennedy», au service «des femmes et des enfants».
TIFFANY ET BARRON
Ce sont les deux plus jeunes Trump : Tiffany, 23 ans, fille de Marla Maples, a été élevée en Californie. Moins proche de son père qu'Ivanka, elle envisagerait de faire des études de droit à Harvard plutôt que de suivre ses demi-frères et soeur dans les affaires.
Barron, fils de Melania, a 10 ans et est très protégé des paparazzi. Il devrait rester dans son école new-yorkaise jusqu'à cet été, avant de déménager avec sa mère à Washington.